LIVRE V
« tant de richesses, en vertu de mon autorité cano- m* « nique je te maudis, t'excommunie, et t'exclus du « seuil de l'église et de la compagnie des fidèles *. »
Lanfranc écrivit aussi au roi, en Normandie, pour lui annoncer cette révolte et l'espérance qu'il avait d'j mettre fin promptement. « Ce serait avec plaisir, « lui disait-il, et comme un envoyé de Dieu même, « que nous vous verrions au milieu de nous. Ne vous « hâtez cependant pas de traverser la mer; car es « serait nous faire honte que de venir nous aider à « détruire une poignée de traîtres et de brigands '. » La première de ces épithètes paraît avoir été destinée aux Normands qui suivaient le comte Roger, et la seconde aux Saxons qui se trouvaient en assez grand nombre dans l'armée de Raulf de Gaël, campée auprès de Cambridge, ou bien qui, encouragés par la présence de cette armée, commençaient à s'agiter dans les villes maritimes de l'est, et à renouer avec les Danois leurs anciennes négociations ^
Le roi de Danemark promit, encore une fois, d'envoyer contre le roi Guillaume des troupes de débarquement; mais avant l'arrivée de ce secours, l'armée du comte de Norfolk fut attaquée, avec des
1. « Te et omnes adjutores tuos, maledixi et excommunicayi, atque a liminibiis sanctîe ecclesife et cousortio fidelium separavi. » (Lanfranci Opéra, p. 321.)
2. « Libenter vos videremus, sicut angelum Dei... Magnum nobis dedecus faceretis si, pro talibus perjuris et latronibus vinceudis^ al nos veniretis. » (Ibid., p. 317.)
3. ... Conjurata rebellio per regiones Anglipe subito erupit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast.,\ïb.IV^ apud Scrîpi. rer. normann., -p. 535.) — Communiter ad regem Danorum nimcios dirigentes. (Jlatth. Paris., t. I, p. 9.)
1071 forces supérieures, par Eudes, évêque de Bajeux; Geoffroy, évêque de Coutances, et le comte Guillaume de Garenne. La bataille se donna dans un lieu que les anciens historiens nomment Fagadon*. Les conjuras normands et saxons y furent complètement défaits, et l'on raconte que les vainqueurs coupèrent le pied droit à tous leurs prisonniers , de quelque nation et de quelque rang qu'ils fussent '^. Raulf de Gaël s'échappa et courut se renfermer dans sa citadelle de Norwich; puis il s'embarqua pour aller chercher du secours auprès de ses amis en Basse-Bretagne, et laissa le château à la garde de sa nouvelle épouse et de ses vassaux '. La fille de Guillaume, fils d'Osbern, opposa une longue résistance aux attaques des officiers royaux, et ne capitula que quand elle y fut contrainte par la famine \ Les hommes d'armes qui défendaient la forteresse de Norwich se rendirent, sous condition d'avoir la vie sauve s'ils quittaient l'Angleterre dans le délai do quarante jours ^ « Gloire à Dieu au plus haut djs « cieux , écrivit alors le primat Lanfranc au roi « Guillaume, votre royaume est enfin purgé de Vor- 0 dure de ces Bretons ^. » En effet, beaucoup d"aommes de cette nation, qui étaient venus comme
1. ... In campo qui Fagaduna dicitur. (Orderic. Vital. Hisl, ecck' siast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 535.)
2. Cujuscumque conditionis sint, dextrum pedem, ut notificentur^ amputant. (Ibid.)