‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 26 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Raoul, vint, avec une suite nombreuse, à la cour loe: tenue par le roi Guillaume durant la solennité pascale*. Les Français, non moins que les Normands, considéraient avec un plaisir mêlé de surprise la vaisselle ciselée, d'or et d'argent, et les coupes à boire des Saxons, faites de grandes cornes de buffle garnies de métal aux deux extrémités ^. Ils s'émerveillaient *e la beauté et de la longue chevelure des jeunes Anglais, otages du roi normande « Ils remar- « quèrent, dit le narrateur contemporain, ces choses « et beaucoup d'autres également nouvelles pour eux, « afin de les raconter dans leurs pays^ »

Pendant que cet appareil de fête était déployé sur l'une des rives du détroit, sur l'autre l'insolence des vainqueurs se faisait sentir à la nation subjuguée.

1. Raoul, comte de Vermandois et de Mantes, époux en secondes noces de la reine Anne, mère de Philippe 1er.

2. Curiose hi cum Normannis cernebant... vasa argentea sive anrea admirabantur quorum de numéro vel décore vere narrari possint incredibilia. His tantum ex populis cœnaculum ingens bibebat aut cornibus bubalinis métallo decoratis eodem circa extreraitates utrasque. (Guill. Pictav., apud Script, rer. normann,, p. 211.)

3. Crinigeros alumnos plagœ aquilonalis... nec enim puellari venustati cedebant. (Ibid.) — Cette mode nationale des cheveux longs et bouclés, qui rendait la jeunesse anglaise plus belle aux yeux des étrangers, était depuis quelque temps blâmée en Angleterre, comme un signe de mollesse, par un évêque réputé saint. Il avait pour habitude de couper la chevelure des jeunes gens qui s'approchaient de lui avec un petit couteau qui lui servait à se rogner les ongles. L'auteur de sa vie ajoute : Si qui repugnandum putarent^ eis palam exprobrare molliliem... qui xmularentur capillorum fluxu fœminas non plusquam fœminx valerent ad defensandam patriam contra gentes transmarinas. (Yita sancti Wulstani., Wigorn. episc, Anglia sacra^ t. II, p. 254.)

4. Denique plurima hujuscemodi competentia regali munificentiœ notabant, quas reversi domum ob novitatem praedicarent, (Guill. Pictav., apud Hist, iiormann. Script., p. 211.)

1067 Les chefs qui gouvernaient les provinces conquises accablaient à l'envi les indigènes, soit gens de haut rang, soit gens du peuple, d'exactions, de tyrannies et d'outrages*. L'évêque Eudes et le fils d'Osbern, orgueilleux de leur nouvelle puissance, méprisaient les plaintes des opprimés, et leur refusaient toute justice^ ; si leurs hommes d'armes pillaient les maisons ou ravissaient les femmes des Anglais, ils les soutenaient et frappaient sur le malheureux qui, atteint par ces injures, osait s'en plaindre tout haut^. L'excès de la souffrance poussa les habitants de la côte de l'est à tenter de s'affranchir du joug des Normands, à l'aide d'un secours étranger. Eustache, comté de Boulogne, le même qui, sous le règne d'Edward, avait occasionné tant de tumulte en Angleterre'*, était alors en discorde et en inimitié avec le roi Guillaume, qui retenait son fils prisonnier. La haine du roi normand rapprocha les Anglais de cet homme qui avait été naguère un de leurs plus grands ennemis ; ils connaissaient sa puissance et son habileté à la guerre, ils voyaient en lui un allié naturel à cause de sa parenté avec le roi Edward, et, s'il leur fallait maintenant obéir à un étranger,

1. Pniîfocti minores, qui munitiones custodiebaut, noLiles et médiocres indigenas injustis exactionibus multisque contumeliis aggravabant. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiaat., apud Ilist. nonnnnn. Script., p. 507.)

2. Nimia cervicositate tnmebant et clamores Anglorum rationabiliter audire, eisque œquitatis lance suffragari desplciebant. (Ibid/i

3. Armigeros suos immodicas prjcdas et incestes raptus facientes vi tuebantur, et super eos qui gravibus contumeliis affecti querimonias agebant magis debacchabantur. (Ibid., p. 503.)

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