‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 148 sur 155 · I-IVUK \I · texte numérisé non relu

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laire, qui peint avec une franchise naïve le dévouement de ces trois hommes l'un à laulre. o De ce jour, dit William, nous vivrons et monr- « rons ensemble ; et si jamais vous avez de moi le môme besoin que jai (( eu de vous, vous me trouverez comme aujourd'hui je vous trouve. »

Dans le combat qui se termine par cette délivrance inespérée, les trois frères d'armes font à eux seuls un grand carnage des gens de justice et des offlciers royaux de Carlisle. Ils tuent le sheriff, le juge et le portier de la ville, <ijettent plus d'un homme sur le pavé, et font dire hélas! « à plus d'une femme. » C'est avec un ton de joie et de plaisanterie (jue ces meurtres nombreux sont détaillés dans la vieille romance, où l'auteur montre fort peu d'amitié pour les agents de l'autorité royale. Cependant ses trois héros finissent comme avait fini la nation elle-même, par se fatiguer de leur résistance et s'accommoder avec l'ennemi. Ils vont i\ Londres, à l'hôtel du roi, lui demander une charte de paix. Mais, au moment où ils font cet acte de soumission, ils gardent encore leur ancien caractère de fierté et de liberté sauvage ; « ils enti-ent dans le pa- « lais sans dire mot à personne, traversent la cour et s'avancent dans la « salle, ne prenant garde à qui que ce soit, ne disant ni ce qu'ils sont ni « ce qu'ils veulent. »

Si Robin Hood est le dernier chef d'oullaics ou de bandits anglosaxons qui ait joui d'une véritable célébrité populaire, ce n'est pas une raison pour croire qu'après lui aucun homme de la même race ne se soit livré au même genre de vie, dans un esprit d'hostilité politique contre le gouvernement exercé par les hommes de race et de langue étrangères. La lutte nationale dut se prolonger encore sous la forme de brigandage, et les idées d'homme libre et d'ennemi de la loi restèrent longtemps associées l'une à l'autre. Mais cela eut une fin ; et à mesure qu'on s'éloigna de l'époque de la conquête, à mesure que la race anglaise, s'accoutumant au joug, s'attacha par habitude à ce qu'elle avait toléré par désespoir, le brigandage perdit graduellement sa sanction patriotique, et redescendit à son rang naturel, à celui d'une profession infamante. Dès lors l'état de bandit dans les forêts de l'Angleterre, sans être moins périlleux, sans exiger moins de courage et d'adresse individuels, ne produisit plus de héros. Il resta seulement dans l'opinion des classes inférieures une grande complaisance pour les infractions aux lois contre la chasse, et une sympathie marquée pour ceux qui, soit par besoin, soit par fîeité, bravaient ces lois de la conquête. La vie du braconnier aventureux, et en général le séjour des forêts, sont célébrés avec amour dans une foule de chansons et de poésies assez récentes; toutes vantent l'indépendance dont on jouit sous le bois verdoyant, où Con n'a d'enneaiis que Vhiver et rorage, où ton est gai tant que le jour dure, et léger d'humeur comme la feuille sur l'arbre.

Le roi Richard, de retour à Londres, se fit couronner pour la seconde

fois, avec des cérémonies que nous avons vues exactement reproduites de nos jours. Après les fêtes de ce second couronnement, il annula d'un seul coup toutes les ventes de domaines qu'il avait librement faites avant de partir pour la croisade, prétendant que c'étaient de simples prêts qu'on était tenu de lui restituer. Les acquéreurs de bonne foi eurent beau présenter leurs actes scellés du grand sceau de la couronne, tout fut inutile. Le roi, donnant des formes douces à cette expropriation t 'rcée, leur disait : d Quel prétexte avez-vous de retenir en vos mains « ce qui est à nous? ne vous êtes-vous pas remboursés complètement « de vos avances par le revenu de nos domaines? S'il en a été ainsi, vous « savez que c'est péché d'exercer l'usure envers le roi, et que nous avons « une bulle du pape qui vous défend cela sous peine d'excommunica- (( tion. Que si, après le compte de ce que vous avez payé et de ce que « vous avez reçu, il vous revient justement quelque chose, nous y sup- (i pléerons de notre trésor pour vous ôter tout sujet de plainte, »

Personne n'eut le courage de présenter un compte; et tout fut rendu au roi sans dédommagement. Il rentra ainsi en possession des châteaux, bourgs, gouvernements et domaines qu'il avait aliénés ; et tel fut le premier bienfait que la race normande d'Angleterre éprouva du retour de son chef sans lequel les courtisans assuraient qu'elle ne pouvait plus vivre, non plus que le corps sans tête. Quant à la race anglaise, après avoir été écrasée d'impôts pour la délivrance du roi, elle le fut pour celle des otages que Richard avait laissés en Allemagne, et pour les frais de la guerre qu'il fallut soutenir alors contre le roi de France.

Ce n'était pas seulement en Normandie que Philippe menaçait d'a« néantirla puissance de son rival; il s'était ligué encore une fois avec les barons du nord de l'Aquitaine ; il leur avait promis secours et maintien, et eux^ encouragés plutôt par ses promesses que par son assistance effective, avaient de nouveau tenté d'établir leur indépendance contre le pouvoir anglo-normand. C'était la passion de la nationalité et le désir de n'être sujets d'aucun des rois voisins, d'aucun homme qui ne fût pas de leur race et de leur langue, qui leur avait fait conclure cette alliance avec le roi Philippe ; mais lui, s'inquiétant peu de leurs sentiments patriotiques, avait sur eux des vues toutes différentes. Il aspirait à étendre son autorité sur les provinces gauloises du Midi, de façon à devenir roi de toute la Gaule, au lieu d'être simplement roi de France. Suivant l'exemple de la chancellerie germanique, qui attribuait à chaque empereur vivant la possession réelle de tous les territoires que ses prédécesseurs avaient régis et perdus ensuite, le roi de France et son conseil reculaient en idée les bornes de leur domination légitime jusqu'aux Pyrénées, où l'on croyait que Charlemagne avait élevé une croix pour servir de limite perpétuelle entre la France et l'Espagne. « C'est jus- ( que-là. disait un poëte du temps qui voulait flatter le roi Philippe, c'est

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