LIVRE Vil. ^lil
ardeur au siège de llochcsler. Les assiégés, presses vivement, demandèrent bientôt à capituler, sous la condition de reconnaître Guillaume pour roi et de garder sous lui leurs terres et leurs honneurs. Guillaume refusa d'abord ; mais les Normands de son armée ne portant pas le même zèle que les Saxons dans cette guerre qui était pour eux une gucri-c civile, et ne se souciant point de réduire aux dernières extrémités leurs concitoyens et leurs patents, trouvèrent le roi trop acharné contre les défenseurs de Rochester. Ils essayèrent de l'apaiser : « Nous qui t'avons « assisté dans le danger, lui disaient-ils, nous te prions d'épargner nos « compatiiotes, nos parents, qui sont aussi les tiens, et qui ont aidé ton «père à conquérir TAngleterre. » Le roi se laissa fléchir, et accorda cnfm aux assiégés la libre sortie de la ville avec leurs armes et leurs chevaux. L'évèque Eudes essaya d'obtenir, en outre, que la musi(iue militaire du roi ne jouât pas en signe de victoire à la sortie de la garnison ; mais Guillaume refusa avec colère, et dit tout haut qu'il ne ferait pas cette concession pour mille marcs d'or. Les Normands du parti de Robert quittèrent la ville qu'ils n'avaient pu défendre, les enseignes basses, au son des trompettes du roi. Dans ce moment, de grandes clameurs partirent du milieu des Anglais de l'armée royale : « Qu'on apte porte des cordes, criaient-ils, nous voulons pendre ce traître d'évèque « avec tous ses complices. 0 roi ! pourquoi le laisses-tu ainsi se retirer « sain et sauf ? Il n'est pas digne de vivre, le fovube, le meurtrier de « tant de milliers d'hommes. »
C'est au bruit de ces imprécations que sortit d'Angleterre, pour n'y jamais rentrer, le prélat qui avait béni l'armée normande à la bataille de Haslings. La guerre entre les Normands dura quelque temps encore ; mais cette querelle de famille s'apaisa peu à peu, et finit par un traité entre les deux partis et les deux frères. Les domaines que les amis de Robert avaient perdus en Angleterre, pour avoir embrassé sa cause, leur furent restitués, et Robert lui-même fit l'abandon de ses prétentions à la royauté pour des propriétés territoriales. Il fut convenu entre les deux partis que le roi, s'il survivait au duc, aurait le duché de Normandie, et que, dans le cas contraire, le duc aurait le royaume d'Angleterre : douze hommes du côté du roi et douze du cc)té du duc confirmèrent ce traité par serment. Ainsi se terminèrent et la guerre civile des Normands et l'alliance que cette guerre avait occasionnée entre les Anglais et le roi. Les concessions que ce dernier avait faites furent toutes révoquées, ses promesses démenties, et les Saxons redescendirent à leur rang de sujets et d'opprimés.
Près de la ville de Canterbury était un ancien couvent fondé en l'honneur du missionnaire Augustin, qui convertit les Saxons et les Angles. Là se conservaient à un plus haut degré que dans les maisons religieuses de moindre importance, l'esprit national et le souvenir de l'ancienne
liberté. Los Normands s'en aperçurent, et de bonne heure ils tentèrent de détruire cet esprit par des humiliations réitérées. Le primat Lanfranc commença par abolir l'antique privilège des moines de Saint-Augustin, qui consistait à n'être justiciables que de leur propre abbé pour la discipline ecclésiastique. Quoique cet abbé fût alors un Normand, et, comme tel, peu suspect d'indulgence envers les hommes de Tautre race, Lanfranc lui enleva la surveillance de ses moines pour se l'attribuer à lui-même; il défendit, en outre, de sonner les cloches du monastère avant que l'office eût été sonné à l'église épiscopale, sans respect, dit l'historien, pour cette maxime des saintes Écritures : Où est l'esprit de Dieu, là est la liberté. Les moines saxons murmurèrent d'être soumis à cette gêne; et, pour montrer leur mécontentement, ils célébrèrent les offices lard, avec négligence, et en commettant à plaisir des irrégularités volontaires, comme de renverser les croix et de faire la procession nu-pieds contre le cours du soleil. « On nous fait violence, disaient-ils, (( au mépris des canons de TEglise; eh bien ! nous violerons les canons a dans le service de l'église. » Ils prièrent le Normand, leur abbé, de transmettre de leur part une réclamation au pape; mais l'abbé, pour toute réponse, les punit comme rebelles, et ferma le cloître pour qu'aucun d'eux ne pût sortir.
Cet homme, qui sacrifiait de si bonne grâce, par haine des Saxons, son indépendance personnelle, mourut en l'année 1088; et alors l'archevêque Lanfranc se transporta au monastère, menant avec lui un moine de Normandie, appelé Guy, très-aimé du roi. Il somma les religieux de Saint-Augustin, au nom de l'autorité royale, de recevoir et d'installer sur-le-champ ce nouvel abbé; mais tous répondirent qu'ils n'en feraient rien, Lanfranc, irrité de cette résistance, ordonna que ceux qui refusaient d'obéir sortissent à l'instant du couvent. Ils sortirent presque tous, et le Normand fut installé en leur absence, avec les cérémonies d'usage. Ensuite le prieur du monastère, appelé Elfwin, et plusieurs autres moines, tous Saxons de naissance, furent saisis et emprisonnnés. Ceux qui étaient sortis au commandement de l'archevêque se tenaient assis à terre sous les murs du château de Canterbury. On vint leur dire qu'il leur était accordé un délai de quelques heures pour rentrer au couvent, mais que, passé ce terme, ils seraient regardés et traités comme vagabonds ; ils restèrent quelque temps indécis; mais l'heure du repas arriva, ils souffraient de la faim : plusieurs se repentirent alors, et envoyèrent à l'archevêque Lanfranc pour lui promettre obéissance. On leur fît jurer, sur les reliques de saint Augustin, de tenir fidèlement cette promesse; ceux qui refusèrent de prêter serment furent emprisonnés jusqu'à ce que l'ennui de la captivité les eût rendus plus dociles. L'un d'eux, appelé Alfred, qui réussit à fuir, et que l'on trouva errant par les chemins fut mis aux fers dans la maison épiscopale. L'esprit de