‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 238 sur 269 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

quelques mots anglais, ce qui de longtemps ne de- 1120 vait reparaître sur la sépulture des riches et "24 des grands d'Angleterre ^ Henri prit une seconde épouse, hors de la race anglo-saxonne, maintenant retombée dans le mépris parce que le fils du Conquérant n'avait plus besoin d'elle. Ce nouveau mariage du roi fut stérile, et toute sa tendresse se réunit dès lors sur un fils naturel nommé Robert, le seul qui lui restât ^. Vers le temps où ce fils parvint à l'âge nubile, il arriva qu'un certain Robert, fils d'Aymon, riche Normand, possesseur de grands domaines dans la province de Glocester, mourut, laissant pour héritière de ses biens une fille unique appelée Aimable, et familièrement Mable ou Mobile. Le roi Henri négocia avec les parents de cette jeune fille un mariage entre elle et Robert, son bâtard : les parents consentirent; mais Aimable refusa. Elle refusa longtemps, sans expliquer les motifs de sa répugnance, jusqu'à ce qu'enfin, poussée à bout, elle déclara qu'elle ne serait jamais la femme d'un homme qui ne portait pas deux noms. Les deux noms, ou le double nom, composé d'un nom propre et d'un surnom, soit purement généalogique, soit indiquant la possession d'une terre ou l'exercice d'un emploi, était un des signes par lesquels la race normande en Angleterre se distinguait de l'autre race ^. En ne portant que son nom

1- Hic jacet Matildis regina... ab Anglis vocata 3foId the good queen. ThomaB lîudborne Hist. major Winton. ; Anglia sacra^ t. I, p. 277.)

2. Willelm. Gemet. Hist. normarm., apud Script, rer. normann., p. 606.

3. Hïckesn Dlsserlatio epistolaris ; Thésaurus linguarum septentrionalium, t. II, p. 27.

,100 propre, dans les siècles qui suivirent la conquête, on 1 ^24 risquait de passer pour Saxon ; et la vanité prévoyante de l'héritière de Robert, fils d'Ajmon, s'alarma d'avance de l'idée que son époux futur pourrait être confondu avec la masse des indigènes. Elle avoua nettement ce scrupule dans une conversation qu'elle eut avec le roi, et que rapporte de la manière suivante une chronique en vers K

a Sire, dit la jeune Normande, je sais que vos yeux se sont arrêtés sur moi, beaucoup moins pour moice même que pour mon héritage ; mais ayant un si « bel héritage, ne serait-ce pas grande honte que de « prendre un mari qui n'eût pas double nom 2? De « son vivant , mon père s'appelait sir Robert , fils « d'Aymon; je ne veux être qu'à un homme dont le « nom montre aussi d'où il vient. — Bien parlé, « demoiselle, répondit le roi Henri ; sir Robert, fils « d'Aymon, était le nom de ton père ; sir Robert, (( fils de roi, sera le nom de ton mari '. — Voilà, j'en « conviens, un beau nom pour lui faire honneur « toute sa vie ; mais comment appellera-t-on ses fils « et les fils de ses fils? » Le roi comprit cette demande, et reprenant aussitôt la parole : « Demoi- « selle, dit-il, ton mari aura un nom sans reproche,

Page 1