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gens qui l'accompagnaient de faire prendre aux voitures le chemin du château d'York, et de déposer le blé et les autres denrées dans les magasins normands. A cette nouvelle, l'archevêque Eldred s'empressa d'envoyer une députation de clercs de son église et de citoyens de la ville, prier l'officier royal de lui faire rendre ce qui lui appartenait; mais le vicomte répondit avec hauteur qu'il ne rendrait rien de ce qu'il avait trouvé bon de prendre. Sur son refus sèchement réitéré, les envoyés lui dirent que si l'archevêque n'obtenait pas justice, il se verrait contraint d'agir pontificalement; et à ces mots, le Normand, redoublant d'insolence, éclata en menaces contre l'archevêque saxon et renvoya ses députés avec loute sorte d'insultes. Ceux-ci rapportèrent à l'archevêque ce quils avaient entendu et souffert, et Eldred en fut atterré ; l'ami du conquérant se sentait frappé par la conquête, et ce coup imprévu soulevait dans son âme une indignation que cette âme calme et prudente n'avait point éprouvée jusqu'alors.
Jeté hors de lui-même par un ressentiment personnel mêlé de remords patriotique, l'archevêque fit remonter jusqu'au roi, qu'il avait couronné de sa main, la responsabilité de ces injures, et rompit dans sa conscience le pacte qu'il avait fait avec lui. Il partit d'York à l'instant môme pour aller trouver le conquérant, et se présenta devant lui, revêtu de ses ornements pontificaux. Guillaume, le voyant, se leva pour lui offrir, selon l'usage du temps, le baiser de paix ; mais le prélat saxon n'avança pas et dit : « Écoule, roi Guillaume; tu étais étranger, et, « Dieu voulant punir l'orgueil de notre nation, tu obtins, par sa per- « mission, quoiqu'au prix de beaucoup de sang, le royaume d'Angle- (i terre; alors je t'ai consacré roi et, en te bénissant, j'ai posé la couci ronne sur ta tête. Mais aujourd'hui que tu l'as mérité, je te maudis (I comme persécuteur de l'Église de Dieu, oppresseur de ses ministres « et violateur des promesses que tu m'as faites avec serment devant « l'autel de saint Pierre. » Intrépide au milieu des plus grands dangers, Guillaume était, comme tous les esprits de son siècle, accessible aux terreurs soudaines d'une forte impression religieuse. Il fut troublé de ce spectacle et de ces paroles étranges pour lui, et se jetant aux pieds de larchevôque, il lui demanda par quelle faute il avait pu encourir une telle sentence. En même temps, les seigneurs normands qui l'entouraient, saisis d'une tout autre émotion, adressèrent à l'archevêquo des paroles de colère, le menaçant de la mort ou de l'exil pour l'affront qu'il faisait à un si grand prince, et lui ordonnant de relever aussitôt le roi agenouillé devant lui.
Mais Eldred, puisant dans sa fierté blessée et dans la dignité de son ministère une force qui lui était nouvelle, resta calme et serein devant les invectives elles menaces : <c Laissez-le, dit-il aux Normands, lais- « sez-le s'humilier; ce n'est pas devant moi qu'il se prosterne, c'est de-
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« vant l'apôlrc Pierre que je représente et dont il sentie pouvoir. » Puis, mettant fin à cette scène pénible, il prit la main du roi qui se releva et qui, apprenant la cause de son apparition imprévue, promit de lui faire rendre sans délai tout ce qu'on lui avait enlevé. L'archevêque Eldred se remit en chemin pour sa ville métropolitaine, emportant des lettres qui contenaient l'ordre du roi et un blâme sévère pour le vicomte, qui s'était permis d'agir envers lui comme envers tout autre Anglais. Il avait obtenu réparation, il était satisfait pour le présent, mais il ne croyait plus à l'avenir. Il voyait que son espérance de paix sous la conquête n'était qu'un songe; que, d'une part, ses compatriotes, abhorrant le joug étranger, n'auraient avec les Normands que des trêves passagères, et que, de l'autre, l'esprit de violence et l'orgueil de la victoire montaient, chez les vainqueurs, à un excès que le roi lui-même serait incapable de contenir. Sous le poids d'une amère tristesse, où le repentir, à ce qu'il semble, se joignait au découragement, il fut pris d'une maladie lente qui par degrés mina ses forces. Un an après, lorsque les Saxons, ralliés de nouveau et soutenus par un secours danois, s'avancèrent pour attaquer la ville d'York, le chagrin d'Eldred et sa langueur redoublèrent; il pria Dieu, dit un ancien récit, de lui faire la grâce de ne pas voir la destruction de son église et la ruine de son pays, et mourut comme il l'avait demandé.
