LIVRE V
devint moins violent et moins haineux. Les vaincus 10:4 eux-mêmes eurent quelques moments de repos', les femmes anglaises craignirent moins pour leur pudeur : un grand nombre d'entre elles, qui s'étaient réfugiées dans les monastères, et avaient pris le voile comme une sauvegarde contre la brutalité des conquérants ^, commencèrent à désirer la fin de cette retraite forcée, et voulurent rentrer dans la vie de famille.
Mais il n'était pas aussi aisé aux femmes saxonnes de quitter le cloître que d'y entrer. Les prélats normands tenaient la clef des monastères, comme les barons normands tenaient la clef des villes; et il fallut que ces maîtres souverains des corps et des âmes des Anglais délibérassent en assemblée solennelle sur la question de laisser libres des femmes devenues religieuses à contre-cœur et par nécessité. L'archevêque Lanfranc présidait ce concile, où assistèrent tous les évêques nommés par le roi Guillaume, avec plusieurs abbés de Normandie et d'autres personnages de haut rang. L'avis du primat fut que les Anglaises qui, afin de sauver leur chasteté, avaient pris le couvent pour asile , ne devaient point être punies d'avoir obéi aux saints préceptes, et qu'il fallait ouvrir les portes des cloîtres à toutes celles qui le demanderaient '. Cette opinion pré-
1. Securitas aliquanta... habitatore tervre refovebat... Civiliter Angli cum Normarmis cohabitabant... (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV^ apud Sript. rer. nonnann., p. 520.)
2. Normannorum libidinem... suo px;dori raetuentes, nionasteria virginum petivere, acceptoque vélo, sese inter ipsas^ a tauta infamia protexere. (EaJmeri Hist. nov., p. 51, éd. Pelden.)