LIVRE VII
demain on écrasait ; il convoqua les principaux d'entre eux, et leur tint le discours suivant: noi
« Mes amis et féaux, natifs de ce pays, où je suis (( né, vous savez que mon frère en veut à mon « royaume. C'est un homme orgueilleux, et qui ne «peut vivre en repos; il vous méprise manifestece ment, vous traite de lâches et de gloutons, et ne «désire que vous fouler aux pieds ^ Mais moi, « comme un roi doux et pacifique, je me propose « de vous maintenir dans vos anciennes libertés, et « de vous gouverner d'après vos propres conseils, « avec modération et sagesse^. J'en ferai, si vous le « demandez, un écrit signé de ma main, et je le con- « firmerai par serment. Tenez donc ferme pour moi ; « car si la bravoure des Anglais me seconde, je ne « crains plus les folles menaces des Normands ^ »
L'écrit promis par le roi aux Anglais, ou, pour parler le langage du siècle, sa charte royale, fut en effet dressé. On en fit autant de copies qu'il y avait de comtés normands en Angleterre, et> pour qu'elle pBviit plus solennelle, on y appliqua un sceau neuf, fabriqué pour cet usage*. Les exemplaires furent déposés dans la principale église de chaque pro-
1. « Amici et fidèles mei indigenœ ac naturales,.. vosque scienter quasi conteniptibiles, et quos desides vocat et glutones, conculcare desiderat. »(Mattb. Paris, t. I, p. 62.)
2. « Ego vero rex humilis et pacificus... et vestris inclinando consiliis, cousultius et mitius... giibernare... » (Ibid.)
3. « Et super his (si provideretis) scripta subarata roborare et juramentis .. confirmare... Si enim fortitudine Anglorum roborer, inanes Normannorum minas nequaquam censeo formidandas. » (Ibid.)
4. Et expedienter fabricato sigillo consignatœ suiit. (Thomas Rudborne Hist. major Winto7i. ■ Anglia sacra, t. I, p. 274 )
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292 CONQUÊTE DE L'AN CfL ET E RRE
vince ; mais ils n'y restèrent pas longtemps : tous furent enlevés quand le roi se rétracta, et, selon l'expression d'un ancien historien, faussa impudemment sa parole ^ Il n'en resta que trois copies qui par hasard échappèrent : une à Canterburj, une à York, et l'autre à Saint- Alban.
La même politique qui fit faire à Henri I" cette démarche auprès des Anglais lui en inspira une autre plus décisive : c'était de prendre pour épouse une femme de race anglo-saxonne. Il y avait alors en Angleterre une fille orpheline de Malcolm, roi d'Ecosse, et de Marguerite, sœur du roi Edgar. Elle se nommait Edithe, et elle avait été élevée à l'abbaye de Rumsey, dans la province de Hauts, sous la tutelle d'une autre sœur d'Edgar, appelée Christine, qui, après s'être réfugiée en Ecosse avec son frère,avait pris le voile de religieuse en l'année 1086 ^ Comme fille de roi, plusieurs des hauts barons normands avaient recherché en mariage la nièce d'Edgar : elle fut demandée au roi Guillaume le Roux par Alain le Breton, seigneur du château de Richemont, dans la province d'York ; mais Alain mourut avant que le roi lui eût octroyé la jeune fille ^. Guillaume de Garenne, comte de Surrey, la désira ensuite; mais le mariage n'eut pas lieu, on ne sait par quel
1. (Promissa) impudenter violavit. (Mattli. Paris, t. I, p. 62.)
2. Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. V, apud Ber. anglic. Script.,]^. 164, éd. Savile. — Aniiales rvaverleienscs^ ad. aiin. mlxxxvi^ apud Rer. anglic. Script., t. II, p. 133, éd. Gale.
3. Alanus enim Rufus, Britaiinorum cornes, Matliildera... in conjagera, sibi a rege Rufo rcquisivit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. VIII^ apud Script, rer. normann., p. 702.)