La guerre durait encore aux extrémités de l'Angleterre, l'agitation était partout; on s'attendait à ce que les fugitifs d'York reviendraient, par terre ou par mer, tenter quelque nouvel effort. L'ennui de cette lutte sans terme visible commença dès lors à se faire sentir aux soldats et même aux chefs de l'armée d'invasion. Plusieurs, se croyant assez riches, résolurent de renoncer aux fatigues ; d'autres trouvèrent que les terres des Anglais ne valaient pas les peines et les dangers au prix desquels on les obtenait; d'autres voulaient revoir leurs femmes qui les accablaient de messages et les conjuraient de revenir près d'elles et près de leurs enfants. Le roi Guillaume fut vivement alarmé de ces dispositions ; il offrit pour réchauffer le zèle plus qu'il n'avait encore donné, et promit, pour le temps oii la conquête serait achevée, des terres, de l'argent, des honneurs en abondance. Il fit répandre l'accusation de lâcheté contre ceux qui demandaient leur retraite et abandonnaient leur seigneur en péril, au milieu des étrangers. Des railleries amères et indécentes furent dirigées contre les femmes normandes, qui s'empressaient de rappeler auprès d'elles leurs maris et leurs protecteurs. Mais, malgré cela, Hugues de Grantmesnil, comte de la province de Hauts, son beau-frère Onfroy du Tilleul, gardien du fort de Hastings, et un grand nombre d'autres partirent, laissant leurs terres et leurs honneurs, pour aller, comme disaient de plus fidèles qu'eux à la cause du conquérant, se mettre sous le servage de femmes impudiques au mépris de
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leur devoir comme vassaux. Ce départ fit une grande impression >ur l'esprit du roi. Prévoyant pour l'avenir de plus grandes difficultés quil n'en avait éprouvé jusque-là, il renvoya eu Normandie la reine Malhilde pour l'éloigner du trouble et pour être lui-même tout entier aux soins de la guerre. De nouveaux événements ne tardèrent pas à justifier ses inquiétudes.
L'un des fils du roi lîarold appelés Godwin, Edmnnd etMagnus, vint d'Irlande, où tous les trois s'étaient réfugiés, soit après la bataille de Hastings, soit après la prise d'Exeter, et amena au secours des Anglais plusieurs vaisseaux et une petite armée. Il entra dans l'embouchure de l'Avon, et mit le siège devant Bristol ; mais, ne pouvant s'en emparer, il remonta sur ses navires, côtoya le rivage du sud-ouest, et alla débarquer dans la province de Somerset. A son approche, tous les habitants du pays se soulevèrent contre les Normands, et rinsurrcction s'étendit aux provinces de Devon et de Dorset. L^illiance des Bretons de la Cornouaille avec leurs voisins saxons se renouvela, et ils attaquèrent ensemble le corps de troupes étrangères qui stationnait dans ces contrées. On envoya pour renfort aux Normands les Anglais auxiliaires, qui avaient trouvé plus aisé de se joindre à l'ennemi que de lui résister ; et, comme au siège d'Exeter, ils furent placés à l'avant-garde, pour essuyer les premiers coups. Ils étaient conduits par Ednoth, ancien grand officier du roi llarold, dont Guillaume voulait se défaire en l'envoyant contre les insurgés : car c'était sa politique, dit un vieil historien , de mettre les Saxons aux prises les uns avec les autres, voyant pour lui-même un grand débarras , de quelque côté que fût la victoire. Ednoth périt avec beaucoup des siens ; l'insurrection subsista, et le fils de Harold, quoiqu'il eût l'avantage, retourna en Irlande pour y prendre l'aîné de ses deux frères et en ramener de nouvelles troupes.
