‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 55 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

la contrée soumise, fît droit à quelques-unes de leurs 1059 plaintes, modéra l'insolence de ses hommes de guerre et de ses agents, amollit par de minces concessions l'esprit faible du grand nombre, donna quelques bonnes paroles, et, en retour, se fit prêter de nouveaux serments et livrer de nouveaux otages ^ Alors 1070 il marcha sur York à grandes journées, avec ses meilleures troupes ^ Les défenseurs de la ville apprirent en même temps l'approche de la cavalerie normande et le départ des vaisseaux danois. Tout délaissés qu'ils étaient, et déchus de leurs meilleures espérances, ils résistèrent encore, et se firent tuer par milliers sur les brèches de leurs murailles ^ Le combat fut long et la victoire chèrement achetée. Le roi Edgar se vit contraint de fuir, et ceux qui purent s'échapper comme lui gagnèrent par différents chemins la contrée voisine de l'Ecosse.

Pour la seconde fois maître d'York, le conquérant ne s'y arrêta point; il fit continuer vers le nord la marche rapide de ses bataillons. Les étrangers se précipitèrent sur la terre de Northumbrie avec la frénésie de la vengeance "*; ils incendièrent

1. Compescens elationem suorum Normannorum , et sic revocatis multis Anglorum nobilibus, fœdere cautius cura omnibus contirmato... (Matth. Westmonast. Flor. histor., p. 226.)

2. Cum rex hoc i-escivei-at^ tum profectus est ille aqnilonem versus cum toto exercitu quera oolligei-e potuit. {Chron. saxon., Fragm. sub anno mlxviii, apud Gloss., ed, Lye, t. II, ad tinem.)

3. Eboracum, iibi fuit Danorum receptaculum, potenter cum ibi inventis expugnavit^ et multa millia hominum ibidem interfecit. (Matth. Westmonast. Flor. histor., p. 236.)

4. In Nordhimbriam efferato properavit animo. (Alured. Beverlac. A7inal. de Gest. reg. Britann., lib. IX, p. 128, ed. Heavne.) — Tum rex Willelmus ingressus eam provinciam totam devastavit. (Chron. saxon., ed. Gibson, p. 174.)

les champs en culture comme les maisons, et massacrèrent les troupeaux de même que les hommes. Cette dévastation fut opérée avec une sorte d'étude et sur un plan régulier, afin que les braves du nord, trouvant leur pays inhabitable, fussent contraints de l'abandonner et de se disperser end autres lieux*. Ils se retirèrent, soit dans les montagnes qui tenaient leur nom de l'asile qu'y avaient jadis trouvé les Cambriens, soit à l'extrémité des côtes de l'est, dans des marécages impraticables et sur les dunes de l'Océan. Là ils se firent brigands et pirates contre l'étranger, et furent accusés, dans les proclamations du conquérant, de violer la paix publique et de se livrer à un genre de vie infâme ^. Les Normands entrèrent pour la seconde fois dans Durham, et leur sommeil n'y fut point troublé, comme l'avait été celui de Robert Comine.

Avant leur entrée dans cette ville, qui était pour eux la clef de tout le pays septentrional, l'évêque de Durham, Eghelwin, le même qui avait donné à Robert des avertissements si mal reçus, s'était réuni aux principaux habitants pour fuir ensemble et chercher un refuge aux extrémités du pays 3. Empor-

1. Jussit enim ira stimulante segetibus et pecoribus cum vasis et omni génère alimentorum repleri, et igné injecte penitus omnia simul comburi, et sic omiiem alimouiam per totam regionem transhumbranam pariter devastari. (Orderic. Vital. /7/^/. ecclesiast., apud tliat. normnnn. Script., p. 514.)

2. Cum adlmc in sua œrumna armis atque fuga auderent... in maritiraorum pra^sidiorum remotiora sese receperunt; inbonestas opes piratico latrocinio sibi contrabentes, (Willelm. Gemet. Hist.Normaiw., apud Script, rer. normann., p. 290.)

