LIVRE IV
Le roi normand se dirigea d'abord vers le sudouest, et traversant les hauteurs qui séparent les provinces de Dorset et de Devon, il marcha contre Exeter^ C'est dans cette ville qu'après la bataille de Hastings s'était réfugiée la mère de Harold , elle y avait rassemblé les débris de ses richesses, qu'elle consacrait à la cause du pays pour lequel son fils était mort. Les citoyens d'Exeter étaient nombreux et pleins de zèle patriotique : l'histoire contemporaine rend d'eux ce témoignage que, jeunes ou vieux, ils haïssaient à la mort les envahisseurs d'outre-mer ^. Ils fortifiaient leurs tours et leurs murailles, faisaient venir des hommes d'armes de toutes les provinces voisines, et enrôlaient, à prix d'argent, les navigateurs étrangers qui se trouvaient dans leur port. Ils envoyaient aussi des messages aux habitants des autres villes pour les inviter à se confédérer avec eux^ se préparant de toutes leurs forces contre le roi de race étrangère, avec lequel jusqu'à ce moment, disent les chroniques, ils n'avaient rien eu à démêlera
L'approche des troupes d'invasion fut annoncée de loin aux habitants d'Exeter, par la nouvelle de leurs ravages : car tous les lieux par où elles passaient
1. ...Et tune profectus est adDevonasciram.(C/iron. soxon., Fragm. sub anno mlxvii, apud Gloss., éd. Lye, t. II, ad finem.)
2. Cives eam tenobant furiosi , copiosas raultitudinis , infestissimi mortalibus gallici generis, pubères ac senatus. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 510.)
3. Alias quoqne civitates ad conspirandura in eadem legationibus iustigabant. (Ibid.)
4. Contra regem alienigenum toto nisu se praeparabant, cum quo autea de nullo negotio egerant. (Ibid.)
«068 furent entièrement dévastés ^ Les Normands s'arrêtèrent à la distance de quatre milles, et c'est de là que Guillaume envoya aux citoyens l'ordre de se soumettre et de lui prêter le serment de fidélité. « Nous ne jurerons point fidélité, répondirent-ils, à « celui qui se prétend roi, et ne le recevrons point c( dans nos murs ; mais, s'il veut recevoir, comme « tribut, l'impôt que nous donnions à nos rois, nous « consentirons à le lui payer ^. — Je veux des sujets, c( répliqua Guillaume, et n'ai point pour habitude de « les prendre à de telles conditions '. » Les troupes normandes approchèrent, ayant pour avant-garde un bataillon d'hommes de race anglaise, qui s'étaient réunis aux étrangers par force, ou par misère, ou par envie de s'enrichir en pillant leurs compatriotes ^ L'on ne sait par suite de quelle intrigue les chefs et les magistrats d'Exeter vinrent, avant le premier assaut, trouver le roi, lui livrer des otages et lui demander la paix. Mais à leur retour, les citoyens, loin de remplir l'engagement qui venait d'être conclu, tinrent les portes de la ville fermées, et se préparèrent de nouveau à combattre 5.
1. llex imposait magnum tributum in miseram gentem, et tamen permisit semper vastani omne quod pertransibant, et profectus est ad Devonasciram, et obsedit iivbem Exonias xviii dies. {Cliron. saxon., sub auno MLXVii, apud Gloss., ed Lye, t. 11^ ad flnem.)
2. At illi remandavurunt ei dicentes : Neque sacramentura régi faciemus neque iu urbem eum inti'omittemus... (Orderic. Vital. Hist.ecclesiast., lib. IV, apiid Script, rer. nonnann., p. 510.)
3. ... Non est mibi moris ad ]iauc couditionem habere subjectos. (Ibid.)