‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 173 sur 269 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

toute différente de celles qui s'y étaient mêlées jus- loso que-là. Les Normands, réunis par un exil commun jose et une hospitalité commune aux Anglais qui na-i^ guère avaient fui devant eux, devinrent, sous une bannière nouvelle, leurs compagnons et leurs frères d'armes. L'égalité régna au delà du cours de la Tweed entre deux races d'hommes qui, en deçà du même fleuve, étaient de condition si différente; il se fit rapidement des uns aux autres un échange mutuel de mœurs et même de langage, et le souvenir de la diversité d'origine ne divisa point leurs tils, parce qu'il ne s'y mêlait aucun souvenir d'injure ni d'oppression étrangère.

Pendant que les conquérants s'occupaient ainsi 1035 à régler leurs affaires intérieures, ils furent subitement troublés par une alarme venant du dehors. Le bruit se répandit que mille vaisseaux danois, soixante vaisseaux norvégiens et cent vaisseaux de Flandre, fournis par Robert le Frison, nouveau duc de ce pays, et ennemi des Normands, se rassemblaient dans le golfe de Lymfiord, pour descendre en Angleterre et délivrer le peuple anglo-saxon*. Les rois de Danemark, qui, tant de fois depuis vingt années, avaient successivement flatté et trahi les espérances de ce peuple, ne pouvaient, à ce qu'il paraît, se résoudre à l'abandonner entièrement. L'insurrection qui, en 1080, causa la mort de l'évê-

1. Kumore expeditionis eorum Britanniam usque veliticante... iit gentem nobilissimam pristinœ libertati restituèrent. (Hist. S. Canuti régis, apud Script. rei\ danic, t. III, p. 348 et 349.) — Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib VII, apud Script, rer. normann., p. 649. — Florent. Wigorn. Chron., p. 641.

J085 que de Durliam semble avoir été encouragée par l'attente d'un débarquement des hommes du Nord; car on trouve les mots suivants dans les dépêches officielles adressées alors à cet évêque : « Les Danois (( viennent : faites garnir avec soin vos châteaux de «munitions et d'armes*. » Les Danois ne vinrent pas, et peut-être les précautions extraordinairement recommandées à cause d'eux à l'évêque Vaulcher furent-elles la cause du peu de succès du soulèvement où il périt.

Mais cette fausse alarme n'était rien auprès de celle qui se répandit en Angleterre dans l'année 1085. La plus grande partie des forces normandes fut promptement dirigée vers l'est; on plaça des postes sur les côtes; on mit des croisières en mer; on entoura de nouveaux ouvrages les forteresses récemment bâties, et l'on releva les murs des anciennes villes démantelées par les conquérants^. Le roi Guillaume fit publier en grande hâte par toute la Gaule le ban qu'il avait proclamé, vingt années auparavant, sur le point de passer le détroit. Il promit solde et récompense à tout cavalier ou piéton qui voudrait s'enrôler à son service. Il en arriva de toutes parts un nombre immense. Tous les pays qui avaient fourni des troupes d'invasion pour exécuter la conquête fournirent des garnisons pour la défendre ^ Les

1. « Dani... rêvera veniunt : castrum itaque vestriim hominibus et armis et alimentis vigilant! cura miinire facite. » (Lanfranci Opéra, p. 314.)

2. Hist. S. Canuti régis, apud Script, rer. datiic, t. III^ p. 348 et seq.

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