LIVRE IV
cathédrales, ses monastères et ses hospices d'indigents eurent de droit le meilleur lot dans cette pieuse distribution des premiers gains de la conquête K
Après la part du roi et du clergé, on fit celle des hommes de guerre, selon leur grade et les conditions de leur engagement. Ceux qui, au camp sur la Dive, avaient fait hommage pour des terres, alors à conquérir, reçurent celles des Anglais dépossédés^; les comtes et les barons eurent de vastes domaines, des châteaux, des bourgades, des villes entières ; les chevaliers et les simples vassaux eurent des fiefs proportionnés à leur grade ^ Quelques-uns prirent leur solde en argent; d'autres avaient stipulé d'avance qu'ils auraient une femme saxonne, et Guillaume, dit la chronique normande, leur fit
gniter gemmatas, pleraeque libras auri vel ex eodem métallo vasa^ nouuullœ pallia vel pretiosura alium quid accepere. (Guill. Pictav., de Gest. Guillelmi ducis, apud Hist. normann. Script. , p. 206.)
1. Phirima ac pretiosissima egenis et monasteriis divei-sai-um provinciarum distribuit... Munera quidem gratissima Nonnanniae advenerunt a suo diilci nato. (Ibid.)
2. Chronique de Normandie ; Recueil des hist. de la France, t. XIII, p. 239. — Ipsis opulenta bénéficia distribuit, pro quibus labores ac periciila libentibus animis tolerarent. Nulli tamen Gallo datum est quod Auglo injuste fuerit ablatum. (Guill. Pictav., de Gest. Guillelmi ducis, apud Hist. normann. Script., p. 208.) — Ce qa'il y a de fausseté historique dans ces derniers mots et dans beaucoup d'autres assertions du même auteur est signalé par D. Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. XI, p. 96, note.
3. Doua cliastels, dona citez^ Dona maneirs, dona comtez, Dona terres as vavassors, Dona altres rentes plusors.
(Roman de Rou, t. II, p. 387.)
— Le mot vassal était alors synonyme d'homme de guerre. Hardi et noble vassal. Vassaument, pour bravement.
prendre, par mariage, de nobles dames, héritières de grands biens, dont les maris étaient morts dans la t)ataille. Un seul, parmi les hommes venus à la suite du conquérant, ne voulut rien accepter de la dépouille des vaincus. C'était un Normand, de condition noble, appelé Goubert, fils de Richard : il dit qu'il avait accompagné son seigneur en Angleterre, pour remplir les devoirs d'un vassal, mais que le bien d'autrui ne le tentait pas ; qu'il retournerait dans son pays et se contenterait de l'héritage modeste qu'il y possédait légitimement ^ ,066 Le nouveau roi employa les derniers mois de Thi- 1067 ver qui termina l'année 1066 à faire une sorte de promenade militaire dans les provinces alors envahies. Il est difficile de déterminer exactement le nombre de ces provinces et l'étendue de pays que les troupes étrangères occupaient et parcouraient librement. Toutefois, en examinant avec soin les récits des chroniqueurs, on trouve des preuves, tout au moins négatives, que les Normands ne s'étaient point avancés, dans la direction du nord-est, au delà des rivières dont l'embouchure forme le golfe de Boston, et vers le sud-ouest, au delà des terres montagneuses qui bordent la province de Dorset. La ville d'Oxford, située presque à distance égale de ces deux* points opposés, sur la ligne droite tirée de l'un à l'autre, ne s'était point encore rendue, mais peutêtre cette frontière idéale avait-elle été dépassée,
1. Gulbertus, rege multas in Anglia possessiones offerente, Xeustriam repetiit, legitiraaque simplicitate pollens, de rapina quicqnam possidere noluit. Suis contentus, aliéna respmt. ^Orderic. Vital. Hisl. ecclesiait.. lib. VI, apud Script, rer. normann.^ p. 606.)