‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 172 sur 269 · LIVRE VI 23o · texte numérisé non relu

LIVRE VI 23o

Plus d'une fois dans la suite cette loi fut remise loso en vigueur, et tout titre quelconque de propriété lose anéanti pour les fils des Anglo-Saxons. C'est un fait attesté par le Normand Richard Lenoir, évêque d'Elj vers le milieu du douzième siècle. Il raconte que les Anglais, journellement dépossédés par leurs seigneurs, adressèrent de grandes plaintes au roi, disant que les mauvais traitements qu'ils avaient à subir de la part de l'autre race, et la haine qu'elle leur portait, ne leur laissaient plus d'autre ressource que d'abandonner le pays*. Après de longues délibérations, les rois et leur conseil décidèrent qu'à l'avenir tout ce qu'un homme de race anglaise obtiendrait des seigneurs, comme salaire de services personnels, ou par suite de conventions légales, lui serait assuré irrévocablement, mais sous la condition qu'il renoncerait à tout droit fondé sur une possession antérieure ^ «Cette décision, ajoute l'évêque « d'Ely, fut sage et utile; et elle obligea les fils des « vaincus à rechercher les bonnes grâces de leurs « seigneurs par la soumission, l'obéissance et le « dévouements De sorte qu'aujourd'hui nul Anglais (( possédant soit un fonds de terre, soit toute autre c( propriété, n'est propriétaire à titre d'héritage ou « de succession paternelle, mais seulement en vertu

1. Cum dorainis suis odiosi passim pellerentur, nec esset qui ablata restitueret... exosi et rébus spoliati, ad alienigeuas transire cogerentur. {Dialog. de Scaccario, in iiotis ad Matth. Paris., t. I, ad initiura.)

2. Quod a dommis suis, exigentibus meritis, iuterveniente pactione légitima^ poterant obtinere... Cœterum autem nomine successionis, a temporibus subacta: gentis, niliil sibi vindicareut. (Ibid.)

3. Devotis obseqiiiis dominorum suorum gratiam einereari. (Ibid.)

1080 « d'une donation à lui faite en récompense de ses

1086 (( loyaux services K »

C'est en l'an 1086 que fut achevée la rédaction du Grand Rôle des Normands, du livre de jugement des Saxons ; et, cette même année, eut lieu une grande convocation de tous les chefs des conquérants, laïques ou prêtres. Dans ce conseil furent débattues les réclamations diverses enregistrées dans le rôle d'enquête, et ce débat ne s'acheva point sans querelles entre le roi et ses barons; ils eurent ensemble de graves entretiens, comme s'exprime la chronique contemporaine, sur l'importante distinction de ce qui devait être définitivement regardé comme légitime dans les prises de possession de la conquête '^. La plupart des envahissements individuels furent ratifiés, mais quelques-uns ne le furent pas, et il y eut parmi les vainqueurs une minorité mécontente. Plusieurs barons et chevaliers renoncèrent à leur hommage, quittèrent Guillaume et l'Angleterre, et, passant la Tweed, allèrent offrir au roi d'Ecosse, Malcolm, le service de leurs chevaux et de leurs armes *. Malcolm les accueillit favorablement, comme il avait accueilli avant eux les émigrés saxons, et leur distribua des portions de terre pour lesquelles ils devinrent ses hommes liges, ses soldats envers et contre tous. Ainsi l'Ecosse reçut une population

1. Sic igitur quisquis de gente subacta fandos, vel aliquid hujusmodi possidet^ iuon quod xTttione successionis deberi sibi videbatur adeptus est, sed quod solunimodo... {Dialogo de Scoccarto, in notis ad Matth. Paris., t, I, ad initium.)

2. Gi-aves serrnones habuit cum suis procevibus de hac terra. (Chron. saro7i., éd. Gibson, p. 186.)

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