LIVRE V
Les lois d'Edward furent publiées, mais le temps loji d'Edward ne revint pas pour l'Angleterre, et les 1072 chefs du mouvement patriotique éprouvèrent les premiers le peu de valeur de cette concession. Du moment que leur ligue fut dissoute, ils se virent persécutés à outrance par le pouvoir qu'ils avaient contraint de capituler avec eux*. L'évêque Walter s'enfuit dans le pays de Galles; les soldats normands eurent ordre de le poursuivre jusque dans ce pays, sur lequel ne s'étendait point la domination du roi Guillaume ; mais il leur échappa, à la faveur des forêts et des montagnes '^ Le roi Edgar, s'apercevant qu'on lui dressait des pièges, prit de nouveau la fuite vers l'Ecosse. Quant à l'évêque Wulfstan, homme faible d'esprit et de caractère, il donna toutes les sûretés qu'on exigeait de lui, et de cette manière il trouva grâce auprès du conquérant; il offrit à l'abbé de Saint-Alban d'obtenir au même prix son pardon, mais Frithrik fut plus tîer^ Il assembla tous ses moines dans la salle du chapitre, et, prenant congé d'eux avec émotion : « Mes frères, mes amis, « leur dit-il, voici le moment où, selon les paroles de « l'Écriture sainte, il nous faut fuir de ville en ville « devant la face de nos persécuteurs ^ » Emportant
1. Tyranuus inexorabilis^ quos non poterat confœderatos et cougregatos superave, singulos dispersos ac semotos... studuit... infestare... et subpeditare. (Matth. Paris, Vitse abbatum S. Albani, t. I, p. 48.)
2. ... In abditis Wallise vix tutus latitavit. (Ibid., p. 49.)
3. Et, cum posset ipsum Wulfstanus... régi vel archiepiscopo pacificare, ipse abbas nolens ei credere. (Matth. Paris. Vitse abbatum S. Âlbani, t. I, p. 49.)
4. « Fratres ac lilii... fugienduni est a facie persequentium, a ci v'iate in civitatem. » (Ibid.)
1071 avec lui quelques provisions et des livres, il gagna
1072 secrètement l'île d'Ely et le camp du Refuge, où il mourut peu de temps après K
Le roi Guillaume, irrité de cette fuite d'un homme qu'il croyait dangereux, tourna toute sa fureur contre le monastère de Saint- Alban. Il en saisit les domaines, en fit arracher les forêts, et résolut de le détruire de fond en comble^. Mais le primat Lanfr.iuc lui en fit des reproches, et, à force d'instances, obtint de lui la conservation du couvent et la permission d'y mettre un abbé de son choix. Lanfranc avait amené en Angleterre un jeune homme appelé Paul, qui passait pour être son fils ; c'est à lui qu'il conféra l'abbaye vacante 3. Le -premier acte administratif du nouvel abbé fut de démolir les tombeaux de tous ses prédécesseurs, qu'il qualifiait de brutes et d'idiots parce qu'ils étaient de race anglaise''-. Paul fit venir de Normandie ses parents, et leur distribua les offices et une partie des biens de son église ■- : « Ils « étaient tous, dit l'ancien historien, sans la moindre « culture littéraire, et de mœurs ignobles à tel point (f qu'on ne saurait l'écrire^ . »