LIVRE IV
détachèrent, sous la conduite d'un certain Toustain, pour courir les premiers au pillage ^ Ils entrèrent à Beverlej sans résistance, marchèrent vers le cimetière où se pressait la foule effrayée, et franchirent les barrières sans s'inquiéter du saint anglo-saxon plus que de ceux qui l'invoquaient. Toustain, le chef de la bande, parcourant des yeux les groupes d'Anglais, aperçut un vieillard richement vêtu et portant des bracelets d'or, suivant la mode de sa nation ^ Il galopa contre lui l'épée nue; le vieillard effrayé s'enfuit dans l'église, et Toustain l'y poursuivit; mais à peine eut-il passé les portes, que son cheval, glissant sur le pavé, s'abattit et le froissa dans sa chute ^. A la vue de leur capitaine à demi mort, les autres Normands tournèrent bride, et, l'imagination frappée, ils coururent pleins d'efïroi au camp raconter ce terrible exemple du pouvoir de saint Jean de Beverley. Au passage de l'armée, nul n'osa s'exposer de nouveau à la vengeance du saint, et le domaine de son église, si l'on en croit la légende, resta seul couvert d'habitations et de fruits au milieu du pays dévastée Guillaume, poursuivantles débris des Saxons libres,
1. Quidam milites rapinis assueti Beverlacum armati petierunt. (Alured. Beverlac. A7i7iah de Gest. reg. Britann., lib. IX, p. 129, éd. Hearne.)
2. ... Quorum primicernus Turctinus oum vidisset quemdam vetera num pretiosius indutum, auream in brachio armillam ferentem.. (Ibid.)
3. lufra valvas ecclesiœ jam pêne fugiendo extinctum insequitur, cum ecce equus in quo sederat fracto collo corruit. (Ibid.)
4. Nec terra aliqua erat culta, excepto solo territorio beati Joliannis Beverlaci. {Chron. Joliau. Bromton, apud Hist. anglic. Script., t. J, col. 966, éd. Selden.)
1070 alla jusqu'au pied de la grande muraille romaine, dont les restes se prolongent encore de l'est à l'ouest, depuis l'embouchure de la Tyne jusqu'au golfe de Sohvay. Il retourna ensuite vers York, où il fit apporter de Winchester la couronne d'or, le sceptre doré, le manteau doublé de fourrure et tous les autres insignes de la royauté anglaise; il les étala en grande pompe durant les fêtes de la Nativité, comme pour faire un défi aux hommes qui avaient combattu, quelques mois auparavant, pour le roi Edgar et leur pays^ Il n'y avait plus personne capable de répondre à cette provocation; un dernier rassemblement de braves fut dispersé sur les bords de la Tyne ; et telle fut, dans la contrée du nord, la fin de la résistance, la fin de la liberté selon les Anglais, celle de la rébellion selon les Normands ^.
Sur les deux rives de THumber, la cavalerie du roi étranger, ses comtes, ses baillis^, purent désormais voyager librement par les chemins et par les villes. La famine, comme une fidèle compagne de la conquête, suivit leurs pas : dès l'année 1067, elle avait désolé quelques provinces, les seules qui alors eussent été envahies ; mais, en 1070, elle s'étendit sur l'Angleterre entière, et se montra dans toute son
1. Ex civitate Guenta jubet adferri coronam aliaque ornamenta regalia et vasa. (Orderic. VitaL Hist. eccîesiast., lib. IV^ apud Script, rer. normann., p. 515.)
2. Iliirsum comperit hostile collegium in angiilo quodam regionis Latitare, mari vel paludibus undique munito. (Ibid.) — Seditionum tempestate pavumper conquiescente. (Willelm. Gemet. Hist. Normann., apud Script, rer normann., p. 290.)
3. Ballivi; en français du temps, baills ou bailli fs, nom qui s'appliquait à plusieurs sortes d'ofliciers publics.