LIVRE IV
ordonnance qu'à son départ de Normandie ou dans i066 son camp près de Hastings. Le subalterne devait foi 1067 et service à son supérieur militaire, ou à celui dont il avait reçu en fief soit des terres, soit de l'argent. Sous cette condition, les mieux partagés dans les différents gains de la conquête donnèrent une part de leur superflu à ceux qui avaient eu moins de bonheur. Les chevaliers reçurent des barons, et les simples hommes d'armes de leurs capitaines ; à leur tour les hommes d'armes donnèrent aux écuyers, les écuyers aux sergents , les sergents aux archers et aux valets. En général, les riches donnèrent aux pauvres ; mais les pauvres devinrent bientôt riches des profits croissants de l'invasion, et, parmi ces classes de combattants et de feudataires que le langage du siècle distinguait S il y eut une grande mobilité, parce que les chances de la guerre portaient rapidement les hommes des derniers rangs vers les premiers-.
Tel qui avait passé la mer avec la casaque matelassée et l'arc de bois noirci du piéton, parut sur un cheval de bataille, et ceint du baudrier militaire, aux yeux des nouvelles recrues qui arrivèrent après lui. Tel était venu pauvre chevalier, qui bientôt leva bannière, comme on s'exprimait alors, et conduisit une compagnie dont le cri de ralliement était son
1. Conte, baron et chevalier; conte, baron et vavassor. (Anciennes poésies normandes.)
2. Rex Guillelmus... adjutoribus suis inclytas Angliae regiones distribuit, et ex inrîmis Normannoriun clientibus tribunes et centuriones ditissimos erexit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., apud Hist, normann. Script., p. 621.)
1066 nom. Les bouviers de Normandie et les tisserands
1067 de Flandre, avec un peu de courage et de bonheur, devenaient promptement, en Angleterre, de hauts hommes, d'illustres barons ; et leurs noms, vils ou obscurs sur l'une des rives du détroit, étaient nobles et glorieux sur l'autre.
« Voulez-vous savoir, dit un vieux rôle en langue « française, quels sont les noms des grands venus « d'outre-mer avec le conquérant, Guillaume à la « grande vigueur * ? Voici leurs surnoms comme on c( les trouve écrits, mais sans leurs noms de bap- « tême, qui souvent manquent ou sont changés : c'est cf Mandeville et Dandeville, Omfreville et Domfre- « ville, Bouteville et Estouteville, Moyon et Boyon, «Biset et Basset, Malin et Malvoisin... » Tous les noms qui suivent sont pareillement rangés de façon à soulager la mémoire par la rime et l'allitération. Plusieurs listes du même genre et disposées avec le même art se sont conservées jusqu'à nos jours; on les trouvait jadis inscrites sur de grandes pages de vélin dans les archives des églises, et décorées du titre de livres des conquereurs^ . Dans l'une de ces listes, les noms sont disposés par groupes de trois : Bastard, Brassard, Baynard; Bigot, Bagot, Talbot; Toret, Trivet, Bouet; Lucy, Lacy, Percy... Un autre
1. Les nons de graimtz delà la mer Qe vindrent od le conquérour, William Bastard de graunt vigoure,
(Cliron. Jolian. Bromton , apud Hist. anglic. Script., t. I , col. 963, éd. Selden.)
2. Tous les gi-auntz sieignors après nomez si corne il est escript en Je liver des conquérors. (Jolian. Lelandi CoUectama, vol. I, p. 202.)