LIVRE V
à témoigner leur affection pour l'église de Ganter- iqti burj, fille aînée de la papauté en Bretagne. Il établit 10-2 comme axiome que la loi devait découler d'où avait découlé la foi, et que de même que le pays de Kent était le sujet de Rome, parce qu'il en avait reçu le christianisme, par une raison semblable, le pays d'York devait être hiérarchiquement soumis à celui de Kent *.
Thomas, l'archevêque normand d'York, dont une pareille politique tendait à ruiner l'indépendance personnelle, fut assez peu dévoué à la cause de la conquête pour entreprendre de s'opposer à cette nouvelle institution 2. Il pria son collègue Lanfranc de citer quelques titres authentiques à l'appui de ses prétentions. C'était une demande embarrassante : mais le Lombard l'éluda, en assurant que les actes en bonne forme et les titres ne lui manqueraient point, si, par malheur, tout n'avait péri, quatre ans auparavant, dans l'incendie de son église ^. Cette réponse évasive termina le différend, grâce à certains avertissements officiels que reçut l'adversaire indiscret du confident du roi Guillaume : car on lui signifia que si, en vue de la paix et de l'unité du royaume, il ne se résignait pas à recevoir la loi de son collègue, et à reconnaître que le siège d'York n'avait jamais été régal de l'autre siège métropolitain, lui et tous
1. Sicut Cantia subjicitur Romœ, quoJ ex eà fidem accepit, ita Eboracuin subjiciatur Cantite. (Lanfraiiei Opéra, p. 378.)
2. <( Eboracensis ecclesige antistes adversura me palam mxirmuravit, clam detraxit... calumniam suscitavit. » (Lanfranci Epist., apud Wilkins^ Concilia Magnse Britannix, t. I, p. 326.)
3. In ea combustione atque abolitione quam nostra ecclesia ante quadriennium perpessa est. (Lanfranci Opéra, p. 302.)
1071 ses parents seraient bannis de l'Angleterre ^ Thomas
1072 n'insista plus, et fit son devoir de fidèle enfant de la conquête ; il renonça, entre les mains de Lanfranc, à tout le pouvoir que ses prédécesseurs avaient exercé au sud de l'Humber, et, faisant profession solennelle d'obéissance et de fidélité, ne garda plus que le nom d'archevêque : car Lanfranc, sous le titre de primat, en réunit seul tous les droits ^ Selon le langage des vainqueurs, il devint, par la grâce de Dieu, le père de toutes les églises, et, selon le langage des vaincus, toutes tombèrent sous son joug et furent ses tributaires ^ Il eft chassa qui il voulut ; il y mit des Normands, des Français, des Lorrains, des hommes de tous pays et de toutes races, pourvu qu'ils ne fussent pas Anglais ^\ et il est à remarquer que, dans la dépossession générale des anciens prélats" de l'Angleterre, on épargna les hommes de naissance étrangère naturalisés dans le pays. Tels étaient Hermann, Guis, et Walter ou Gautier, tous
1. Propter unitatem et pacem regni... suique et suorum omnium, tam de Anglia quam de Normannia; comminatus est expulsionem. (Thomœ Stiibbs Act. pontifie, eborac, apud Hist. anglic. Script., t. II, col. 1706, éd. Selden.)
2. Thomœ Rudborne Hist. major Wi^iton. ; Anglia sacra , t. I , p. 253. — Ab universis Aiigliœ episcopis, prins ab aliis sacratis professiones petiit et accepit. (Henrici Knyghton, de Event. angl., lib. !, apud Hist. anglic. Script., t. II, col. 2345, éd. Selden.)
3. Dispositione div-ina. (Lanfranci Opéra, p. 306.) — Omncs Angliœ subjugavit ecclesias... et nostram tributariam effecit. (Gervas. Cantuar. Iniag. de discordiis, etc., apud Hist. anglic. Script., 1. 11^ col. 1333, éd. Selden.)
4. Tantum tune anglicos abominât! snnt, ut... multo minus habiles alienigenaî de quacumque alla natione, quœ sub cœlo est, extitissent^ gratenter assumerentur. (Hist. Ingulf. Croyhmd , apud Ker. anglic. Script., t. I, p. 70, éd. Gale.)