II
royaume d'Angleterre, s'écriaient à leur tour les Saxons : il en a massacré injustement les héritiers légitimes, ou les a contraints de s'expatrier*. — Et ceux qui sont venus à sa suite ou à son aide, répliquaient les gens d'outre-mer, ceux qui l'ont élevé plus haut que pas un de ses devanciers, il ne les a point honorés comme il le devait; il est ingrat envers les braves qui ont versé leur sang à son service 2. Que nous a-t-il donné à nous, vainqueurs et couverts de blessures? des fonds de terres stériles et dévastés ; et encore, dès qu'il voit nos fiefs s'améliorer, il nous les enlève ouïes diminue '. — C'est vrai, c'est la vérité ! s'écriaient tumultueusement tous les convives ; il est en haine a à tous, et sa mort réjouirait beaucoup d'hommes *. » Après ces propos, jetés d'une manière confuse, l'un des deux comtes normands se leva, et s'adressant à Waltheof : « Homme de cœur, lui dit-il, voici « le moment ; voici, pour toi, l'heure de la ven- « geance et de la fortune ^. Unis-toi seulement à « nous, et nous rétablirons, en toutes choses, le « royaume d'Angleterre comme il était au temps du « roi Edward. L'un de nous trois sera roi, les deux « autres commanderont sous lui, et toutes les sei-
1. « Nobile regiium Angliœ temere invasit, genuinos hœvedes in juste trucidavit^ vel in exilium criideliter i-epulit. » (Orderic. Vital Hist. ecelesiast., lib. IV, apud Sciipt. rer. normann., p. 534.)
2. « Suos quoque adjutores, per quos super omne ge'.us sniim sublimatus est... » (Ibid.)
3. « Vulneratis victoribus stériles fundos et... desolatos .. postinodum restaurâtes^ avaritia cogeute, abstulit seu niiinjravit. » (Ibid.)
4. « Omnibus igitur est odio, et, si periret, multis esset gaudio. » (Ibid.)