II
en parvint aux oreilles du roi Guillaume, sa colère fut au comble ; il voulait châtier rudement ceux qui lui avaient fait cette offense, mais ses propres amis intervinrent, et il pardonna en acceptant une somme de quarante marcs d'or^ Toutefois, la trêve ne fut pas longue entre le roi de la conquête et le couvent de Peterborough : « Bientôt, dit le narrateur contem- « porain, tous les maux et toutes les douleurs ont « fondu sur notre maison. Que Dieu daigne avoir « pitié d'elle ^. »
Cette prière d'un moine saxon pouvait être celle de tout habitant des provinces conquises ; car chacun j avait largement sa part de douleurs et de misères : pour les hommes, c'était la ruine et la servitude; pour les femmes, c'étaient les affronts et les violences, plus cruelles que tout le reste. Celles qui ne furent pas prises par mariage le furent 'par amours^ comme on disait dans le langage des vainqueurs 3, et devinrent le jouet des soldats étrangers, dont le dernier et le plus vil était seigneur et maître dans la maison du vaincu. « D'ignobles valets d'armes, « de sales vauriens, dit un auteur du temps, dis- « posaient, à leur fantaisie, des plus nobles filles, et « ne leur laissaient qu'à pleurer et à souhaiter la
incolœ arbitrabantur eum regem fore. {Chron. saxon., éd. Gibson, p. 173.)
1. Quum id rex Willelmus fama accepisset, ira admodum fuit commotus, dicens abbatem se despexisse. Viri autem boni intercedentes... Dédit idcirco régi xl marcas auri araicltiœ conciliandce causa. (Ibid.)
2. Omnis dolor omniaque mala monasterium oppresserunt. Deus illius misereatur. (Ibid.)
3. Le mot paramour, dans l'anglais moderne^ est un bizarre composé de la vieille locution normande.