‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 57 sur 155 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

gales, comme il serait sans doute arrivé si les vainqueurs et les vaincus eussent été de race différente. Les vaincus n'eurent à subir aucun esclavage, aucune dégradation politique; et la servitude de la glèbe, fruit ordinaire des conquêtes étrangères dans le moyen ;\gc, ne s'établit point en Ecosse. Bientôt il n'y eut plus au nord du Forth qu'un seul peuple, et ce fut de bonne beure une tentative infructueuse que de rechercher les traces de l'idiome qu'avaient parlé les Pietés au temps de Icui- indépendance. Les rois des vainqueurs^ désertant leur pays natal, vinrent habiter parmi les vaincus à Dumferline et à Scona. Ils transportèrent avec eux la pierre consacrée sur laquelle, d'après l'usage antique, ils devaient se placer le jour de leur couronnement, pour prêter serment au peuple, et à laquelle une ancienne superstition nationale attachait le destin de la race des Scots.

Au temps de l'invasion des Normands en Angleterre, il ne restait plus lu moindre trace de l'ancienne séparation des Galls de l'île de Bretagne en deux populations distinctes ; la seule division nationale qui se remarquât dans le royaume d'Ecosse était celle des hommes parlant la langue gallique, qu'on appelait aussi enr, c'est-à-dire irlandaise, et des hommes issus de colonies teutoniques ou Scandinaves, dont l'idiome était à la fois intelligible pour les Danois et les Anglais. Cette population, la plus voisine de l'Angleterre, bien ({u'appelée écossaise par les Anglais, avait beaucoup plus d'affinité avec ce dernier peuple (à cause de la ressemblance des langues et de la communauté d'origine) qu'avec les Écossais de race gallique. Ces derniers, qui joignaient h une fierté un peu sauvage des habitudes d'indépendance provenant de leur organisation en clans ou en tribus séparées, étaient souvent en querelle avec la population mélangée des plaines du sud, et môme avec les rois d'Ecosse. Les rois trouvaient presque toujours les Écossais méridionaux disposés à les servir dans leurs projets contre la liberté des clans; et ainsi l'inimitié instinctive de ces deux races d'hommes, fruit de la diversité d'origine et de langage, tournait au profit du despotisme royal. Cette ex|)érience, faite plus d'une fois par les successeurs de Kcnncth, fils d'Alpin, excita en eux une grande affection pour les habitants des basses- (erres d'Ecosseet en général pour les hommes d'origine anglaise ; ils préféraient ces étrangers aux hommes issus des mômes ancêtres qu'eux; ils favorisaient de tout leur pouvoir les Ecossais de nom aux dépens des Écossais de race, et recevaient, avec une bienveillance empressée, tous les émigranls d'Angleterre.

C'est par suite de ce penchant polilique (|ue le roi d'Écossc Malcolm, surnommé Kenmore, accueillit comme des hôtes bienvenus le jeune Edgar, sa mère, ses sœurs et ses amis. Il salua Edgar comme le véritable et légitime roi des Anglais, lui offrit un asile sûr et des secours pour relever sa fortune. 11 donna aux chefs dépossédés, qui accompagnaient

leur roi, des domaines, que peut-être il enleva despotiquement à ses sujets de race bretonne et gallique ; et, comme il était encore sans épouse, il prit pour femme une des sœurs d'Edgar, la plus jeune, appelée Marguerite. Marguerite ne savait point la langue gallique; elle eut souvent besoin d'interprète pour parler aux chefs des tribus du nord et de l'ouest et aux évêques de ces contrées ; alors c'était le roi Malcolm, son mari, qui se chargeait de cette fonction, Malcolm s'énonçait également bien dans les deifx idiomes; mais, peu de temps après son règne, les l'ois d'Ecosse dédaignèrent de parler et d'apprendre la langue des anciens Scots, celle du peuple dont eux-mêmes descendaient et dont le pays lirait son nom.

La nouvelle de l'alliance formée entre les Saxons et le roi d'Ecosse, et des rassemblements hostiles qui se faisaient au nord de l'Angleterre, détermina Guillaume à ne pas attendre une attaque et à prendre vivement l'offensive. Son premier fait d'armes, dans cette nouvelle expédition, fut le siège de la ville d'Oxfodr. Les citoyens résistèrent au roi étranger, et l'insultèrent même du haut de leurs murs ; mais une partie du rempart de la ville s'écroula, sapée par les Normands, qui entrèrent d'assaut par cette brèche et se vengèrent des habitants par le massacre et l'incendie. Sur sept cent vingt maisons, plus de quatre cents furent détruites. Les religieux du couvent de Sainte-Frideswide, suivant l'exemple des moines deWinchcomb, prirent les armes pour défendre leur monastère, et en furent tous expulsés après la victoire des Normands. La ville de Warwich fut prise ensuite, puis celle de Leicester, qui fut détruite presque de fond en comble, puis celle de Derby, où le tiers des maisons fut renversé. Après le siège et la prise de Nottingham, une forte citadelle y fut bâtie, et confiée à la garde du Normand Guillaume Peverel. Ce Guillaume eut, pour sa part de conquête, cinquantecinq manoirs dans la province de Nottingham, et, dans la ville même, quarante-huit maisons de marchands, douze maisons de gens de guerre, et huit maisons de cultivateurs anglais. Il établit sa demeure dans la contrée de Derby, sur un rocher à pic, au haut duquel son château paraissait suspendu en l'air, comme le nid d'un oiseau de proie.

De Nottingham, les troupes normandes se dirigèrent, à l'est, sur Lincoln, qu'elles forcèrent de capituler et de livrer des otages. Cent soixante-six maisons y furent détruites, pour servir d'emplacement aux forteresses et aux autres retranchements dont la garnison étrangère s'entoura avec plus de soin qu'ailleurs ; car, dans cette ville dont la population était d'origine danoise, les conquérants redoutaient, ^comme à Norwich, une attaque des Danois d'outre-mer. Parmi les otages de Lincoln emprisonnés dans les forteresses normandes pour garantie du repos de la province, se trouvait un jeune homme appelé Thurgot, Danois de race, qui parvint à se faire ouvrir les portes, en gagnant ses gar-

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