‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 7 sur 269 · LIVRE IV a · texte numérisé non relu

LIVRE IV a

duc Guillaume revint de son camp dupé par lui, loee chargé de présents et dévoué à sa causée Lorsqu'il parut devant les magistrats et les notables de la ville pour leur rendre compte de son message , une foule émue d'anxiété l'escortait et se pressait derrière lui. Son discours étrangement audacieux fut un éloge sans mesure du prétendant armé , où toutes les vertus royales lui étaient prêtées, et qui promettait en son nom paix, justice et obéissance aux vœux de la nation anglaise^. Ces paroles, si différentes des bruits répandus alors sur la dureté implacable du vainqueur de Hastings, loin de provoquer le cri de trahison, furent accueillies par la foule, sinon par les magistrats eux-mêmes, avec joie et confiance. 11 y eut pour le parti de la paix et du duc de Normandie un de ces entraînements populaires auxquels rien ne résiste et que le repentir suit trop tard. Peuple et magistrats furent d'accord et résolurent par acclamation qu'on devait, sans attendre rien de plus, porter au duc Guillaume les clefs de la ville ^ La cour du jeune roi Edgar, sans armée, sans libre

Obcœcat donis stolidum verbisque fefellit,

Prœmia promittens innumerosa sibi, Ille rétro rutilo gradïens oneratus ab auro, A quibus est missus talia dicta refert.

(Widonis Carmen de Hastingx prselio ; Chron. ançilonorm., t. III, p. 33.)

Rex vobis pacem dicit, profertque salutera, Vestris mandatis paret et absque dolis.

(Ibid.)

Annuit hoc vulgus, justum probat esse senatus, Et pne.-um regem cœtus uterque negat.

(Ibid., p. 34.)

12 CONQUÊTE DE I/ANGLETEBRE

1066 communication au dehors, était incapable de maîtriser les dispositions de la bourgeoisie, et de la forcer à courir les hasards d'une résistance désespérée. Ce gouvernement, né au milieu du désordre, et qui, malgré sa popularité, manquait des ressources les plus ordinaires, se vit contraint de déclarer qu'il n'existait plus. Le roi lui-même, accompagné des archevêques Stigand et Eldred, ef de Wulstan , évêque de Worcester, plusieurs chefs de haut rang et les premiers d'entre les bourgeois de Londres, vinrent au camp de Berkhamsted et y firent leur soumission. Ils livrèrent des otages au duc de Normandie, lui prêtèrent le serment de fidélité; et, en retour, le duc leur promit, sur sa foi, d'être pour eux un bon seigneur ^ . Alors il marcha vers Lon- ' dres, et, malgré ses promesses, laissa tout dévaster dans son chemin ^.

Sur la route de Berkhamsted à Londres, se trouvait un riche monastère, appelé l'abbaye de Saint- Alban, construit près des ruines d'une ancienne ville municipale romaine. En approchant des terres de ce couvent, Guillaume remarqua avec surprise de grands abatis d'arbres disposés pour intercepter le passage ou pour le rendre difficile.il fit venir devant lui l'abbé de Saint- Alban, Frithrik, l'un des hommes

1. Et obsides dedevunt, et jurarunt ei juraniento, et ille eis pi'omisit quod ipse volait eis tidus dominus esse. {Chron. saxon., Fragm. sub auno MLXVI, apud Gloss., ed, Lye, t. II, ad tinem.) — Willelm. Malmesb,, de Gest. reg. aiigl.^ lib. III, p. 102, ed. Savile.

2. Cum qiiibus et ipse fœdus pepigit, et nihilominus exercitui suo villas cremai-e et rapinas agere pei*misit. (Florent. Wigorn. Chron., p. f^34.) — Chron. saxon., Fragm. sub auno mlxvi, apud Gloss.^ ed, Lye, t. Il, ad ruicm.

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