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assistèrent. Il y vint des évoques et des barons normands, des Saxons amis des Normands, et môme des Gallois, invités par le comte de Herel'ord : Waltheof, fils de Siward, mari d'une nièce du roi, et comte de Hunlingdon, de Northampton et du Northumberland, fij^^urait à l'une des ()rcmière places.
Après un repas somptueux, où le vin tut versé en abondance, les langues des assistants se délièrent : Koger de Ilereford bl;\ma hautement le refus du roi Guillaume d'approuver l'union l'ormée entre sa sœur et le comte de Norfolk ; il s'en plaignit comme d'un allront fait à la mémoire de son père, l'homme à qui le bâtard, disait-il, devait incontestablement sa conquête et sa royauté. Les Saxons, qui avaient re(;u de Guillaume des injures bien autrement cruelles, applaudirent avec véhémence aux invectives du comte normand ; et, les esprits s'échauflant par degrés, l'on en vint, de toutes parts, à un concert d'exécrations contre le conquérant de l'Angleterre.
<( C'est un bâtard, un homme de basse lignée, disaient les Normands ; « il a beau se faire appeler roi, on voit clairement qu'il n'est pas fait (1 pour l'être, et que Dieu ne l'a point pour agréable. — lia empoisonné, « disaient les Bas-Bretons, Gonan, ce brave comte de Bretagne, dont « tout notre pays garde encore le deuil. — Il a envahi le noble royaume <i d'Angleterre, s'écriaient à leur tour les Saxons : il en a massacré injus- « lement les héritiers légitimes, ou les a contraints de s'expatrier. — « Et ceux qui sont venus à sa suite ou à son aide, répliquaient les gens « d'outre-mcr, ceux qui l'ont élevé plus haut que pas un de ses devan- -i ciers, il ne les a point honorés connue il le devait ; il est ingrat envers «< les braves qui ont versé leur sang à son service. (Jue nous a-t-il donné (t à nous, vainqueurs et couverts de blessures? des fonds de terre stériles « et dévastés ;.cl encore, dès qu'il voit nos fiefs s'améliorer, il nous les a enlève ou les diminue. — C'est vrai, c'est la vérité, s'écriaient tumul- « tueusemcnt tous les convives ; il est en haine ;\ tous, et sa mort réjoui- <i rait beaucoup d'hommes. »
Après ces propos, jetés d'une manière confuse, l'un des deux comtes normands se leva, et s'adressant à Waltheof : « Homme de cœur, lui (( dit-il, voici le moment, voici, pour toi, l'heure de la vengeance et de « la fortune. Unis-toi seulement à nous, et nous rétablirons, en toutes «choses, le royaume d'Angleterre comme il était au temps du roi Ed- « ward. L'un de nous trois sera roi, les deux autres commanderont sous (I lui, et toutes les seigneuries du pays relèveront de nous. Guillaume <( est occupé outre-mer par des affaires interminables ; nous tenons pour « assuré qu'il ne repassera plus le détroit. Allons, brave homme de <( guerre, embrasse ce parti; c'est le meilleur pour toi, pour ta famille, « pour ta nation, abattue et foulée, n A ces paroles, de nouvelles acclamations s'élevèrent ; les comtes Roger et Uaulf, plusieurs évoques et
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abbés, avec un grand nombre de barons normands et de guerriers saxons, se conjurèrent par serment contre le roi Guillaume. Waltheof, après une résistance qui prouvait son peu de goût pour cette bizarre association, se laissa persuader et entra dans le complot. Roger de Hercford se rendit promptement dans sa province, afin d'y rassembler ses amis, et il engagea dans sa cause beaucoup de Gallois des frontières, qui se lièrent à lui, soit pour une solde, soit en haine du conquérant qui menaçait leur indépendance. Dès que le comte Roger eut ainsi réuni toutes ses forces, il se mit en marche vers l'est, où l'attendaient les autres conjurés.
