‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 100 sur 268 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Les lois d'Edward furent publiées, mais le temps io7i d'Edward ne revint pas pour l'Angleterre, et les iotq chefs du mouvement patriotique éprouvèrent les premiers le peu de valeur de cette concession. Du moment que leur ligue fut dissoute, ils se virent persécutés à outrance par le pouvoir qu'ils avaient contraint de capituler avec eux*. L'évêque "Walter s'enfuit dans le pays de Galles; les soldats normands eurent ordre de le poursuivre jusque dans ce pays, sur lequel ne s'étendait point la domination du roi Guillaume ; mais il leur échappa, à la faveur des forêts et des montagnes^. Le roi Edgar, s'apercevant qu'on lui dressait des pièges, prit de nouveau la fuite vers l'Ecosse. Quant à l'évêque Wulfstan, homme faible d'esprit et de caractère, il donna toutes les sûretés qu'on exigeait de lui, et de cette manière il trouva grâce auprès du conquérant; il offrit à l'abbé de Saint-Alban d'obtenir au même prix son pardon, mais Frithrik fut plus fier 3. Il assembla tous ses moines dans la salle du chapitre, et, prenant congé d'eux avec émotion : « Mes frères, mes amis, « leur dit-il, voici le moment où, selon les paroles de « l'Écriture sainte, il nous faut fuir de ville en ville « devant la face de nos persécuteurs*. » Emportant

1. Tyrannus inexorabilis, quos non poterat confœderatos et congrcgatos superare, singulos disperses ac seraotos... studuit... infestave... et subpeditare. (Mattli. Paris. Vilse abbalum S. Albani, t. I, 0. 48.)

2. ... In abditis Walliaj vix tutus latitavit. (Ibid., p. 49.)

3. Et, cum posset ipsum Wulfstanus... régi vel arcbiepiscopo pacifcare, ipse abbas nolens ei credere. (Matth. Paris. VUx abbalum S. Albani, t. I, p. 49.)

4. « Fratres ac filii... fugienduni est a facie pcrsequentium, a civitate in civitatera. » (Ibid.)

,071 avec lui quelques provisions et des livres, il gagna io« secrètement l'île d'Ely et le camp du Refuge, où il mourut peu de temps après ^

Le roi Guillaume, irrité de cette fuite d'un homme qu'il croyait dangereux, tourna toute sa fureur con^ tre le monastère de Saint-Alban. Il en saisit les domaines, en fit arracher les forêts, et résolut de le détruire de fond en comble'^. Mais le primat Lanfr.mc lui en fit des reproches, et, à force d'instances, obtint de lui la conservation du couvent et la permission d'y mettre un abbé de son choix. Lanfranc avait amené en Angleterre un jeune homme appelé Paul, qui passait pour être son fils ; c'est à lui qu'il conféra l'abbaye vacante 3. Le premier acte administratif du nouvel abbé fut de démolir les tombeaux de tous ses prédécesseurs, qu'il qualifiait de brutes et d'idiots parce qu'ils étaient de race anglaise *■. Paul fit venir de Normandie ses parents, et leur distribua les offices et une partie des biens de son église - : « Ils « étaient tous, dit l'ancien historien, sans la moindre « culture littéraire, et de mœurs ignobles à tel point (' qu'on ne saurait l'écrire^ . »

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