LIVRE V
« Beaucoup de motifs m'engagent à fuir les digni- ,o:, a tés et le pouvoir ecclésiastiques ; je ne les énoncerai ,0^72 • « point tous. Je dirai seulement que je ne conçois pas M de quelle manière il me serait possible d'être dic( gnement le chef religieux d'hommes dont je ne (( connais ni les mœurs ni la langue, et dont les a pères, les frères, les amis, sont morts sous votre c( épée, ou sont déshérités, bannis, emprisonnés, « durement asservis par vous '. Parcourez les saintes « Écritures, voyez si quelque loi y tolère que le pasce teur du troupeau de Dieu lui soit imposé violem- « ment par le choix d'un ennemi. Ce que vous avez c( ravi par la guerre, au prix du sang de tant d'hom- « mes, pourriez - vous sans péché le partager avec c( moi, avec ceux qui, comme moi, ont juré mépris c( au monde, et, pour l'amour du Christ, se sont « dépouillés de leurs propres biens? C'est la loi de « tous les religieux que de s'abstenir de rapines, et « de n'accepter aucune part de butin, même comme « offrande à l'autel; car, ainsi que le disent les Écri- « tures, celui qui offre en sacrifice le bien des pauc( vres fait comme s'il immolait le fils en présence de a son père '-. Quand je- me rappelle ces préceptes dic( vins, je me sens troublé de frayeur ; votre Anglece terre me semble une vaste proie, et je crains de la c( toucher, elle et ses trésors, à l'égal d'un brasier c( ardent^... »
1. « ... Quorum patres charosque parentes et amicos occiditis gladio, vel exlueredatos opprimitis exilio, vel carcere indebito^ vel intolerabili servitio. » (Orderic. Vital. Hist ecclesiast.^lïh. IV, apud Script, rer. normann., p, 524.)
2. (( Omnium religiosorum lex est a rapinis abstinere. » (Ibid.)
3. '( Totam Angliam quasi amplissimam proîclam dijudico, ipsani-
*Y* Le moine de Saint-Leufroi repassa la mer et re- ^^'"^ tourna au fond de son cloître ; mais le bruit se réjDandit bientôt qu'il avait exalté la pauvreté des religieux au-dessus de la riches.-e des prélats, et nommé rapine, à la face du roi et de ses barons, l'acquisition de l'Angleterre ; qu'enfin il avait traité de ravisseurs et d'intrus tous les évêques et les abbés installés dans ce pays contre la volonté des' Anglaise Ses paroles déplurent à beaucoup de gens qui, ne se souciant pas de l'imiter, le calomnièrent et firent tant par leurs intrigues, qu'ils le contraignirent à quitter le pays. Guimond se rendit à Rome, et de là en Apulie, dans l'une des villes conquises et possédées par les Normands ^
La haine que le clergé de la conquête portait aux indigènes de l'Angleterre s'étendit jusijue sur les saints de race anglaise, et dans plus d'un lieu leurs tombeaux furent ouverts et leurs ossements dispersés ^. Tout ce qui avait été anciennement un objet de vénération dans le pays fut regardé, par les nouveaux venus, comme vil et méprisable*. Mais l'aver-
que, cnm gazis suis, velut igiiem avdentem, contingere formido. » (Ordevic. Vital. Hist. ecclesiast. ^lih. IV, apud Script, rer. nor7nann.\ p. 525.)
1. ... Quod obtentum Angliœ, in prœsentia régis et optimatuni ejus, rapliiam appellavorlt, et quod omues episcopos vel aLbates qui, nolentibus Angiis, lu ecclesiis Angliœ prielati sunt, rapacitatis redarguerit. (Ibid., p. 526.)