Mais lorsqu'il voulut passer la Saverne au pont de Worcester, il rencontra des préparatifs de défense assez redoutables pour l'arrêter ; et, avant qu'il eût pu trouver un autre passage, le Normand Ours, vicomte de Worcester, et l'évoque Wulfstan, toujours fidèle au roi Guillaume, dirigèrent des troupes sur différents points de la rive orientale du fleuve. Eghelwig, cet abbé courtisan qui s'était fait le serviteur des étrangers contre ses compatriotes, détermina, par ses intrigues, la population de la contrée de Glocester à écouter l'appel des chefs royaux plutôt que les proclamations et les promesses du conspirateur normand. En effet, les Saxons se réunirent sous la bannière du comte Gaultier de Lacy contre Roger de Hereford et ses Gallois, dont la cause ne leur parut pas assez évidemment liée à leur cause nationale. Entre deux partis presque également étrangers pour eux, ils suivirent celui qui offrait le moins de périls, et servirent le roi Guillaume qu'ils haïssaient à la mort. Dans son absence, c'était le primat Lanfranc qui, sous le titre de lieutenant royal, administrait toutes les affaires ; il fil partir en grande hâle de Londres et de Winchester des troupes qui marchèrent vers la province où Roger était tenu en échec, et, en même temps, il lança contre lui une sentence d'excommunication conçue dans les termes suivants :
»( Puisque tu t'es départi des règles de conduite de ton père, que tu (( as renoncé à la foi qu'il garda toute sa vie à son seigneur, et qui lui fit ( acquérir tant de richesses, en vertu de mon autorité canonique je te H maudis, t'excommunie, et t'exclus du seuil de l'église et de la com- « pagnie des fidèles. »
Lanfranc écrivit aussi au roi, en Normandie, pour lui annoncer cette révolte et l'espérance qu'il avait d'y mettre fin promptement. « Ce serait « avec plaisir, lui disait-il, et comme un envoyé de Dieu même, que nous « vous verrions au milieu de nous. Ne vous hâtez cependant pas de tra- « verser la mer ; carce serait nous faire honte que de venir nous aider à ((détruire une poignée de traîtres et de brigands. » La première de ces épithètes paraît avoir élé destinée aux Normands qui suivaient le comte Roger, et la seconde aux Saxons qui se trouvaient en assez grand nombre
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<lans l'armée de HaiiH de Gaël, campée auprès de Camljrid^c, ou bien qui, encouragés par la présence de cette armée, commençaient à s'agiter dans les villes maritimes de l'est, et à renouer avec les Danois leurs anciennes négociations.
Le roi de Danemark promit, encore une fois, d'envoyer contre le roi Guillaume des trouj^es de débarquement; mais avant l'arrivée de ce recours l'armée du comte de Norfolk fut attaquée, avec des forces supérieures, par Eudes, évèquc de IJayeux, Geolfroy, évoque de Coutances, et le comte Guillaume de Garenne. La bataille se donna dans un lieu que les anciens historiens nomment Fagadon. Les conjurés normands et saxons y furent complètement défaits, et l'on raconte que les vain- (jueurs coupèrent le pied droità tous leurs prisonniers, de'quekiue nation et de quelque rang qu'ils fussent. Raulf de Gaël s'échappa et courut se renfermer dans sa citadelle de Norwich; puis il s'embarqua pour aller chercher du secours auprès de ses amis en Basse-Bretagne, et laissa le château à la garde de sa nouvelle épouse et de ses vassaux. La fille de Guillaume, fils d'Osbern, opposa une longue résistance aux attaques des officiers royaux, et ne capitula (juc quand elle y fut contrainte par la famine. Les hommes d'armes qui défendaient la forteresse de Norwich se l'endircnt, sous condition d'avoir la vie sauve s'ils quittaient l'Angleterre dans le délai de (juarante jours. « Gloire à Dieu au plus haut des '( cieux, écrivit alors le primat Lanfrancau roi Guillaume, votre royaume (( est enfin purgé de l'ordure de ces Bretons. » En elfet, beaucoup d'hommes de cette nation, qui étaient venus comme auxiliaires ou comme aventuriers à la conquête, enveloppés dans la disgrâce de Raulf de Gaël, perdirent les terres qu'ils avaient enlevées aux Anglais. Pendant que les amis de llaulf étaient ainsi vaincus et dispersés, ceux de Roger de Ilereford furent défaits dans l'ouest, et leur chef emmené prisonnier.
