‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 21 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

d'or *; et cependant, pour échapper à une dépossession violente , il fut obligé de se rendre tributaire j„j, d'un soldat appelé Vigot. Trois guerriers saxons, Thurnotli, Waltheof etTliurman, associés en fraternité d'armes, possédaient auprès de Saint-Alban un manoir qu'ils avaient reçu de l'abbaye à condition de la défendre par l'épée, s'il en était besoin \ Ils remplirent fidèlement cet office jusqu'au temps de l'invasion normande ; alors, sommés de se rendre et ne le voulant pas, ils abandonnèrent leur domaine. Le sort fit tomber ce domaine dans la part de conquête d'un noble baron, appelé Roger de Toënj, qui eut bientôt à défendre lui-même ses possessions nouvelles contre les Saxons dépossédés. Ceux-ci, réfugiés dans les forêts voisines, y rassemblèrent une troupe de gens expropriés comme eux, et attaquant à l'improviste les Normands établis sur leurs terres, ils en tuèrent plusieurs, mirent le feu aux maisons qu'ils occupaient, mais ne réussirent point à les chasser *. Ces faits, pris au hasard entre des centaines d'autres, suffisent pour que le lecteur se figure les scènes tristes, mais variées, qu'ofi'raient en même temps plusieurs provinces anglaises du sud et de l'est, tandis que le roi normand s'installait dans la Tour de

1. Terram suam émit a W. rege novem uncias auri, (Domesdaybook, t. I, fol. 137, verso.)

2. Et si comraunis guerra oriretur in regno, omnem diligentiam et totum posse lideliter adliibereut, ad ecclesièiî Saneti Albani tuitionem. (Mattli. Pavis. Vitse abbatum S. Albani, t. I, p. 46.)

3. .. Quia pati jugum Xormannorum dedignabantur. Et nemora adeuntes, indomabiles facti et Norraannis, qui in suas terras se ingesserant, insidias préparantes, et domus eorum combusserunt et mnltos de illis pereniernnt. (Ibid.)

Londres. Cette forteresse, construite à l'un des angles du mur de la ville, vers l'orient, près de la Tamise, reçut alors le nom de Tour Palatine, nom formé d'un vieux titre romain que Guillaume portait en Normandie, conjointement avec ceux de duc ou dé comte. Deux autres forteresses, bâties à l'occident, et confiées à la garde des Normands Bajnard et Gilbert de Montfichet, prirent chacune le nom de leurs gardiens *. La bannière aux trois lions fut arborée sur le donjon de Guillaume, et sur les deux autres flottèrent celles de Baynard et de Montfichet. Mais ces capitaines avaient tous deux juré d'en faire descendre leurs drapeaux, et d'y élever celui du roi, leur seigneur, à son premier commandement, à son commandement proféré avec colère ou sans colère, soutenu par grande ou petite force, pour cause de délit ou sans délit, comme s'énonce la formule de droit féodal. Avant de faire, au bruit des trompettes, leur entrée dans leurs tours et de les garnir de leurs hommes de service, ils avaient mis leurs mains entre les mains du roi Guillaume, et s'étaient reconnus eux-mêmes pour ses hommes de service et de foi.

Ce qu'ils jurèrent au chef de la conquête, d'autres le leur jurèrent aussi, et d'autres encore firent à ces derniers le même serment de foi et d'hommage. Ainsi la troupe des conquérants, quoique éparse et disséminée sur le territoire des vaincus, resta unie par une grande chaîne de devoirs, et garda la même

1. Castellum Beynardi^ Baynard castle. (Maitland's History of Loti' don, p. 41.)

Page 1