3. Danelmiensis autera episcopus Egehvinus et cœteri optimatcs,

tant avec eux les reliques de saint Cuthbert, comme un trésor national et comme leur sauvegarde contre l'ennemi, ils gagnèrent, à Tembouchure de la Tweed, l'île de Lindisfarne, qui, deux fois le jour, à la marée montante, est tout entière baignée par les eaux,, et deux fois, quand la mer est basse, se trouve rejointe à la terre ferme K La grande église de Durham, abandonnée de son clergé, devint l'asile des Saxons blessés, malades 'ou pauvres qui n'avaient pas eu le moyen de s'enfuir ; ils y couchaient sur la pierre au nombre de plusieurs centaines, épuisés de misère et de faim -.

L'armée conquérante, dont les corps détachés couvraient un espace de cent milles, traversa dans tous les sens ce territoire, pour la première fois envahi par elle, et les traces de son passage s'y imprimèrent profondément ^ De vieux historiens témoignent que, depuis l'Humber jusqu'à la Tyne, il ne resta pas une pièce de terre en culture, pas un seul village habité*. Les monastères qui avaient échappé

regem timentes, ne ipsi ciim cœteris morti traderentur... (Chron. Johann. Bromton, col. 966, éd. Selden.)

1. Alured. Beverlac. Annal, de Gest. rcg. Britann., lib. IX, p. 129, éd. Hearne.

2. Dunelmensis ecclesia; omui eustodia et ecclesiastico servitio destituta, spelunca erat pauperum^ et debilium, et fegrotantium, qui cum fiigere non poterant, illuc déclinantes ûime ac morbo deticiebant. (Simeon, Dunelm. Hist.^ apud Hist. anglic. Script., col. 199^ ed, Selden.)

3. Spatio centum milliariorara castra ejus diffunduntur. Plerosque gladio vindice ferit, aliorum latebras evertit. terras dévastât, et domos cum rébus omnibus concremat. (OrJieric. Vital, flist. ecclesiast., apud Hist. normann. Script., p. 514.)

4. Nusquam villa inhabitata. (Alured. Beverlac. Annal, de Gest. reg. Drilann., lib, IX, p. 128, ed, Hearne.) — Humus per sexaginta et eo

1070 aux ravages des païens danois, celui de Saint-Pierre auprès de la Wear, celui de Whitby, qu'habitaient des religieuses, furent profanés et incendiés*. Au sud du cours de l'Humber, selon les mêmes narrateurs, le ravage ne fut pas moins terrible. Ils disent qu'entre York et la mer orientale, tout être vivant fut mis à mort, depuis l'homme jusqu'à la bête^ tout, excepté ceux qui se réfugièrent à Beverlej, dans le monastère qui renfermait la tombe de saint Jean l'archevêque. C'était un saint de race anglosaxonne, et, à l'approche des conquérants, un grand nombre d'hommes et de femmes accoururent, avec ce qu'ils avaient de plus précieux, autour de l'église dédiée à leur bienheureux compatriote, afin que, se souvenant qu'il était né Saxon, il les protégeât, eux et leurs biens, contre la fureur de l'étranger^

Le camp des Normands était alors à sept milles de Beverley, et le bruit s'y répandit que l'église de Saint-Jean était le refuge des riches et le dépôt des richesses du pays. Quelques éclaireurs aventureux se

amplius milliaria oraniferiain inculta, nudura omnium solum usque ad hoc etiara tempus. (Willelm. Malmesb. de Gest. reg. angl.^ lib, III^ p. 103, éd. Savile.)

1 . Tune etiam monasterium Bedœ quod est in Girvum super ripam Wiri flurainis est combustura. {Chron. Johan. Bromton, apud Hist. anglic. Script., col. 966, éd. Selden.) — Simeon. Dunelm. Hist., apud ibid., col. 199.)

2. Ab homine usque ad pecus periit quicumque repertus est ab Eboraco usque ad mare orientale. (Alured. Beverlac. Annal, de Gest. reg. Britann., lib. IX, p. 129, éd. Hearne.)

3. ... Qui ad ecclesiam gloriosi confessoris beatissimi Joliannis archiepiscopi Beverlacum quasi ad unicum asilum confugeraut. (Ibid.) — Jean, d'abord moine à Beverley, puis éveque d'Hexam, et enfin archevêque d'York , honoré comme saint après sa mort , arrivée eu 721.

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