‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 13 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

dans le désordre ^ La cérémonie fut suspendue par ce tumulte, et il ne resta pour l'achever en toute hâte que le duc, l'archevêque Eldred, les évêques, et quelques prêtres des deux nations. Tout tremblants, ils reçurent de celui qu'ils faisaient roi et qui, selon un ancien récit, tremblait comme eux, le serment de traiter le peuple anglais aussi bien que le meilleur des rois que ce peuple avait librement élu ^

Dès le lendemain de ce jour, la ville de Londres eut lieu d'apprendre ce que valait un tel serment dans la bouche d'un étranger vainqueur : on imposa aux citoyens un énorme tribut, et cette levée d'argent, que les chroniques saxonnes qualifient de cruelle, fut faite sur les riches Anglais, à titre de don volontaire, pour le joyeux avènement du nouveau roi ^ Guillaume lui-même semblait ne pas croire que la bénédiction de l'archevêque Eldred et quelques acclamations eussent fait de lui un roi d'Angleterre dans le sens légal de ce mot, et il se rangeait à sa vraie place par l'attitude de défiance et d'hostilité qu'il gardait vis-à-vis du peuple. Il n'osa point encore

1. ... Plures ut in tanta perturbatione sibi prœdas diriperent. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. III, apud Script, rer. normann., p. 503.)

2. Soli preesules et pauci clerici cum monachis nimium trépidantes ante arain perstiterunt, et officium conseci'ationis super regem vebe- ' menter trementera vix peregerunt. (Ibid.) — Etjuvavit... quod vellet hanc gentem tam bene custodire quam quivis rex ante euni optime fecerat. {Chron. saxon., Fragm. sub anno mlxvi^ apud Gloss., éd. Lye, t. II, ad tînem.)

3. Nibilominus imposuit tributum hominibus valde sœvum. (Ibid.) — Id munificentiîe studium adjuvit non modicus census quem undique civitates et locupletes quique obtulerant iiovitio domino. (Guill, Pictav.^ de Gest. GuiUelmi ducis, apud Script, rer. gallic, et francic.f t. XI, p. 100.)

1066 s'établir dans Londres ni habiter le château crénelé qu'on lui avait construit à la hâte. Il sortit pour attendre dans la campagne voisine que ses ingénieurs eussent donné plus de solidité à cet ouvrage, et jeté les fondements de deux forteresses , pour réprimer, dit un historien normand, l'esprit mobile d'une population nombreuse et fière ' .

Durant les jours que le nouveau roi passa à sept milles de Londres, dans un lieu appelé Barking, les deux chefs saxons dont la fatale retraite avait amené la reddition de la grande ville, effrayés de la puissance que la possession de Londres et le titre de roi donnaient à l'envahisseur, vinrent du nord lui demander grâce et lui jurer fidélité-. Mais la soumission d'Edwin et de Morkar n'entraîna point celle des provinces dont ils étaient gouverneurs, et l'armée normande ne se porta point en avant pour aller occuper ces provinces ; elle resta cantonnée autour de Londres et sur les côtes du sud et de Test, les plus voisines de la Gaule. Le soin de partager les richesses du territoire envahi l'occupait alors presque uniquement. Des commissaires parcouraient toute l'étendue de pays où l'armée avait laissé des garnisons, et ils y faisaient un inventaire exact des propriétés de

1. Dnm finnamenta quftdam in uvbe contra mobilitatem ingentis ce feri populi perlicerentur ; vidit enim imprimis necessariummagnopere Londonienses coerceri. (GuilL Piotav., apud Script, rer. normann., p. 208.)

2. Eduinus et Morcarus, tilii -iElfgai-i comitis... ad regem veniunt^ veniamque si qua in re contra eum senserint poscunt, et se cunctaque sua ejus clementise tradunt. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., apud Hîst. nonnann. Script., Y). 506.) — Guill. Pictav.^ apud ibid., p. 208.

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