LIVRE VII
empêchement *. Ce fut elle que les plus habiles noi conseillers du roi Henri lui proposèrent comme 1102 épouse, afin de gagner, par ce moyen, l'appui de toute la race anglo-saxonne contre Robert et ses partisans.
De leur côté, beaucoup d'Anglais concevaient l'espoir frivole de voir revenir les anciens temps saxons lorsque la petite-fille des rois saxons porterait la couronne. Ceux qui avaient quelques relations avec la famille d'Edithe se rendirent auprès d'elle, et la prièrent avec instance de ne point se refuser à ce mariage ^. Elle montra beaucoup de répugnance, on ne sait précisément par quel motif; mais les solliciteurs ne se rebutèrent point, et l'obsédèrent tellement, dit un ancien auteur, qu'elle céda par lassitude et à contre-cœur ^ «Noble et gracieuse femme, lui « disaient-ils, si tu voulais, tu retirerais du néant « l'antique honneur de l'Angleterre ; tu serais un sice gne d'alliance , un gage de réconciliation ; mais « si tu t'obstines dans ton refus , la haine sera éter- « nelle entre les deux races, et le sang ne cessera « point de couler*. »
Dès que la nièce d'Edgar eut accordé son consentement, on la fit changer de nom, et, au lieu d'Edithe, on l'appela Mathilde, ce qui sonnait mieux à
1. Orderic. Vital. Hist. ecclesiast.^ lib. VIII, apud Script, rcr. normann., p. 702.
2. ...Parentum et amicorum consiliis. (Matth. Paris, t. I, p. 58.)
3. Ipsa vero invita nupsit ei... et tandem tœdio affecta a'iquievit. (Ibid.)
4. Instantes enim importune dicebant : « 0 mulierum generosissima ac gratissima... quod si non feceris, causa eris pevennis inimicitiae gentium diversarum, et sanguinis humani effusionis irrestaurabilis. » (Ibid.)
iioi l'oreille des Normands ^ Cette précaution d'ailleurs 1102 n'était pas la seule nécessaire ; car il s'éleva un grand parti contre le mariage; il se composait principalement des amis secrets du duc Robert, auxquels se joignirent beaucoup de gens qui, par orgueil national, trouvaient indigne qu'une femme saxonne devînt la reine des conquérants de l'Angleterre. Leur malveillance suscita des obstacles imprévus; ils prétendirent que Mathilde, élevée depuis son enfance dans un monastère, avait été vouée à Dieu par ses parents : le bruit courut qu'on l'avait vue publiquement porter le voile ; et ce bruit fit suspendre la célébration du mariage, à la grande joie de ceux qui y étaient contraires ^
Il y avait alors à la place de Lanfranc, dans l'archevêché de Canterburj, un moine du Bec, nommé Anselme, homme de science et de vertu, dont les écrivains du temps rendent cet honorable témoignage que les Anglais indigènes l'aimaient comme s'il eût été l'un d'entre eux ^ Anselme était venu par hasard en Angleterre, sous le règne du premier Guillaume, dans le temps où Lanfranc, voulant détruire la réputation des saints de race anglaise, attaquait avec acharnement la sainteté de l'archevêque Elfeg, assassiné jadis par les Danois \ Tout préoccupé de son projet, le primat entretint le moine
1. Mathildem, quœ prius dicta est Edith... (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. VIII, apiid Script, rer. normann., p. 702.)