‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 147 sur 155 · LIVRE XI. 44i · texte numérisé non relu

LIVRE XI. 44i

« il, je me rendis à l'église ; mais, à mon grand élonnement, j'en trouvai (( les portes fermées à clef; j'envoyai chercher la clef, et l'on me fil (( attendre une heure et plus ; enfin un homme vint à moi et me dit : (( Messire, ce jour est un jour de grande occupation pour nous ; nous « ne pouvons vous entendre ; car c'est le jour de Rohin llood ; tous les « gens de la paroisse sont au loin à couper des branches pour Rohin (( Hood, vous les attendriez inutilement. » L'évêquc s'était revClu de son costume ecclésiastique ; il fut obligé de le quitter, et de continuer sa route, laissant la place aux archers habillés de vert, qui jouaient sur un théâtre de feuilléeles rôles de Robin Hood, de Petit-Jean et de toute la bande.

Des traces de ce long souvenir, dans lequel s'anéantit pour le peuple anglais le souvenir môme de l'invasion normande, subsistent encore aujourd'hui. On trouve dans la province d'York, à l'embouchure d'une petite rivière, une baie qui, sur toutes les cartes modernes, porte le nom de Robin Hood, et il n'5' a pas bien longtemps que, dans la môme province, près de Pontefract, l'on montrait au.\ voyageurs une source d'eau vive et claire qu'on appelait le puits de Robin Hood, et qu'on les invitait h y boire en Thonnenr du fameux archer. Durant tout le xvii^ siècle, les vieilles ballades de Robin Hood, imprimées en lettres gothiques (espèce d'impression que le bas peuple anglais affectionnait singulièrement), circulaient dans les villages, où elles étaient colpoitées par des hommes qui les chantaient sur une espèce de récitatif. On en compila môme plusieurs collections complètes à l'usage des lecteurs des villes, et l'un de ces recueils portait le titre élégant de Guirlande de Robin Hood. Aujourd'hui ces livres, devenus rares, n'intéressent que les érudits; et l'histoire des héros de Sherwood, dépouillée de ses ornements poétiques, ne se lit plus que parmi les contes à l'usage des enfants.

Aucune des ballades qui nous ont été conservées ne raconte la mort de Robin Hood ; la tradition vulgaire est qu'il périt dans un couvent de femmes, où un jour, se sentant malade, il était allé demander des secours. On devait lui tirer du sang, et la nonne qui savait faire cette opération, ayant reconnu Robin Hood, la pratiqua sur lui de manière aie tuer. Ce récit, qu'cm ne peut ni affirmer ni contester, est assez conforme aux mœurs du xii' siècle ; beaucoup de femmes, dans les riches monastères, s'occupaient alors à étudier la médecine et à composer des remèdes qu'elles offraient gratuitement aux pauvres. De plus, en Angleterre, depuis la conquête, les supérieures des abbayes et la plus grande partie des religieuses étaient d'extraction normande, ainsi que le prouvent leurs statuts, rédigés en vieux français : cette circonstance explique peut-être comment le chef de bandits saxons, que les ordonnances royales avaient mis hors ht loi, trouva des ennemies dans le couvent où il était allé chercher assistance. Après sa mort, la troupe dont il était le

442 CONQUÊTE DE LANGLETEHRE.

chef et l'âme se dispersa ; et Petit-Jean, son fidèle compagnon, désespérant de se maintenir en Angleterre, et poussé par l'envie de continuer la guerre contre les Normands, se rendit en Irlande, où il prit part aux révoltes des indigènes. Ainsi fut dissoute la dernière troupe de brigands anglais qui ait eu un caractère politique, et qui mérite par là une mention dans l'histoire.

Entre les réfugiés du camp d'Ély et les hommes de Sherwood, entre Hereward et Robin Hood, il y avait eu, surtout dans le nord de l'Angleterre, une succession de chefs de partisans et d'ouflaics qui ne furent pas non plus sans renommée, mais dont on sait trop peu de chose pour qu'ils puissent être considérés comme des personnages historiques. Les noms de quelques-uns, tels qu'Adam Bel, Clym of the Clough, ou Clément de la Vallée, et William de Cloudesly, se sont conservés longtemps dans la mémoire du peuple. Les aventures de ces trois hommes, qui ne peuvent être séparés l'un de l'autre, non plus que Robin Hood et Petit-Jean, sont le sujet d'une longue romance composée au xv* siècle, et divisée en trois parties, ou en trois chants. On ne peut rien dire de positif sur l'authenticité des faits qui s'y trouvent racontés ; mais elle renferme plusieurs traits originaux et capables de rendre plus frappante pour le lecteur l'idce que le peuple anglais s'était formée du caractère moral de ces hommes, qui, dans ces temps de servitude, aimèrent mieux être bandits qu'esclaves.

Adam Bel, Clément de la Vallée et William de Cloudesly étaient, à ce qu'il paraît, natifs de la province de Cumberland. S'étant rendus tous les trois coupables du délit de chasse, ils furent mis hors de la loi normande et obligés de s'enfuir pour sauver leur vie. Réunis par le même sort, ils se jurèrent fraternité, suivant la coutume du siècle, et s'en allèrent ensemble habiter la forêt d'Inglewood, que la vieille romance nomme Englishe Wood, entre Carlisle et Penrith. Adam et Clément n'étaient point mariés ; mais William avait une femme et des enfants que bientôt il s'ennuya de ne plus voir. Un jour il dit à ses deux compagnons qu'il voulait aller à Carlisle visiter sa femme et ses enfants. « Frère, lui (( répondirent-ils, ce n'est pas notre avis ; car si le justicier te prend, « tu es un homme mort. » William partit malgré ce conseil, et arriva de nuit dans la ville ; mais, reconnu par une vieille femme à laquelle il avait fait du bien, il fut dénoncé au juge et au sheriff, qui cernèrent sa maison, le prirent, et, joyeux de cette capture, tirent dresser sur la place du marché un gibet tout neuf pour ly pendre. Par bonheur, un petit garçon, le porcher de la ville, qui, en gardant ses cochons dans le bois, y avait vu souvent William et reçu de lui l'aumône et à manger, courut avertir Adam et Clément du sort de leur frère d'adoption. L'entreprise hasardeuse où tous les deux s'engagèrent pour le sauver est décrite avec beaucoup de mouvement et de vie par le vieux poëte popu-

Atlniii n,"l, r.lniinnt de la V.illco o| William do Cloiidoslv.

Page 1