Avant de passer en Angleterre pour jouir de ce nouveau triomphe, le roi Guillaume fit une incursion hostile sur le territoire des Bretons, ses voisins. Il voulait y poursuivre le comte Raulf de Gaël, et tenter, sous ce prétexte, la conquête d'une portion ou pays, objet constant de l'ambition et de la politique de ses aïeux. Mais, après avoir vainement assiégé la ville de Dol, il se retira devant l'armée du duc de Bretagne, qui marchait contre lui soutenu par le roi de France. Traversant alors le détroit, il vint à Londres, aux fêtes de Noël, présider le grand conseil des barons normands et juger les auteurs et complices de la dernière conspiration. Raulf de Gaël, absent et contumace, fut dépossédé de tous ses biens; Roger de Ilereford comparut, et fut condanmé à perdre aussi ses terres et à passer toute sa vie dans une forteresse. Au fond de sa prison, son caractère fier et indomptable lui fit souvent braver par des injures le roi qu'il n'avait pu délrùner. Un jour, aux fêtes de Pâques, Guillaume, suivant l'usage de la cour de Normandie, lui envoya, comme
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s'il eût été libre, un hal)it complet d'étoffes précieuses, cotte et manteau de soie, justaucorps garni de fourrures étrangères. Roger examina en détail ces riches vêtements avec un air de satisfaction ; puis il fit allumer un grand fou et les y jeta. Le roi, qui ne s'attendait point à voir ses dons reçus de la sorte, en fut vivement courroucé, et jura, par la splendeur de Dieu (c'était son serment favori), que l'homme qui lui avait fait un tel outrage de sa vie ne sortirait de prison.
Après avoir raconté celte déplorable destinée du fils de l'homme le plus puissant après le roi, et qui avait le plus excité Guillaume à entreprendre sa conquête, l'historien né en Angleterre, et, quoique étranger d'origine, touché des misères de son pays natal, s'écrie dans une sorte d'enthousiasme patriotique: a Où est-il à présent ce Guillaume fils « d'Osbern, vice-roi, comte de Hereford, sénéchal de Normandie et « d'Angleterre? Lui qui fut le premier et le plus grand oppresseur des a Anglais, qui, par ambition et par avarice, encouragea la fatale entre- « prise où périrent tant de milliers d'hommes, il est tombé à son tour, « et a reçu le prix qu'il méritait. Il avait tué beaucoup d'hommes par « l'épée, et il est mort par l'épée; et, après sa mort, l'esprit de discorde « a fait révolter son fils et son gendre contre leur seigneur et leur pac rent. La race de Guillaume fils d'Osbern a été déracinée de l'Anglef( terre, tellement qu'aujourd'hui elle n'y a pas un coin où mettre le n pied. »
La vengeance royale s'étendit sur tous ceux qui avaient assisté au banquet des noces de Norwich; et la ville même où ce fatal banquet avait eu lieu fut frappée sans distinction et en masse. Des vexations multipliées en ruinèrent les habitants saxons, et forcèrent un grand nombre d'entre eux à émigrer dans la province de Sulfolk, aux environs de Beecles et de Haîesworth. Là, trois Normands, Roger Bigot, Richard de Saint-Clair et Guillaume de Noyers, s'emparèrent de leurs personnes et en firent des serfs tributaires, bien qu'ils fussent devenus trop misérables pour être une propriété avantageuse. D'autres Saxons et les Gallois faits prisonniers les armes à la main, sur les bords de la Saverne, eurent les yeux crevés et les membres mutilés, ou furent pendus à des gibets, par sentence des comtes, des prélats, des barons et des chevaliers normands, réunis à la cour du roi.
Sur ces entrefaites, une nombreuse flotte, partie du Danemark, et conduite par l'un des fils du roi Sven, redevenu l'ami des Anglais, s'approcha de la côte orientale; mais quand les Danois apprirent ce qui se passait, ils n'osèrent engager le combat contre les Normands, et relâchèrent en Flandre. Ce fut Waltheof qu'on accusa de les avoir appelés par des messages : il nia celte imputation ; mais la femme normande qu'il avait reçue en mariage du roi Guillaume se fit sa dénonciatrice, et porta témoignage contre lui. Les voix de l'assemblée ou de la cour