LIVRE IV
septentrionaux, les pressaient avec instance d'entre- io69 prendre la guerre contre les Normands qui opprimaient une nation de la grande famille teutonique, après avoir tué son roi, proche parent de plusieurs rois du Nord K
Guillaume, qui, de sa vie, n'avait su prononcer un seul mot de la langue septentrionale que ses aïeux avaient jadis parlée, prévit, dès le commencement, cette alliance naturelle des Anglais avec les Danois, et c'est ce qui lui fit bâtir de nombreuses forteresses sur les côtes orientales de l'Angleterre. Il envoya plusieurs fois à Sven , roi de Danemark, des ambassadeurs accrédités, des négociateurs habiles, des évéques à la parole insinuante, avec de riches présents, pour lui persuader de demeurer en paix ^. Mais l'homme du Nord ne se laissa point séduire, et ne consentit point, disent les chroniques danoises, à laisser le peuple anglais en servitude sous un peuple de race et de langue étrangères. Sven rassembla sa flotte et ses soldats "\ Deux cent quarante vaisseaux partirent pour la Bretagne, conduits par Osbiorn, frère du roi, et par ses deux fils Harald et Knut. A la
1 . Ad iilciscenclam consauguinei necem^ Haroldi scilicet a Francigenis interempti, et Angliam pristiiife libertati restituendam... Ut et raortem ejus vindicaret, et terrain sibi subigeret. (Legatio Helsini in Daniam^ apud Script, rer. danic, t. III, p. 253 et 254.)
2. Misit solemnos nuntios ad regem Dacia?^ mittens cum illis pliirima dona et exenia regalia. (Henrici Knyghton, de Event. angl., lib. II, apud Hist. anglic. Script., t. II, col. 2343, ed, Selden.) — Torfei, Hist. rer. norveg., t. III, p. 385 et 386.
3. Audientes Daci Angliam esse subjectani Normaunis seu Francigenis, graviter sunt indignati... arma parant, classem aptant. (Legatio Helsini in Daniam^ apud Script, rer. danic, t. III, p. 254.)
•069 nouvelle de leur départ, les Anglais comptaient avec impatience les jours qui devaient s'écouler jusqu'à l'arrivée de ces enfants de la Baltique, autrefois si terribles pour eux , et prononçaient avec amour des noms que leurs pères avaient maudits*. L'on attendait aussi des troupes enrôlées à prix d'argent sur les côtes de l'ancienne Saxe et de la Frise '\ et les Saxons réfugiés en Ecosse promettaient quelques secours. Encouragés par leur victoire, les habitants du Northumberland faisaient de fréquentes excursions, au sud de leur pays, sur les cantonnements des étrangers ^. Le gouverneur de l'un des châteaux d'York fut tué dans une de ces rencontres ^.
Ce fut dans l'intervalle des deux fêtes de la vierge Marie , en automne, que le fils du roi Sven, Osbiorn son frère, et cinq autres chefs danois de haut rang, abordèrent en Angleterre ^ Ils tentèrent hardiment une descente sur la partie des côtes la mieux gardée, celle du sud-est; mais, successivement repoussés de Douvres, de Sandwich et de Norwich, ils remontèrent vers le nord et entrèrent dans le golfe de l'Humber, comme faisaient jadis