‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 237 sur 269 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

taucorps de peau de mouton, se soutint à la sur- 1120 face de l'eau : il fut le seul qui vit revenir le jour ; des pêcheurs le recueillirent dans leur barque; il survécut, et c'est de lui qu'on apprit les détails de l'événement K

La plupart des chroniqueurs anglais, en rappor tant cette catastrophe douloureuse pour leurs maîtres, paraissent compatir extrêmement peu aux malheurs des familles normandes. Ils nomment ce malheur une vengeance divine, un jugement de Dieu, et se plaisent à trouver quelque chose de surnaturel dans ce naufrage arrivé par un temps serein sur une mer tranquille^. Ils rappellent le mot du jeune Guillaume et ses desseins sur la nation saxonne : « L'orgueilleux, s'écrie un contemporain, il pensait à « son règne futur; mais Dieu a dit : Il n'en sera pas « ainsi, impie, il n'en sera pas ainsi ; et il est arrivé « que son front, au lieu d'être ceint de la couronne c( d'or, s'est brisé contre les rochers ^. » Enfin ils accusent ce jeune homme et ceux qui périrent avec lui, de vices infâmes et, à ce qu'ils prétendent, inconnus en Angleterre avant l'arrivée des Normands*.

1. Bevoldus autem, qui pauperior erat omnibus, renoue amietus ex avietinis pellibus, de tanto solus consortio diem vidit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. XII, apud Script, rer. normann., p. 867.)

2. Manifestum Dei apparuit judicium... mare tranquille perierunt. (Gervas. Cantuar. Chron., apud Hist. anglic. Script., t. II, col. 1339;, éd. Seldeu.) — Enormiter in mari tranquillissimo. (Matth. Westmonast. Flor. histor., p. 240.)

3. « Ille de regno future... cogitubat; Deus autem dicebat : Non sic, impie, non sic. Contigit igitur ei quod pro corona auri, rupibus marinis capite scinderetur. » (Henrici Huntind. Epist. de contemptu mundi ; Anglia sacra, t. II, p. 696.)

4. Superbia turaidi, luxui'iai et libidinis omnis tabe maculati. (Ger-

1120 Leurs invectives et leurs accusations passent souvent toute mesure ; et souvent aussi ils se montrent flatteurs et obséquieux à l'excès, comme des gens qui haïssent et qui tremblent. « Tu as vu, écrit l'un « d'eux dans une lettre qui devait rester secrète, tu « as vu Robert de Belesme, cet homme qui faisait du « meurtre sa plus douce récréation; tu as vu Henri, « comte de Warwick, et son fils Roger, l'âme « ignoble ; tu as vu le roi Henri, meurtrier de tant « d'hommes, violateur de ses serments, geôlier de « son frère*... Peut-être vas-tu me demander pource quoi, dans mon histoire, j'ai tant loué ce même c( Henri. J'ai dit qu'il était remarquable entre les rois « par sa prudence , sa bravoure et ses richesses ; « mais ces rois, auxquels nous prêtons tous serment, « devant qui les étoiles du ciel semblent s'abaisser, « et que les femmes, les enfants et les hommes fri- « voles vont contempler au passage , rarement dans « leur royaume il se trouve un seul homme aussi « coupable qu'eux, et c'est ce qui fait dire : La « royauté est un crime ^. )) 1120. Selon les vieux historiens, on ne vit plus souim\ rire le roi Henri depuis le naufrage de ses enfants. \ Mathilde, sa femme, était morte, et reposait à Winchester, sous une tom.be dont l'épitaphe contenait

vas. Cantuar. Chron., apud Hisl. anglic. Script., t. II, col. 1339, éd. Selden.) — Scelns Sodoma; noviter in hac terra divulgatum. (Eadmeri Hist. nov.y p. 24, éd. Selden.) — Nefandum illud et énorme Xormannorum crimen. {Amjlia sacra, t. II, p. 40.)

1. Henrici Huntind. Epist. de contemptu mundi • Anglia sacra, t. II, p. 698.

2. Nemo in rcgno eorum par eis... scelerihus ; nnde dicitnr : Regia res scelns est. (Ibid., p. 699.)

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