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çait à faire croire qu'elle ne serait point prête avant l'hiver. D'ailleurs les périls étaient jjIus grands de la part des ennemis du Nord, déjà niai- Ircs d'une partie du territoire anglais, que delà part de l'autre ennemi, qui n'avait point encore mis le pied en Angleterre; et le fils de Godwin, hardi et vif dans ses projets, espérait, en peu de jours, avoir chassé les Norwégiens et être de retour à son poste pour recevoir les Normands. Il partit h grandes journées, à la tête de ses meilleures troupes, et arriva de nuit sous les murs d'York, au moment où la ville venait de capituler pour se rendre aux alliés de Tosti. Les Norwégiens n'y avaient pas encore fait leur entrée ; mais, sur la parole des habitants, et dans leur conviction de l'impossibilité où l'on était de rétracter cette parole, ils avaient rompu les lignes de siège et fait reposer leurs soldats. De leur côté, les habitants d'York ne songeaient qu'à recevoir le lendemain môme Tosti et le roi de Norwége, qui devaient tenir dans la ville un grand conseil, y régler le gouvernement de toute la province, et distribuer aux étrangers et aux transfuges les terres des Anglais rebelles.
L'arrivée imprévue du roi saxon, qui avait marché de manière à éviter les postes ennemis, changea toutes ces dispositions. Les citoyens d'York reprirent les armes, et les portes de la ville furent fermées et gardées de façon qu'aucun homme ne pût en sortir pour se rendre au camp des Norwégiens. Le jour suivant fut un de ces jours d'automne où le soleil se montre encore dans toute sa force; la portion de l'armée norwégienne qui sortit du camp sur l'Hnmber pour accompagner son roi vers York, ne croyant point avoir d'adversaires à combattre, vint sans cottes de mailles, à cause de la chaleur, et ne garda pour armes défensives que des casques et des boucliers.
A quelque distance de la ville, les Norwégiens aperçurent tout à coup un grand nuage de poussière, et sous ce nuage, quelque chose de brillant comme l'éclat du fer au soleil. « Quels sont ces hommes qui mar- « chent vers nous? dit le roi à Tosti. — Ce ne peut être, répondit le « Saxon, que des Anglais qui viennent demander grâce et implorer no- « tre amitié. » La masse d'hommes qui s'avançait, grandissant à mesure, parut bientôt comme une armée nombreuse, rangée en ordre de bataille. «L'ennemi ! l'ennemi ! » crièrent les Norwégiens, et ils détachèrent trois cavaliers pour aller porter aux gens de guerre restés au camp et sur les navires l'ordre de venir eu toute hâte. Le roi Harold, fils de Sigurd, déploya son étendard, qu'il appelait le ravageur du monde ; les combattants se rangèrent autour sur une ligne peu profonde, et courbée vers les extrémités. Ils se tenaient serrés les uns contre les autres, et leurs lances étaient plantées en terre, la pointe inclinée vers l'ennemi : il leur manquait à tous la partie la plus importante de leur armure. Le roi de Norwége, en parcourant les rangs sur son cheval noir, chanta des vers iinpiovisés, dont un fragment nous a été transmis par les historiens du
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Nord : c Conibaltons, disait-il, marchons, quoique sans cuirasses, sous « le tranchant du fer bleuâtre; nos casques brillent au soleil, c'est assez (( pour des gens de cœur. »
Avant le choc des deux armées, vingt cavaliers saxons, hommes et chevaux, couverts de fer, s'approchèrent des lignes des Norwégiens; l'un d'entre eux cria d'une voix forte : a Où est Tosli, lils de Godvvin ? (( — Le voici, répondit le fils de Godwin lui-même. — Si tu es Tosli, « reprit le messager, ton frère te fait dire par ma bouche qu'il te salue, « et t'offre la paix, son amitié et tes anciens honneurs. — Voilci de bonci nés paroles, et bien différentes des affronts et des hostilités qu'on m'a '( fait subir depuis un an. Mais, si j'accepte ces offres, qu'y aura-t-il pour '( le noble roi Harold, fils de Sigurd, mon fidèle allié? — Il aura, reprit le «messager, sept pieds de terre anglaise, ou un peu plus, car sa taille <( passe celle des autres hommes. — Dis donc à mon frère, répliqua « Tosti, qu'il se prépare à combattre : car jamais il n'y aura qu'un mcn- 'I leur qui aille raconter que le fils de Godwin a délaissé le fils de Sigurd.» Le combat commença aussitôt, et, au premier choc des deux armées, le roi de Norwége reçut un coup de flèche qui lui traversa la gorge. Tosti prit le commandement; et