‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 137 sur 269 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

saxon ^ Les Anglais de race venaient en toule visiter 1075 sa sépulture ; et les moines d'origine normande qui 1073 se trouvaient dans l'abbaje tournaient cet empressement en ridicule, et injuriaient les pèlerins, ainsi que l'objet de leur culte, disant que c'était un méchant traître justement puni de mort ^.

La veuve de Waltheof hérita de tous ses biens, et même on enleva pour elle au monastère de Crojdand des terres que son mari avait données en possession pleine et entière^. Judith espérait partager ce vaste héritage avec un époux de son choix; mais elle se trompa, et la même puissance qui avait disposé de sa main pour faire déserter un Saxon voulut l'employer cette fois à payer les services d'un Français. Sans consulter sa nièce plus qu'il n'avait fait précédemment, le roi Guillaume la donna, avec les biens de Waltheof, à un certain Simon, venu de la ville de Senlis, brave chevalier, mais boiteux et mal fait*. Judith témoigna pour cet homme un dédain qui courrouça le conquérant^; peu disposé à faire plier sa politique devant l'intérêt d'une femme, il

1. Ad tumbam Guallevi comitis rairacula demonstrari cœperunt... (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, a^pixà Script . rer. normann., p. c43.)

2. Anglicœ plèbes ad tumulum sancti compatriotœ... fréquenter accurrunt... quidam de Normannis monachus... advenientes derisit... dicens quod nequam proditor fuerit, et pro reatu suo capitis obtruncatione mulctari raeruerit. (Ibid.)

3. ... Terra Judithœ comitissfe. (Domesday-book, vol. I, fol. 152, verso ; 202, recto ; 228, recto.) — Totam hanc terram tenuit Wallef cornes. (Ibid., fol. 228, recto.) — Hist. Ingulf. Croyland., apud Ber. anglic. Script., p. 12, éd. Gale.)

4. ... In altéra sua tibia claudicavit. {Hist. Ingulf. Croyland., apud Eer. anglic. Script., p. 72, éd. Gale.)

ô. Illa nuptias ejus respuit. (Ibid.)

jo-5 adjugea à Simon de Senlis le comté de Northampton 1076 et tout l'héritage de Waltheof, dont la veuve perdit ainsi le fruit de sa trahison. Restée seule avec deux enfants, elle mena une vie obscure et triste dans plusieurs cantons retirés de l'Angleterre. Les Normands la méprisaient parce qu'elle était devenue pauvre; les Saxons l'abhorraient comme infâme, et les vieux historiens de race anglaise montrent une sorte de joie en racontant ses années d'abandon et de chagrin*.

L'exécution de Waltheof mit le comble à l'abattement du peuple vaincu. Il paraît que ce peuple n'avait point encore perdu toute espérance tant qu'il voyait l'un des siens investi d'un grand pouvoir, même sous l'autorité de l'étranger. Après le fils de Siward, il n'y eut plus en Angleterre, parmi les hommes investis d'honneurs et de fonctions politiques, un seul qui fût né dans le pays, qui ne regardât pas les indigènes comme des ennemis ou des brutes. Toute l'autorité religieuse avait aussi passé aux mains d'hommes de nation étrangère, et des anciens prélats saxons il ne restait plus que Wulfstan, évêque de Worcester^. C'était un homme simple et faible d'esprit, incapable de rien oser, et qui, ainsi qu'on l'a vu plus haut, après un moment d'entraînement patriotique, s'était réconcilié de tout son cœur avec les conquérants. Depuis, il leur avait rendu d'importants services ;

1. Justo Dei judicio multura despecta, odio omnibus habita, per diversa loca et latibula diu fovit. (Hist. Fngulf. Croyland. , apud Ber. anglic. Script.^ p. 73^ éd. Gale.)

2. ... Quasi iinus ex Anglicis superstes. (Chron. Johan. Bromtcn, apud Ilisl. anglic. Script., t. I, col, 975, éd. Seldcn.)

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