LIVRE V
tyrannie, qui atteignait les consciences, eut quelque ,071 chose de plus odieux que la force brutale des hommes io"72 d'épée ' . Quelquefois les abbés normands maniaient aussi répée, mais contre des moines sans armes, et plus d'un couvent anglais fut le théâtre d'exécutions militaires. Dans celui que gouvernait un certain Turauld ou Torauld, venu de Fécamp, l'abbé avait pour coutume de crier : A moi, mes hommes d'armes! toutes les fois que ses religieux lui résistaient en quelque point de discipline ecclésiastique. Ses exploits belliqueux devinrent même si célèbres, que le conquérant se crut obligé de l'en punir, et que, par un genre de châtiment bizarre, il l'envoya régir le couvent de Peterborough, dans la province de Northampton, poste dangereux à cause du voisinage du camp de refuge des Saxons, mais fort convenable, disait Guillaume, pour un abbé si bon soldat ^ Délivrés de ce chef redoutable, les moines n'en furent pas plus heureux; car ils reçurent à sa place un certain Guérin de Lire, qui, selon les paroles d'un ancien récit, prit dans leurs bourses jusqu'au dernier écu, pour se faire un renom auprès de ceux qui naguère l'avaient vu pauvre ^ Ce Guérin fit déterrer de l'église les cadavres des abbés de race
1. Stipendiarii^ non monachi, sed tyranni... intrudebantur. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann p. 523.)
2. Quia magis se agit militem quam abbatem. (Willelm. Malmesb., de Gest. pontifie, angl., lib. V, apud Rer. anglic. Script., t. III, p. 372, éd. Gale.)
3. Idoneus monachornm marsupia evaciiare, undecunque auramos rapere... ut... apud eos, qui eum olim pauperem vidissent, compavaret jactantiam. (Ibid.)
1071 anglaise, ses prédécesseurs, et jeter leurs ossements
1072 hors des portes K
Pendant que de pareils actes avaient lieu en Angleterre, la renommée allait publiant au dehors, par la plume des clercs salariés, ou qui souhaitaient de rètre, que Guillaume le puissant, le victorieux, le pieux, civilisait ce pajs, jusque-là barbare, et y ranimait le christianisme, auparavant fort négligé ^. La vérité, toutefois, ne fut pas entièrement étouffée : les plaintes des opprimés parvinrent même jusqu'à Rome; et, dans cette cour romaine que les historiens du temps accusent d'être si vénale ^ il se trouva quelques hommes consciencieux qui dénoncèrent la révolution opérée en Angleterre comme odieuse et contraire aux lois ecclésiastiques. La dégradation en masse des évêques et des principaux abbés saxons et l'intrusion des Normands furent vivement blâmées \ Mais la mort d'Alexandre II, et l'avènement, sous le nom de Grégoire VU, de cet archidiacre Hildebrand qui, ainsi qu'on l'a vu
1. Omnia (ossa) conglobata, vel ut acewiun ruderum... ecclesiœ fôribus alienavit. (Willelm. Malmesb., de Vit a Adiielmi episcopi scireburnensis; Anglia sacra, t. Il, p. 142.)
2. ... Cujus (insnlaî) rex efifectus (Willelmus) bavbarosilliiis mitigavit mores, cultumque cbristianœ religionis, qui in oa modicus erat, ampliavit. {Historise francivx Fragm., apudScnpi. rer. Gallic. et francic, t. XI, p. 162.)
3. Cura fama... Romanos nota cupiditatis asperserit. (Radulphi de Diceto Iinag. histor., apud Script, rer. gallic. et francic, t. XIII, p. 202.)
4. Prisci abbates, quos canonicie leges non damnabant, seculnris comminatione potcstatis terrebautnr; et sine synodali discussione de radibns suis injuste fiigabantuv. (Orderic. Vital. IJist. ecclcsiast., lib. IV, apud Script, rer. normatm., p. 523.) — Eadmcvi Hist. noi\, p. 0 et 7, el. Sclden.