alors son frère Harold envoya une seconde fois lui offrir la paix et la vie, pour lui et pour les Norwégiens. Mais tous s'écrièrent qu'ils aimaient mieux mourir que de ri-en devoir aux Saxons. Dans ce moment, les hommes des vaisseaux arrivèrent, armés de cuirasses, mais fatigués de leur course sous un soleil ardent. Quoique nombreux, ils ne soutinrent point l'attaque des Anglais, qui avaient déjà rompu la première ligne de bataille et pris le drapeau royal. Tosti fut tué avec la plupart des chefs norwégiens, et, pour la troisième fois, Harold offrit la paix aux vaincus. Ceux-ci l'acceptèrent; Olaf, fils du roi mort, l'évoque et l'un des chefs des îles Orcades se retirèrent avec vingttrois navires, après avoir juré amitié à l'Angleterre. Le pays des Anglais fut ainsi délivré d'une nouvelle invasion des hommes du Nord. Mais, pendant que ces ennemis s'éloignaient pour ne plus revenir, d'autres ennemis s'approchaient, et le même souffle de vent qui agitait alors les bannières saxonnes victorieuses gonflait les voiles normandes, et les poussait vers la côte de Sussex.
Par un hasard malheureux, les vaisseaux qui avaient longtemps croisé devant cette côte venaient de rentrer faute de vivres. Les troupes de Guillaume abordèrent ainsi sans résistance à Pevensey près dcHastings, le 28 septembre de l'année 1066, trois jours après la victoire de Harold sur les Norwégiens. Les archers débarquèrent d'abord; ils portaient des vêtements courts, et leurs cheveux étaient rasés; ensuite descendirent les gens à cheval, portant des cottes de maille et des heaumes en fer poli de forme conique, armés de longues et fortes lances et d'épées droites à deux tranchants. Après eux sortirent les travailleurs de l'ar-
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niée, pionniers, charpentiers et forgerons, qui déchargèrent, pièce à pièce, sur le rivage, trois châteaux de bois, taillés et préparés d'avance.
Le duc ne prit terre que le dernier de tous ; au moment où son pied touchait le sable, il fit un faux pas et tomba sur la face. Un murmure s'éleva; des voix cricrents : «Dieu nous garde ! c'est mauvais signe. «Mais Guillaume, se relevant, dit aussitôt : « Qu'avez-vous? quelle chose vous a étonne? J'ai saisi cette terre de mes mains, et, parla splendeur de (' Dieu, tant qu'il y en a, elle est à nous. » Cette vive repartie arrêta subitement l'effet du mauvais présage. L'armée prit sa route vers la ville de Hastings, et, près de ce lieu, on traça un camp, et l'on construisit deux des châteaux de bois, dans lesquels on plaça des vivres. Des corps de soldats parcoururent toute la contrée voisine, pillant et brûlant les maisons. Les Anglais fuyaient de leurs demeures, cachaient leurs meubles et leur bétail, et se portaient en foule vers les églises et les cimetières qu'ils croyaient le plus sûr asile contre un ennemi chrétien comme eux. Mais, dans leursoif de butin, les Normands tenaient peu de compte de la sainteté des lieux, et ne respectaient aucun asile.
Harold était à York, blessé et se reposant de ses fatigues, quand un messager vint en grande hâte lui dire que le duc de Normandie avait débarqué et planté sa bannière sur le territoire anglo-saxon. 11 se mit en marche vers le sud avec son armée victorieuse, publiant, sur son passage. Tordre à tous les chefs des provinces de faire armer leurs milices et de les conduire à Londres. Les combattants de l'Ouest vinrent sans délai ; ceux du Nord tardèrent i\ cause de la distance; mais cependant il y avait lieu de croire que le roi d'Angleterre se verrait bientôt entouré de toutes les forces du pays. Un de ces Normands, en faveur desquels on avait dérogé autrefois à la loi d'exil portée contre eux, et qui maintenant jouaient le rôle d'espions et d'agents secrets de l'envahisseur, manda au duc Guillaume d'être sur ses gardes, et que, dans quatre jours, le fils de Godwin aurait avec lui cent mille hommes. Harold trop impatient n'attendit pas les quatre jours; il ne put maîtriser son désir d'en venir aux mains avec les étrangers, surtout quand il apprit les ravages de toute espèce qu'ils faisaient autour de leur camp. L'espoir d'épargner quelques maux â ses compatriotes, peut-être l'envie de tenter contre les Normands une attaque brusque et imprévue, comme celle qui lui avait réussi contre les Norwégiens, le déterminèrent à se mettre en marche vers Hastings, avec des forces quatre fois moindres que celles du duc de Normamlie.