Godwin et Edmund, naviguant ensemble et doublant le long promontoire qui porte le nom de Lcmd's-Fnd, ou Fin-du-Pays, entrèrent, cette fois, par l'embouchure de la rivière de Tavy, au sud de la province de Devon. Ils s'aventurèrent imprudemment sur ce territoire, où les Normands, cantonnés dans les provinces du sud, avaient rassemblé toutes leurs forces pour opposer une barrière à l'insurrection de l'ouest. Deux chefs, dont l'un était Brian, fils d'Eudes, comte ou duc de Bretagne, les attaquèrent à l'improviste, et leur tuèrent plus de deux mille hommes, anglais ou irlandais. Les (Ils du dernier roi saxon remontèrent sur leurs vaisseaux, et mirent à la voile, ayant perdu toute espérance. Pour achever de détruire les révoltés de Dorset et de Somerset, l'évê(iue de Coulanccs, Geofi'roi, vint avec les garnisons de Londres, de Winchester et de Salisbury. Il parcourut ces deux provinces, à la poursuite des hommes armés ou suspects d'avoir pris les armes; tout ce qui
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résista fut mis à mort, et les prisonniers, sinon tous, du moins en partie, furent mutilés pour servir d'exemple.
Cette déroute et la retraite des auxiliaires venus d'Irlande n'abattirent point entièrement l'effervescence des populations de l'ouest. Le mouvement commencé au sud s'était prolongé sur toute la frontière du territoire gallois ; les habitants de la contrée voisine de Chester, contrée encore libre de toute invasion, descendirent jusqu'à Shrewsbury, et, se joignant aux bandes armées d'Edrik, qu'on surnommait le sauvage, ils refoulèrent les Normands vers l'est. Les deux chefs, Brian et Guillaume, qui avaient battu les fils de Harold et réduit les hommes de Devon et de Cornouaille, s'avancèrent alors du côté du sud, et le roi lui-même, parti de Lincoln, vint du côté de l'orient, avec l'élite de ses gens d'armes. Il rencontra près de StafFord, au pied des montagnes, le plus grand corps d'aimée des insurgés, et le détruisit dans un seul combat. Les autres capitaines normands marchèrent sur Shrewsbury ; et cette ville, ainsi que les campagnes qui l'avoisinent, retombèrent sous la loi de l'étranger ; les habitants rendirent leurs armes ; quelques braves seulement, qui voulurent les garder, se retirèrent sur les dunes de la mer ou sur la cime des montagnes. Ils continuèrent de guerroyer, péniblement et sans avantages, contre les petits corps isolés, dressant, à rentrée des bois et dans les vallées étroites, des embûches pour le soldat égaré ou le coureur aventureux, ou le messager qui portait l'ordre des chefs ; mais les grandes routes, les cités, les bourgs, s'ouvrirent aux bataillons ennemis. La terreur remplaça Tespoir dans le cœur des vaincus : ils s'évitèrent au lieu de s'unir ; et tout le pays du sud-ouest rentra encore une fois dans le silence.
Au nord, la cité d'York était toujours l'extrême limite de la conquête ; les soldats normands qui occupaient cette ville ne cherchaient point à s'avancer au delà, et même leurs excursions sur la contrée au sud dTork n'étaient point sans danger pour eux. Hugues, fils de Baudry, vicomte de la ville, n'osait descendre jusqu'à Selby et passer la rivière d'Ouse sans se faire suivre d'une force imposante. Les soldats normands n'étaient plus en sûreté dès qu'ils s'éloignaient des rangs et quittaient leurs armes : car des bandes d'insurgés, aussitôt ralliées que dissoutes, harcelaient continuellement les corps de troupes en marche, et môme la garnison d'York. Guillaume Malet, collègue du fils de Baudry dans le commandement de cette garnison, alla jusqu'à déclarer, dans ses dépêches, que sans de prompts secours il ne répondait plus de son poste. Celte nouvelle, portée au quartier du roi Guillaume, y causa une grande alarme. Le roi lui-même partit en hàtc, et arriva devant la ville dYork, au moment où les citoyens, ligués avec les gens du plat pays, assiégeaient la forteresse normande. Il les attaqua vivement avec des forces supérieures, en tua un grand nombre et lit beaucoup
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de prisonniers, n'épargnant personne, disent les chroniques, mettant la ville au pillage et laissant profaner l'église métropolitaine. Durant huit jours passés à "York, il y jeta les londements d'un second château fort, dont il confia les travaux et la garde ;\ son confident le plus intime, Guillaume, fils d'Osbern, son sénéchal et son maréchal pour la Normandie et l'Angleterre.
