LIVRE V
"de son empire sur lui pour le décider à vivre en re- 1072 pos, et à faire sa paix avec le conquérant*.
Hereward, qui l'aimait, se rendit à ses instances, et, comme on disait alors, accepta la paix du roi. Mais cette paix ne pouvait être qu'une trêve ; malgré la parole de Guillaume, et peut-être d'après ses ordres, les Normands cherchèrent bientôt à se défaire du redoutable chef saxon. Sa maison fut plusieurs fois assaillie à l'improviste; et un jour qu'il reposait en plein air après son dîner, une troupe d'hommes armés, parmi lesquels se trouvaient plusieurs Bretons, le surprit et l'entoura. Il était sans cotte de mailles et n'avait pour armes qu'une épée et une courte pique dont les Saxons marchaient toujours munis. Eveillé en sursaut par le bruit, il se leva, et, sans s'effrajer du nombre : « Traîtres félons, dit-il, « le roi m'a donné sa paix ; et si vous en voulez à « mes biens ou à ma vie, par Dieu, je vous les ven- « drai cher^. »
En disant ces mots, Hereward poussa sa lance avec tant de vigueur contre un chevalier qui se trouvait en face de lui, qu'il lui perça la poitrine à travers son haubert. Malgré plusieurs blessures.
Ceo fut Alsiied qe ço manda A Erev.-ard, que mult ama...
Au roi se devoit accorder.
[^Chron. de GeofÎToy Gaymar; Chron. anglononn., t. I, p. 22 et 23.)
Mult fièrement dist as François :
Triwes )n'avoit doné li rois...
Fel traîtres^ vendrai moi cher.
(Ibid., p. 24.)
jo:2 il continua de frapper de sa demi-pique tant qu'elle dura; puis il se servit de l'épée; et cette arme s'étant brisée sur le heaume d'un de ses ennemis, il combattit encore avec le tronçon qui lui restait dans la main. Quinze Normands, dit la tradition, étaient déjà tombés autour de lui, lorsqu'il reçut à la fois quatre coups de lance*. Il eut encore la force de se tenir à genoux, et, dans cette position, saisissant un bouclier qui était par terre, il en frappa si rudement au visage Raoul de Dol, chevalier breton, que du coup il le renversa mort; mais en même temps luimême défaillit et expira. Le chef de la troupe, nommé Asselin, lui coupa la tête, jurant, par la vertu de Dieu, que de sa vie il n'avait vu un si vaillant homme. Ce fut dans la suite un dicton populaire parmi les Saxons, et même parmi les Normands, que s'il y en avait eu quatre comme lui en Angleterre, jamais les Français n'y seraient entrés, et que, s'il ne fût pas mort de cette manière, un jour ou l'autre il les eût chassés tous-.
1, Mes iiii viiulrent à son dos Qui l'ont fern par rai le cors, 0(1 iiii lances l'ont féru.
{Chron. de Geoffroy Gaymar ; Chron. anglonorm., t. I, p. 26.)
2. Et s'il eust eu od lui trois, Mar i enti-assent li François; Et s'il ne fust issi occis.
Tous les cliaçast for del païs.
(Ibid., p. 27.)
— La mort violente de Ilereward, sur laquelle se taisent les chroniques latines^ est attestée par un ancien rôle de la généalogie des seigneurs de Brunne : « Qui Hugo, dum semel cuni prsefato Herewardo « apud Huntyngdone hospitatus fuisset, orta inter eos gravi contenu