Mais le camp de Guillaume était soigneusement gardé contre une surprise, et ses postes s'étendaient au loin. Des détachements de cavalerie avertirent, en se repliant, de l'approche du roi saxon, qui, disaient-ils, accourait en furieux. Prévenu dans son dessein d'assaillir l'ennemi à l'improviste, Harold fut contraint de modérer sa fougue; il
fil halte à la distance de sept milles du camp des Normands, et, changeant tout à coup de lactique, il se retrancha, pour les attendre, derrière des fossés et des palissades. Des espions, parlant le français, furent envoyés par lui près de l'armée d'outre- mer, pour observer ses dispositions et évaluer ses forces. A leur retour, ils racontèrent qu'il y avait plus de prêtres dans le camp de Guillaume, que de combattants du côté des Anglais. Ils avaient pris pour des prêtres tous les soldats de l'armée normande qui portaient la barbe rase et les cheveux courts, parce que les Anglais avaient coutume de laisser croître leurs cheveux et leur barbe. Harold ne put s'empêcher de sourire à ce récit : u Ceux « que vous avez trouvés en si grand nombre, dit-il, ne sont point des « prêtres, mais de braves gens de guerre qui nous feront voir ce qu'ils « valent, n Plusieurs des chefs saxons conseillèrent à leur roi d'éviter le combat et de faire sa retraite vers Londres, en ravageant tout le pays, pour affamer les envahisseurs. <( Moi, répondit Harold, que je ravage (de pays qui m'a été donné en garde! Par ma foi, ce serait trahison, « et je dois tenter plutôt les chances de la bataille avec le peu dliommes « que j'ai^ mon courage et ma bonne cause, »
Le duc normand, que son caractère entièrement opposé portait, en toute circonstance, à ne négliger aucun moyen, et à mettre l'intérêt au-dessus de la fierté personnelle, profita de la position défavorable où il voyait son adversaire, pour lui renouveler ses demandes et ses sommations. Un moine appelé Dom Hugues Maigrot, vint inviter, au nom de Guillaume, le roi saxon à faire de trois choses l'une : ou se démettre de la royauté en faveur du duc de Normandie, ou s'en rapporter à l'arbitrage du pape pour décider qui des deux devait être roi, ou enfin remettre cette décision à la chance d'un combat singulier. Harold répondit brusquement : o Je ne me démettrai point de mon titre, ne m'en (( rapporterai point au pape, et n'accepterai point le combat. » Sans se rebuter de ces refus positifs, Guillaume envoya de nouveau le moine normand, auquel il dicta ses instructions dans les termes suivants : « Ya « dire à Harold que, s'il veut tenir son ancien pacte avec moi, je lui lais- <( serai tout le pays qui est au delà du fleuve de l'Humber, et que je don- (( nerai à son frère Gurth toute la terre que tenait Godwin; que, s'il s'ob- 0 stine à ne point prendre ce que je lui offre, tu lui diras, devant ses « gens, qu'il est parjure et menteur, que lui et tous ceux qui le soutien- (t dront sont excommuniés de la bouche du pape, et quej'en ai la bulle. » Dom Hugues Maigrot prononça ce message d'un ton solennel, et la Chronique normande dit qu'au mot d'excommunication les chefs anglais s'entre-regardèrent, comme en présence, d'un grand péril. L'un d'eux prit alors la parole : « Nous devons combattre, dit-il, quel qu'en soit « pour nous le danger; car il ne s'agit pas ici d'un nouveau seigneur h (( recevoir comme si notre roi était mort ; il s'agit de bien autre chose.