Après son départ, les Anglais se rallièrent encore, et firent à la lois le siège des deux châteaux; mais ils furent repoussés avec perte, et les Normands achevèrent en paix leurs nouveaux ouvrages de défense. Assuré de la possession d'York, le conquérant i éprit roffcnsive, et tenta de reculer jusqu'à Durham les limites du pays subjugué ; ce fut un certain Robert, surnommé Comine ou de Comines, qui! chargea de cette expédition hasardeuse. Robert partit avec le litre anticipé de comte du Northumberland. Son armée était peu considérable ; mais sa confiance en lui-même était grande, et s'accrut au delà de toute mesure quand il se vit presque au terme de sa route sans avoir trouvé de résistance. Déjà il apercevait les murailles de Durham, lorsque Eghehvin, l'évèque saxon de la ville, vint à sa rencontre et l'avertit d'être sur ses gardes, parce que les gens du pays avaient résolu de mourir tous plutôt que de se soumettre au pouvoir d'un étranger: « Que m'importe ce qu'ils di- « sent? répondit Robert Comine ; ils ne m'attaqueront pas, aucun « d'eux ne l'oserait. » Les Normands entrèrent dans Durham et y massacrèrent quelques hommes inoffensifs, comme pour défier les Anglais; les soldats campèient sur les places, et leur chef prit pour quartier la maison de l'évèque.
La nuit vint, et alors les habitants des rives de la Tync allumèrent, sur toutes les hauteurs, des feux qui leur servirent de signaux ; ils se rassemblèrent en grand nombre et firent diligence vers Durham. Au point du jour, ils étaient arrivés devant les portes, qu'ils forcèrent ; et les Normands furent assaillis de toutes parts, au milieu des rues, dont ils ignoraient les détours. Ils cherchèrent à se rallier dans la maison épiscopale, où était le logement de leur comte; ils y firent des barricades, et la défendirent quelque temps, tirant leurs flèches d'en haut sur les Saxons. Mais ceux-ci terminèrent le combat en mettant le feu à la maison, qui fut bridée tout entière avec les hommes qui s'y étaient renfermés. Robert Comine fut du nombre. Il avait amené avec lui sept cents cavaliers complètement armés; mais on ne sait pas au juste combien de gens de scivice et de fantassins les accompagnaient. Celte tei'rible défaite produisit une telle impression sur les Normands, que des troupes nombreuses, envoyées pour tirer vengeance du massacre, s'avancèrent jusqu'à Ell'erlun, aujourd'hui Norlhallerlon, à égale dislance d'York et de Durham, et (ju'arrivées à ce point, elles reculèrent, saisies d'une terreur panique. Le bruit courut tiu'elles s'étaient trouvées dans
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une obscurité complète et contraintes de retourner en arrière par la puissance d'un saint nommé Cuthbert, qui était le patron du pays et dont le corps reposait à Durham.
Les Northumbricns, qui remportèrent cette grande victoire, étaient fils d'anciens colons danois, et il n'avait point cessé d'exister entre eux et la population du Danemark des relations d'amitié réciproque, fruits de leur commune origine. Du moment qu'ils se virent menacés par l'invasion normande, ils adressèrent aux Danois des demandes de secours, au nom de l'ancienne fraternité de leurs ancêtres, et de semblables sollicitations parvinrent aussi aux rois de Danemark de la part des habitants anglo danois d'York, de Lincoln et de Norwich. Une foule de réfugiés saxons plaidaient la cause de leur pays auprès des peuples septentrionaux, les pressant avec instance d'entreprendre la guerre contre les Normands qui opprimaient une nation de la grande famille teutonique, après avoir tué son roi, proche parent de plusieurs rois du Nord.
