LIVRE IV
« mort *. Ces misérables effrénés s'émerveillaient ^066
« d'eux-mêmes, ils devenaient fous d'orgueil et de ^<>" « surprise, de se voir si puissants, d'avoir des service teurs plus riches que n'avaient jamais été leurs a pères; tout ce qu'ils voulaient, ils se le croyaient « permis 2. » Tel fut le spectacle donné au monde par une conquête chrétienne, et tel fut le sort qui s'étendit sur les hommes de race anglaise, à mesure que la bannière aux trois lions avança sur leurs campagnes et fut arborée dans leurs villes ^.
Mais cette destinée, partout également dure, prit des apparences diverses, selon la diversité des lieux. Les villes ne furent point frappées comme les campagnes; telle ville ou telle campagne le fut différemment de telle autre ; autour d'un fond commun de misères , si l'on peut s'exprimer ainsi, il y eut des formes variées et cette multiplicité d'accidents qu'offrent toujours les choses humaines.
1. Nobiles puellœ despicabilium ludibrio armigerorum patebant, et ab immundis nebulonibus oppressœ, dedecus suum deplorabant. (Orieric. Vital. Hisl. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 523.)
2. Ut multos in Auglia ditiores et potentiores haberent clientes quam eorum in Neustria fixerant parentes... et quasi vecordes e superbia efficiebantur unde sibi tanta potestas emanasset^ et putabant quod quicquid vellent sibi liceret. (Ibid., p. 522 et 523.)
3. Voici le tableau qu'on se faisait de la conquête en Allemagne et en France : Bastardus victor omnes pêne ejusdem regni prœsules exsilio, nobiles vero morti destinavit; mediocx-es autem suis militibus in servitutem, uxores indigenarura universovum advenis in matrimonium subjugavit. (Ex Chronico germano-saxonico, apud Script, rer (jalUc. et francic, t. XI, p. 216.) — Guillelmus Nothus, rex Anglorum efFectus, omni arte et sollicitudine intendit proceres et nobiles quosque anglicas gentis affligeve, deprimere, proscribere, et ad suœ volnntatis arbitrium cuncta sive juste sive injuste redigere. (Ex Chronico lemoi-icensi\(\[\Q\m\ Godelli, apud ibid,, p. 284.)
1066 Toute la contrée voisine de Hastings avait souffert mi de telles dévastations que , vingt ans après , les domaines ruraux n'y produisaient aucun revenu. La ville de Douvres, à demi consumée par l'incendie, entra dans le partage d'Eudes, évêque de Bayeux, qui ne put, disent les vieux actes, en savoir au juste la valeur, parce qu'elle était trop dévastée*. Il en distribua les maisons à ses vassaux et à ses gens; Raoul de Courbespine en reçut trois avec le champ d'une femme pauvre'^; Guillaume, fils de Geoffroy, eut aussi trois maisons dont l'une était l'ancien hôtel de la Ghilde ou corporation municipale ^ Près de Colchester, dans la province d'Essex, Geoff"roy de Mandeville occupa seul quarante manoirs ou habitations entourées de terres en culture ; quatorze propriétaires saxons furent dépossédés par Engelry, et trente par un certain Guillaume. Un riche Anglais se remit, pour sa sûreté, au pouvoir du Normand Gaultier, qui en fit son tributaire * ; un autre Anglais devint serf de corps sur la glèbe de son propre champ ^
Dans la province de Suffolk, un chef normand s'appropria les terres d'une Saxonne nommée Edive
1. ... Pretiiim ejus non potiùt compiitari quantum valebat. (Extrada ex Doraesday-book, apud [ier. anglic. Script., t. I, p. 759, éd. Gale.)