‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 146 sur 155 · I.IVRK \l · texte numérisé non relu

I.IVRK \l

Qu'il soit vrai ou faux que Robin îlood soit n6, comme le dit cette romance, « dans le bois verdoyant, au milieu des lis en fleurs, » c'est dans les bois qu'il passa sa vie à la tête d'une centaine d'excellents archers, redoutable aux comtes, aux vicomtes, aux évoques et aux liches abbés d'Anj,Meterre, mais chéri des fermiers, des laboureurs, des veuves et des pauvres gens. Ils accordaient paix et protection à tout ce qui était faible et opprimé, partageaient avec ceux qui n'avaient rien les dépouilles de ceux qui s'engraissaient de la moisson d'autrui, et, selon la vieille tradition, faisaient du bien à toute personne honnête et laborieuse. Robin ITood était le meilleur cœiir et le plus habile tireur d'arc de toute la bande; et après lui on citait Petit-Jean, son lieutenant et son frère d'armes, dont il ne se séparait jamais, dans le péril comme dans la joie, et dont les chroniques, les ballades et les proverbes anglais ne le séparent pas non plus. La tradition nomme encore quelques-uns de ses compagnons, tels que Mutch, le fils du meunier, le vieux Scathlocke, et un moine appelé frère Tuck, qui combattait en froc, et pour toute arme se contentait d'un lourd bâton. Ils étaient tous d'humeur joyeuse, ne visant point à s'enrichir, mais seulement à vivre de leur butin, et distribuant tout ce qu'ils avaient de superflu aux familles expropriées dans le grand pillage de la conquête. Quoique ennemis des riches et des puissants, ils ne tuaient point ceux qui tombaient entre leurs mains, et ne versaient le sang que pour leur propre défense. Leurs coups ne tombaient guère que sur les agents de la police royale et les gouverneurs des villes ou des provinces, que les Normands appelaient vicomtes, et que les Anglais appelaient sherifls. « Bandez vos « arcs, dit Robin Hood, et essayez-en les cordes ; dressez une potence « ici près; et malédiction sur la tête de celui qui fera grâce au sherifT « et aux sergents. »

Le sheriff de Nottingham fut celui contre lequel Robin Hood eut le plus souvent à combattre, et celui qui le pourchassa le plus vivement à cheval et b. pied, mettant sa tête i\ prix, et excitant ses compagnons et ses amis à le trahir. Mais aucun homme ne le trahit, et plusieurs l'aidèrent à se retirer du péril où sa hardiesse l'entraînait souvent, a J'aia merais mieux mourir, lui disait un jour une pauvre femme, que de ne « pas tout faire pour te sauver ; car qui m'a nourrie et vôlue, moi et « mes enfants ? n'est-ce pas toi et Petit-Jean?

Les aventures surprenantes de ce chef de bandits du xu" siècle, ses victoires sur les hommes de race normande, ses stratagèmes et ses évasions, furent longtemps le seul fonds d'histoire nationale qu'un homme du peuple en Angleterre transmît à ses fils, après l'avoir reçu de ses aïeux. L'imagination populaire prêtait au personnage de Robin Hood toutes les qualités et toutes les vertus du moyen âge. Il passe pour avoir été aussi dévot à l'église que brave au combat, et l'on disait de lui

cfii'unc fois entré pour entendre l'office, quelque danger qui survînt, il ne sortait jamais qu'à la fin. Ce scrupule de dévotion l'exposa une fois à être pris par le sheriU' et ses hommes d'armes; mais il trouva encore moyen de faire résistance, et môme, à ce que dit la vieille histoire, un peu suspecte d'exagération, ce fut lui qui prit le sherilf. Sur ce thème, les ménestrels anglais du xv* siècle ont composé une longue ballade, dont quelques lignes méritent d'êli-e citées, ne fût-ce que comme exemple de la couleur franche et animée que le peuple donne à sa poésie dans les temps où il existe une littérature véritablement populaire.

« En été, quand la verdure est belle et les feuilles larges et longues, (( il y a plaisir dans la forêt à écouter le chant des oiseaux ;

« A voir les chevreuils quitter la colline, pour se retraiter dans la (' plaine et se mettre à l'ombre sous les feuilles vertes du bois.

« C'était un jour de Pentecôte, de bonne heure, un matin de mai, un « de ces jours où le soleil se lève beau, et où les oiseaux chantent « gaiement.

Il Par la croix du Christ ! dit Petit-Jean, voilh une joyeuse matinée ; « et dans toute la chrétienté, il n'y a pas un homme plus joyeux que « moi.

(( Ouvre ton cœur, mon cher maître, et songe qu'il n'y a pas dans (' l'année de plus beau temps qu'un matin de mai.

(( Une chose me pèse, dit Robin Hood, et me chagrine le cœur, c'est « de ne pouvoir, en aucun jour de fête, entendre messe ni matines.

« Il y a quinze jours et plus que je n'ai vu mon Sauveur, et je vou- « drais aller à Nottingham, avec l'aide de la bonne Marie.

'( Robin va seul à Nottingham, et Petit-Jean reste au bois de Sherfi wood ; il va dans l'église de Sainte-Marie, et s'agenouille devant la « croix... »

Robin Hood ne fut pas simplement renommé pour sa dévotion aux saints et aux jours de fête ; lui-même eut, comme les saints, son jour de fête dans l'année; et dans ce jour, chômé religieusement par les habitants des hameaux et des petites villes d'Angleterre, il n'était permis de s'occuper de rien, sinon de jeux et de plaisirs. Au xv* siècle, cet usage était encore observé ; et les fils des Saxons et des Normands prenaient en commun leur part de ces divertissements populaires, sans songer qu'ils étaient un monument de la vieille hostilité de leurs aïeux. Ce jour-là, les églises étaient désertes comme les ateliers ; aucun saint, aucun prédicateur ne l'emportait sur Robin Hood ; et cela dura même après que la réforme eut donné en Angleterre un nouvel essor au zèle religieux. C'est un fait attesté par un évoque anglican du xvi" siècle, le célèbre et respectable Latimer. En faisant sa tournée pastorale, il arriva le soir dans une petite ville près de Londres, et fît avertir qu'il prêcherait le lendemain, parce que c'était jour solennel. « Le lendemain, dit-

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