‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 90 sur 269 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

trois Lorrains, qui conservèrent les évêches de lo-i Wells, de Sherborn et de Hereford. 1072

La plupart des évêchés et des abbajes furent employés, comme l'avaient été naguère les biens des riches, la liberté des pauvres et la beauté des femmes, à payer les dettes de la conquête. Un certain ; Rémi, ci-devant moine à Fécamp, reçut l'évêclié de Lincoln, pour un navire et vingt hommes d'armes qu'il avait amenés en 1066 au rendez-vous des troupes normandes *. Cet homme et les autres prélats venus d'outre-mer, comme un arrière-ban de milice, expulsèrent partout l'es moines qui, selon une coutume particulière à l'Angleterre, vivaient sur les domaines des églises épiscopales ; et le roi Guillaume les en remercia, pensant, dit un contemparain, que des moines de race anglaise ne pouvaient lui souhaiter que du mal ~. Une foule d'aventuriers qui n'avaient de clercs que le nom, vint fondre sur les prélatures, les archidiaconats, les doyennés de l'Angleterre '. Us y portèrent l'esprit de violence et de rapine, les airs hautains et méprisants du dominateur étranger ; beaucoup d'entre eux se rendirent célèbres par leur faste et leurs désordres, plusieurs par

1. Voyez 1. 1^ liv. III, p. 314. — Willeîra. Malmesb., de Gest. pontifie, angî.. lib. IV, apud Rer. anglic. Script. ^ p. 290^ éd. Savile. — Illnm (pontiticatum) a Willelmo, post rege facto, emerat. (Eadmeri Hisl. nov., p. 7, éd. Selden.)

2. Eadmeri Hlst. 7îod., p. 10, éd. Selden, — Monachorum anglicanorum sibi semper niaia imprecantium. {Hist. Ingulf. Croyland., apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 86, éd. Gale.)

3. Pro famulatii suo dabantnr a laicis episcopatus et abbatial, ecclesiarum prœpositurEe , archidiaconatus et decaniœ. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud^c/v'pf. rer. normann., p. 523.)

1071 des actions infâmes*. Robert de Limoges, évêque de

1072 Litchfield, pilla le monastère de Coventry ; il prit les chevaux et les meubles des religieux qui l'habitaient, ouvrit, par effraction, leurs cassettes, et finit par faire abattre leurs maisons, pour construire avec les matériaux un palais épiscopal, dont l'ameublement fut payé par la fonte des ornements d'or et d'ar gent qui décoraient l'église 2. Ce même Robert fit un décret pour interdire aux clercs saxons l'usage des aliments nourrissants et des livres instructifs, de crainte, dit l'historien, que la bonne nourriture et Ja science ne leur donnassent trop de force et de hardiesse contre leur évêque ^.

Les évêques normands dédaignèrent, presque tous, d'habiter, les anciens chefs-lieux des diocèses, qui , étaient, pour la plupart, de petites villes, et se transportèrent dans des lieux qui offraient plus de commodités pour le luxe et les jouissances de la vie : c'est ainsi que Coventry, Lincoln, Chester, Salisbury, Thedford, devinrent des villes épiscopales *. En général, les hommes d'église amenés par l'invasion furent pour l'Angleterre une nouvelle plaie, et leur

1. Lautitiarum appetentissimus... iino et ipso immani commisso infamis. (Willelm, Malmesb.^ de Gest. pontifie. anrjL, lib. V, apud Rer. anglic. Script., t. III, p. 377, éd. Gale.)

2. Arcas eorum fregisti, et eqiios et omnes proprietates quas habebant rapuisti, insuper domos eorum destruxisti. (Lanfranci Opéra, p, 315.) — De una trabe divitis ecclesiaî corrosit 500 marcas argenti. (Additam. ah hist. veterem Lichfeldenscm ; Anglia sacra, t. I, p. 445.)

3. Monachos loci illius agresti victu cibavit, et non nisi triviali litteratura permisit informari, ne deliciœ aut litterai redderent monachos contra episcopum elatos. (Henrici Knyghton, de Event. angl.^ lib. II, apud Hist. anglic. Script., t. II, col. 2352, éd. Selden.)

4. Lanfranci Opéra, p. 338. — Chron. saxon., éd. Gibson, in notis.

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