‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 33 sur 155 · I.lVllI · texte numérisé non relu

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ville d'Exeter qu'ils habitaient alors en commun avec les Anglais. Cette population fut refoulée vers le midi jusqu'au delà du cours de la riviôre de Tamcr, qui devint alors, et qui est encore aujourd'hui la limite du pays de Cornouaille. Par la guerre ou par la politique, Ethelstan soumit ;\ sa puissance toutes les populations de race diverse qui habitaient lîle de Bretagne. 11 donna un Norwégien pour gouverneur aux Anglo-Danois de la Northumbrie; c'était Erik, fils de llarald, vieux pirate qui se fit chrétien pour obtenir un commandement.

Le jour de son baptême, il jura de garder et de défendre le Norlhumbcrland contre les païens et les pirates; de roi de mer qu'il était, il devint roi de province, comme s'exprimaient les Scandinaves. Mais celte dignité trop pacifique cessa promptement de lui plaire, et il remonta sur ses vaisseaux. Après quelques années d'absence, il revint visiter les Nortîiumbriens, qui le reçurent avec joie, et le prirent de nouveau pour chef, sans l'aveu du roi Edred, successeur du fils d'Elhelslan. Ce roi marcha contre eux et les força d'abandonner Erik, qui, à son tour, pour se venger de leur désertion, vint les attaquer avec cinq chefs de corsaires du Danemark et des Orcades. Il périt dans le premier combat avec les cinq rois de mer ses alliés. Cette fin, glorieuse pour un Scandinave, fut célébrée par les Skaldes ou poêles du Nord, qui, sans tenir compte du baptême qu'Erik avait reçu chez les Anglais, le placèrent, en idée, dans un tout autre paradis que celui des chrétiens.

« J'ai fait un rêve, dit Odin ; il m'a semblé que je me levais avant le «jour, afin de préparer le Valhalla pour une réceplion de guerriers (( morts en combattant.

« J'ai réveillé les héros de leur sommeil; je les ai engagés à se lever, « à garnir les bancs, à disposer les coupes et à les remplir de vin, (( comme pour l'arrivée d'un roi. La joie de mon cœur m'annonce de « nobles hôtes partis du monde des vivants.

(( D'où vient tout ce bruit? s'écrie Braghi; c'est comme si des milliers '< d'hommes s'avançaient. La salle et tous les bancs retentissent comme u au retour de Balder dans lepalais d' Odin.

a Odin répond : Tu te trompes, Braghi, toi qui sais tant de choses; «ce bruit d'applaudissements se fait pour le roi Erik. J'attends son ar- (i rivée dans mon palais; qu'on se lève, qu'on aille i\ sa rencontre.

« Pourquoi donc es-tu plus impatient de sa venue que de celle d'un « autre roi ? — C'est qu'en beaucoup de lieux il a rougi son épée de (( sang, qu'il a fait voyager au loin son épée sanglante.

(( Je te salue, Erik, brave guerrier; entre, sois le bienvenu dans cette ('. demeure. Dis-nous quels rois t'accompagnent ; combien viennent avec (( toi du combat ?

« — Cinq rois viennent, répond Erik, et moi je suis le sixième, n

Le territoire des Northumbriens, qui avait jusque-là conservé son

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ancien titre de royaume, le perdit alors, et fut divisé en plusieurs provinces. Le pays situé entre l'Humber et la Tees fut nommé province d'York, en saxon Evenvic-scire. Le reste du pays, jusqu'à la Tweed, garda le nom général de Norlhumbrie, Northan-hwnbraland, quoiqu'on y distinguât plusieurs circonscriptions diverses, telles que la terre des Cambriens, Cumbra-land, près du golfe deSohvay; la terre des montagnes de l'Ouest, IVestmoringa-land ; cnûn ]ii Northumbrie proprement dite, sur les bords de la mer orientale, entre les fleuves de Tyne et de Tweed. Les chefs northumbriens, sous l'autorité supérieure des rois anglo-saxons, conservèrent le litre danois qu'ils avaient porté depuis l'invasion ; on continua de les appeler larls, ou Eorls selon l'orthographe saxonne. C'est un mot dont on ignore la signification primitive, et que les Scandinaves appliquaient à toute espèce de commandant, soit militaire, soit civil, qui agissait comme lieutenant du chef suprême, appelé King on Kining. Par degrés les Anglo-Saxons introduisirent ce titre nouveau dans leurs territoires du sud et de l'ouest, et en firent la qualification du magistrat à qui fut délégué le gouvernement des grandes provinces, appelés autrefois royaumes, avec la suprématie sur tous les magistrats locaux, sur les préfets des scires, scire gerefas ou scire-reves; sur les préfets des villes, portreves; sur les anciens du peuple, eldermen. Ce dernier titre avait été, avant celui d'eorl, le nom générique des grandes magistratures anglo-saxonnes ; il fut dès lors abaissé d'un degré et ne s'étendit plus qu'aux juridictions inférieures et aux dignités municipales.

Dans la révolution qui réunit l'Angleterre tout entière, de la Tweed au cap de Cornouaille, en un seul et môme corps politique, lepouvoir des nouveaux monarques s'accrut en force à mesure qu'il s'étendit, et devint, pour chacune des populations réunies, plus pesant que n'avait été le pouvoir de ses rois particuliers. L'association des provinces anglodanoises aux provinces anglo-saxonnes attira nécessairement sur ces dernières quelque chose du régime sévère et ombrageux qui devait peser sur les autres parce qu'elles étaient peuplées d'étrangers obéissant malgré eux. Les mêmes rois, exerçant à la fois au nord le droit de conquête et au midi celui de souveraineté légale, se laissèrent bientôt entraîner à confondre ces deux caractères de leur puissance et à distinguer faiblement l'Anglo-Danois de l'Anglo-Saxon, l'étranger de l'indigène, le sujet de l'homme pleinement libre. Ces rois conçurent d'eux-mêmes une opinion exagérée ; ils s'entourèrent d'une pompe jusqu'alors inconnue : ils cessèrent d'être populaires comme l'étaient leurs prédécesseurs, qui, prenant le peuple pour conseiller en toutes choses, le trouvaient toujours prêt à faire ce que lui-même avait délibéré. De là naquirent pour l'Angleterre de nouvelles causes de faiblesse. Toute grande qu'elle parût désormais, sous des chefs dont les titres d'honneur rem-

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