‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 116 sur 269 · LIVRE V lb · texte numérisé non relu

LIVRE V lb

Ainsi fut détruit, eu Fanuée 1072, le camp d'Elv, 1072 qui avait donné un moment l'espoir de la liberté à cinq provinces. Longtemps après la dispersion des braves qui s'y étaient réfugiés, on trouvait encore, sur ce coin de terre marécageuse, les traces de leurs retranchements, et les restes d'un fort de bois, que les habitants du lieu nommaient le château de Hereward^ Beaucoup de ceux qui avaient mis bas les armes eurent les mains coupées et les yeux crevés, et, par une sorte de dérision atroce, le vainqueur les renvoya libres en cet état -; d'autres furent emprisonnés dans des châteaux forts sur tous les points de l'Angleterre. L'archevêque Stigand fut condamné à la réclusion perpétuelle; l'évêque de Durliam, Eghehvin, accusé par les Normands d'avoir dérobé les trésors dé son église, parce qu'il les avait employés à soutenir la cause patriotique, fut enfermé à Abingdon, où, peu de mois après, il mourut de faim^ Un autre évêque, Eghelrik, fut mis en prison dans l'abbaye de Westminster, pour avoir, disait la sentence rendue par les juges étrangers, attenté à la paix publique et exercé la piraterie*. Mais le ju-

« tione, malignospiritu instigante, ipsura Herewardtim miserabiliter « peremit. » ÇChron. amjlo-norm . , t, II, préface^ p. xiv.)

1. ... Quod usque in hodiernum diem castellum Herewardi a compi-ovuicialibus nuncupatur. (Matth. Paris., 1. 1, p. 7.)

2. ... Manibus truncatis vel oculis erutis, abire permisit. (Florent. Wigorn. Chron., p. 637.)

3. Direpti ecclesice snœ tbesauri accusatus... in carcerem detrusus est, ubi et nimio dolore et inedia seii spontanea, seu... coacta, obiit. {Hist. episc. dunelm. ; Anglia sacra., t. I, p. 703.)

4. ... Quod turbasset paceiu regiam, piraticam adorsus. (Willclm. Malmesb., de Gest. ponlific, angl., lib. III^ apud Rer. anglic. Script., p. 277, éd. Savile.)

1072 gement des Anglais et l'opinion populaire sur son compte étaient bien différents; on le loua tant qu'il vécut, et, après sa mort, on l'honora comme saint. Les pères enseignèrent à leurs enfants à implorer son intercession ; et, un siècle après, il venait encore des visiteurs et des pèlerins à son tombeau ^ ,072 La trahison des moines d'Elj reçut bientôt sa im récompense : quarante hommes d'armes occupèrent leur couvent comme un poste militaire, et y vécurent à francs quartiers. Chaque matin il fallait que le cellérier leur distribuât des vivres et une solde dans la grande salle du chapitre '^ Les moines se plaignirent amèrement de la violation du traité qu'ils avaient conclu avec le roi, et on leur répondit que l'île d'Ely avait besoin d'être gardée^. Ils offrirent alors la somme de sept cents marcs pour être délivrés de la charge d'entretenir les soldats étrangers, et cette somme, qu'ils se procurèrent en dépouillant leur église, fut portée au Normand Picot, vicomte royal à Cambridge. Le vicomte fit peser l'argent, et trouvant que par hasard il y manquait le poids d'un gros, il accusa judiciairement les moines du crime de fraude envers le roi, et les fit condamner par sa cour à payer trois cents marcs de plus, en réparation de cette offense \ Après le payement des mille marcs,

1. ... Sanctitatis opinionem apud homines concepit... hodieque tiimulus ejus nec votis nec frequciitia petitorum caret. (Willelni. Malmesb. , de Gest. pontifie, angl. ^ ]ib. III ; apud lier, anglic. Script.^ p. 277, éd. Savile.)

2. Militum numerum infra aulam ecclesiai victum quotidie de manu cellerarii capientem atque stipendia... (Thomse Eliensis Hist. eliensis; Anylia sacra, t. I, p. 612.)

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