Guillaume, qui, de sa vie, n'avait su prononcer un seul mot de la langue septentrionale que ses aïeux avaient jadis parlée, prévit, dès le commencement, cette alliance naturelle des Anglais avec les Danois, et c'est ce qui lui fit bâtir de nombreuses forteresses sur les côtes orientales de l'Angleterre. Il envoya plusieurs fois, à Sven, roi de Danemark, des ambassadeurs accrédités, des négociateurs habiles, des évêques à la parole insinuante, avec de riches présents, pour lui persuader de demeurer en paix. Mais l'homme du Nord ne se laissa point séduire, et ne consentit point, disent les chroniques danoises^ à laisser le peuple anglais en servitude sous un peuple de race et de langue étrangères. Sven rassembla sa flotte et ses soldats. Deux cent quarante vaisseaux partirent pour la Bretagne, conduits par Osbiorn, frère du roi, et par ses deux fils Harald et Knut. A la nouvelle de leur départ, les Anglais comptaient avec impatience les jours qui devaient s'écouler jusqu'à l'arrivée de ces enfants de la Baltique, autrefois si terribles pour eux, et prononçaient avec amour des noms que leurs pères avaient maudits. L'on attendait aussi des troupes enrôlées à prix d'argent sur les côtes de l'ancienne Saxe et de la Frise, et les Saxons réfugiés en I^lcosse promettaient quelques secours. Encouragés par leur victoire, les habitants du Northumberland faisaient de fréquentes excursions, au sud de leur pays, sur les cantonnements des étrangers. Le gouverneur de l'un des châteaux d'York fut tué dans une de ces rencontres.
Ce fut dans l'intervalle des deux fêtes de la Vierge Marie, en automne, que les fils du roi Sven, Osbiorn, son frère, et cinq autres chefs danois de hant rang, abordèrent en Angleterre. Ils tentèrent hardiment une descente sur la partie des côtes la mieux gardée, celle du sud-est ; mais, successivement repoussés de Douvres, de Sandwich et de Norwich, ils remontèrent vers le nord et entrèrent dans le golfe de l'Humber, comme
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faisaient jadis leurs aïeux, mais sous de tout autres auspices. Dès que le bruit de leur approche se fut répandu dans les lieux d'alentour, de toutes parts les chefs de race anglaise, tous les Anglais en masse, vinrent des bourgs et des campagnes faire amitié avec les Danois et se joindre à eux. Le jeune roi Edgar, Merlesweyn, Gospatrik, Siward Beorn, et beaucoup d'autres réfugié>;, accoururent promptement de l'Ecosse. On vit arriver aussi Wallheof, fils de Siward, échappé, comme Edwin et son frère, du palais du roi Guillaume : il était encore très-jeune, et se faisait remarquer, de môme qu'autrefois son père, par une taille élevée et une grande vigueur de corps.
Les Saxons se placèrent à l'avant-garde, les Danois formèrent le corps d'armée, et c'est dans cet ordre qu'ils marchèrent sur York, les uns à cheval, les autres à pied, tous pleins de joie, dit la chronique contemporaine. Des messagers les devancèrent pour avertir les citoyens que leur délivrance approchait, et bientôt la ville d'York fut investie de toutes parts. Dans le huitième jour du siège, les Normands qui gardaient les deux châteaux, craignant que les maisons voisines ne fournissent aux assaillants des matériaux pour combler les fossés, mirent le feu à ces maisons. L'incendie gagna rapidement, et ce fut b la lueur des flammes que les insurgés et leurs auxiliaires, aidés par les habitants, pénétrèrent dans la ville et forcèrent les étrangers de se renfermer dans l'enceinte de leurs citadelles ; le môme jour, les deux citadelles furent emportées d'assaut. Dans ce combat décisif périrent, comme s'exprime la chronique saxonne, bien des centaines d'hommes de France. Waltheof, placé en embuscade à l'une des portes des châteaux, tua, de sa propre main, h coups de hache, beaucoup de Normands qui cherchaient à s'enfuir. 11 poursuivit, avec ses compagnons, cent chevaliers jusque dans un petit bois voisin, et pour s'épargner la peine d'une plus longue course, il fit mettre le feu au bois, où les cent chevaliers furent tous brûlés. Un Danois, guerrier et poëte, célébra ce fait d'armes dans un chant où il louait le chef saxon d'ôtre terrible comme Odin, et d'avoir servi aux loups d'Angleterre un repas de cadavres normands.
