II
l'équipage poussa un cri de détresse qui fut entendu sur les vaisseaux du roi déjà en pleine mer; mais personne n'en soupçonna la causée L'eau entrait en abondance, le navire fut bientôt englouti avec tous les passagers, au nombre de trois cents personnes, parmi lesquelles il y avait dix-huit femmes -. Deux hommes seulement se retinrent à la grande vergue, qui resta flottante sur l'eau : c'était un boucher de Rouen, nommé Bérauld, et un jeune homme de naissance plus relevée, appelé Godefroi, fils de Gilbert de l'Aigle ^
Thomas, le patron de la Blanche Nef, après avoir plongé une fois, revint à la surface de l'eau ; apercevant les têtes des deux hommes qui tenaient la vergue : « Et le fils du roi, leur dit-il, qu'est-il arrivé de « lui ^? — ' Il n'a point reparu, ni lui, ni son frère, ni a sa sœur, ni personne de leur compagnie. — Malci heur à moi ! » s'écria le fils d'Etienne ; et il replongea volontairement ^ Cette nuit de décembre fut extrêmement froide , et le plus délicat des deux hommes qui survivaient, perdant ses forces, lâcha le bois qui le soutenait, et descendit au fond de la mer en recommandant à Dieu son compagnon ^ Bérauld, le plus pauvre de tous les naufragés, dans son jus-
1. Omnes in tanto discviniine slmul exclamaverunt. (Orderic. Vital. Hist. ecdesiast., lib. XII, apud Script, rer. normann., p. 867.)
2. Ibid. — Willelm. Malmesb., de Gesl. reg. angl., lib. V, apud Rer. anglic. Script., p. 165, éd. Savile.
3. Duo soli virgcC qua vélum pendebat manus iiijecevunt. (Orderic. Vital Hist. ecdesiast., lib. XII, apud Script, rer. normann., p. 867.)