‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 60 sur 155 · I.IVHE IV · texte numérisé non relu

I.IVHE IV

firent brigands et pirates contre l'étranger, et lurent accusés, dans les proclamations du conquérant, de violerla paix publique et de se livrera un genre de vie infâme. Les Normands entrèrent pour la seconde fois dans Durham ; et leur sommeil n'y fut point troublé, comme l'avait été celui de Robert Cornine.

Avant leur entrée dans cette ville, qui était pour eux la clef de tout le pays septcnlrional, l'évoque de Durham., Eghelwin, le môme qui avait donné ;\ Robert des avertissements si mal reçus, s'était réuni aux principaux habitants pour fuir ensemble et chercher un refuge aux extrémités du pays. Emportant aveceux les reliques de saint Cuthbert, comme un trésor national et comme leur sauvegarde contre l'ennemi, ils gagnèrent, h l'embouchure de la Tweed, l'île de Lindisfarne, qui, deux fois le jour, ;\ la marée montante, est tout entière baignée par les eaux, et deux fois, quand la mer est basse, se trouve rejointe à la terre ferme. La grande église de Durham, abandonnée de son clergé, devint l'asile des Saxons blessés, malades ou pauvres qui n'avaient pas eu le moyen de s'enfuir ; ils y couchaient sur la pierre au nombre de plusieurs centaines, épuisés de misère et de faim.

L'armée conquérante^ dont les corps détachés couvraient un espace de cent milles, traversa dans tous les sens ce territoire, pour la première fois envahi par elle, et les traces de son passage s'y imprimèrent profondément. De vieux historiens témoignent que, depuis l'Humber jusqu'il la Tyne, il ne resta pas une pièce de terre en culture, pas un seul village habité. Les monastères qui avaient échappé aux ravages des païens danois, celui de Saint-Pierre auprès delaWear, celui de Whitby, qu'habitaient des religieuses, furent profanés et incendiés. Au sud du cours de l'Humber, selon les mômes narrateurs, le ravage ne fut pas moins terrible. Ils disent qu'entre York et la mer orientale, tout ôtre vivant fut misa mort, depuis l'homme jusqu'à la bête, tout, excepté ceux qui se réfugièrent à Beverley, dans le monastère qui renfermait la tombe de Saint-Jean l'Archevêque. C'était un saint de race anglo-saxonne, et, à l'approche des conquérants, un grand nombre d'hommes et de femmes accoururent, avec ce qu'ils avaient de plus précieux, autour de l'église dédiée à leur bienheureux compatriote, afin que, se souvenant qu'il était né Saxon, il les protégeât, eux et leurs biens, contre la fureur de l'étranger.

Le camp des Normands était alors à sejit milles de Beverley, et le bruit s'y répandit que l'église de Saint-Jean était le refuge des riches et le dépôt des richesses du pays. Quelques éclaireurs aventureux se détachèrent, sous la conduite d'un certain Toustain, pour courir les premiers au pillage. Us entrèrent à Beverley sans résistance, marchèrent vers le cimetière où se pressait la foule effrayée, et franchii-ent les barrières sans s'inquiéter du saint anglo-saxon plus que de ceux qui l'invo-

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quaient. Touslain, le chef de la bande, parcourant des yeux les groupes d'Anglais, aperçut un vieillard richement vêtu et portant des bracelets d'or, suivant la mode de sa nation. Il galopa contre lui Tépée nue ; le vieillard effrayé s'enfuit dans l'église, et Toustain l'y poursuivit; mais à peine eut-il passé les portes, que son cheval, glissant sur le pavé, s'abattit et le froissa dans sa chute. A la vue de leur capitaine à demi mort, les autres Normands tournèrent bride, et, l'imagination frappée, ils coururent pleins d'effroi au camp raconter ce terrible exemple du pouvoir de saint Jean de Beverley. Au passage de l'armée, nul n'osa s'exposer de nouveau à la vengeance du saint ; et le domaine de son église, si en l'on croit la légende, resta seul couvert d'habitations et de fruits au milieu du pays dévasté.

Guillaume, poursuivant les débris des Saxons libres, alla jusqu'au pied de la grande muraille romaine, dont les restes se prolongent encore de l'est à l'ouest, depuis l'embouchure de la Tyne jusqu'au golfe de Solway.Il retourna ensuite vers York, où il fit apporter de Winchester la couronne d'or, le sceptre doré, le manteau doublé de fourrure et tous les autres insignes de la royauté anglaise ; il les étala en grande pompe durant les fêtes de la Nativité, comme pour faire un défi aux hommes qui avaient combattu, quelques mois auparavant, pour le roi Edgar et leur pays. Il n'y avait plus personne capable de répondre à cette provocation ; un dernier rassemblement de braves fut dispersé sur les bords de la Tyne ; et telle fut, dans la contrée du nord, la fin de la résistance, la fin de la liberté selon les Anglais, celle de la rébellion selon les Normands.

Sur les deux rives de l'Humber, la cavalerie du roi étranger, ses comtes, ses baillis, purent désormais voyager librement par les chemins et par les villes. La famine, comme une fidèle compagne de la conquête, suivit leurs pas : dès l'année 1067, elle avait désolé quelques provinces, les seules qui alors eussent été envahies ; mais, en 1070, elle s'étendit sur l'Angleterre entière, et se montra dans toute son horreur sur les terres nouvellement conquises. Les habitants de la province d'York et du territoire au nord d'York, après s'être nourris de la chair des chevaux morts que l'armée normande laissait sur les routes, mangèrent de la chair humaine ; plus de cent mille personnes de tout âge périrent de misère dans cette contrée. « C'était un affreux spectacle, dit « un vieil annaliste, que de voir sur les chemins, sur les places publiques, « aux portes des maisons, les cadavres humains rongés de vers, car il « ne restait personne pour leur donner la sépulture. »

Cette détresse n'était que pour les indigènes, et le soldat étranger vivait dans l'abondance; il y avait pour lui, au sein de ses forteresses, de vastes amas de vivres et de blé, et on lui en envoyait d'outre-mer au prix de l'or enlevé aux Anglais. Bien plus, la famine l'aidait à dompter entièrement les vaincus, et parfois, pour les restes du repas d'un

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