Les vainqueurs firent grâce de la vie aux deux commandants d'York, Gilbert de Gand et Guillaume Malet, à la femme et aux enfants de ce dernier, et à un petit nombre d'autres qui furent emmenés sur la flotte danoise. Ils renversèrent de fond en comble, peut-être imprudemment, les fortifications bâties par l'étranger, afin d'effacer tout vestige de son passage. Le jeune Edgar, redevenu roi dans York, conclut, suivant l'ancienne coutume saxonne, un pacte d'alliance avec les citoyens ; et ainsi fut relevée, pour quelques moments, la royauté nationale des Anglo- Saxons. Son domaine et le pouvoir d'Edgar s'étendaient de la Tweed â l'Humber; mais Guillaume, et avec lui l'esclavage, régnait encore sur tout le pays du sud,siu' le> plus belles provinces et les plus grandes villes.
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L'hiver approchait ; los navires des Danois furent mis en station dans le golfe de rilumber, aux bouches de l'Ouse et delà Trent. Leur armée et celle des Saxons libres attendaient le retour de la belle saison pour s'avancer vers le midi, faire rétrograder les conquérants, et confondre le roi Guillaume, comme s'exprime un vieil historien. Guillaume ne fut pas sans alarmes ; la nouvelle de la prise d'York et de la déroute complète des siens l'avait transporté de douleur et de colère; il avait juré de ne point quitter sa lance qu'il n'eût tué tous les Norlhumbriens; mais, modérant son emportement, il voulut d'abord essayer la ruse, et envoya des messagers habiles à Osbiorn, le frère du roi Sven, commandant supérieur de la flotte danoise. Il promit à ce chef de lui faire tenir en secret une grande somme d'argent, et de lui laisser librement prendre des vivres pour son armée sur toute la côte orientale, s'il voulait, à la fin de l'hiver, mettre cà la voile et s'éloigner sans combat. Tenté par l'avarice, le Danois fut infidèle à sa mission et traître envers les alliés de son pays; à son grand déshonneur, disent les chroniques, il promit tout ce que demandait le roi Guillaume.
Guillaume ne se borna point à cette seule précaution : après avoir enlevé sans bruit aux Saxons libres leur principale force, il se tourna vers les Saxons de la contrée soumise, fit droit à quelques-unes de leurs plaintes, modéra l'insolence de ses hommes de guerre et de ses agents, amollit par de minces concessions l'esprit faible du grand nombre, donna quelques bonnes paroles, et, en retour, se fit prêter de nouveaux serments et livrer de nouveaux otages. Alors il marcha sur York à grandes journées, avec ses meilleures troupes. Les défenseurs de la ville apprirent en même temps l'approche de la cavalerie normande et le départ des vaisseaux danois. Tout délaissés qu'ils étaient, et déchus de leurs meilleures espérances, ils résistèrent encore, et se firent tuer par milliers sur les brèches de leurs murailles. Le combat fut long et la victoire chèrement achetée. Le roi Edgar se vit contraint de fuir, et ceux qui purent s'échapper comme lui gagnèrent par diflerenls chemins la contrée voisine de l'Ecosse.
Pour la seconde fois maître d'York, le conquérant ne s'y arrêta point ; il fit continuer vers le nord la marche rapide de ses bataillons. Les étrangers se précipitèrent sur la terre de Northumbrie avec la frénésie de la vengeance ; ils incendièrent les champs en culture comme les maisons, et massacrèrent les troupeaux de même que les hommes. Cette dévastation fut opérée avec une sorte d'étude et sur un plan régulier, afin que les braves du nord, trouvant leur pays inhabitable, fussent contraints de l'abandonner et de se disperser en d'autres lieux. Ils se retirèrent, soit dans les montagnes qui tenaient leur nom de l'asile qu'y avaient jadis trouvé les Cambriens, soit à l'extrémité des côtes de l'est, dans des marécages impraticables et sur les dunes de l'Océan. Là ils se