‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 132 sur 268 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

donjons normands *. « On a voulu, dit un contem- 1075 « porain, effacer sa mémoire de ce monde ; mais on 1075 « n'y a pas réussi, car nous croyons fermement « qu'il est au ciel avec les bienheureux-. » Le bruit courut parmi les serfs et les bourgeois de l'Angleterre qu'après quinze jours, le corps du dernier chef de race anglaise, enlevé par les moines de Croyland, avait paru intact et arrosé de sang frais*. D'autres miracles, propagés de même par la superstition patriotique, s'opérèrent, dit-on, près du tombeau de Waltheof, dressé, avec la permission du roi, dans le chapitre de l'abbaye dont il avait été le bienfaiteur*. La nouvelle de ces prodiges effraya l'épouse normande du chef décapité. Pour apaiser l'âme de celui qu'elle avait trahi, et dont elle avait causé la mort, elle se rendit à Croyland, au tombeau de Waltheof, et offrit un drap de soie qu'elle posa sur la pierre du sépulcre. Les chroniques du temps racontent qu'un bras invisible repoussa son offrande, qu'on vit la pièce d'étoffe soulevée et jetée au loin, comme par un violent coup de vent ^

\. OrderJc. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. nor- »la)l)^., p. 537. — Cœdes Walthiofi iarli, cap. ci ; Snorre's Heiimkringla,

2. ... Cujus memoriam volueriint in terra delere, sed creditur vere iUiim, cum saiictis, in cœlo gaudere. (Florent. Wigoru. Chron., [,. 039.)

3. Orderic. Vital., Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Srjpï. rer. norniann., p. 537.

4. Permissu régis... abbas... in capitulo monacborum reverenter sepelivit. (Ibid.) — Quorum auditis rumoribus Angli lœtati sunt. (Vita et passio Waldevi comitis ; Chron. anglo-norm., t. II, p. 119.)

5. Uxor sua... audiens Christi magnalia,ad tumulum viri sui accessit, et... pallium... sericum... quod, quasi manibus alicujus rejectum fuisset, longius a tumulo resiluit. (Hist. Ingulf, Croyland.,

1075 L'abbé de Crojland, Wulfketel, Anglais de race, 1*76 se hâta de publier ces faits miraculeux, et les prêcha en langue saxonne aux visiteurs de son couvent. Mais l'autorité normande ne le laissa pas longtemps faire en paix ses prédications*, et il fut accusé d'idolâtrie devant un concile tenu à Londres ^ Les évêques et les comtes assemblés le dégradèrent de sa dignité ecclésiastique, et l'envoyèrent, comme simple reclus, au couvent de Glastonburj, gouverné par un Normand appelé Toustain, renommé, entre tous les abbés de la conquête, pour son naturel dur et féroce *. Ce châtiment ne découragea point la superstition populaire : fondée sur des regrets nationaux, elle ne s'éteignit qu'avec ces regrets, quand les fils des Saxons eurent oublié la vieille cause pour laquelle avaient souffert leurs aïeux. Mais ce temps ne vint pas aussi vite que l'eussent désiré les conquérants, et quarante années après la mort de Waltheof, lorsque le gouvernement du monastère de Crojland avait déjà passé, par une succession d'abbés étrangers, sous l'autorité d'un certain Geoffroy, venu de la ville d'Orléans, les miracles recommencèrent à s'opérer sur le tombeau du dernier chef

apud Rer. anrjlic. Script., 1. 1, p. 72, éd. Gale.) — Venit Croilandiam ad tumulnm ejus pannum sericum deferens ; qiiem cnra super sepulchrum illius obtulisset... velut venti vehementis impulsu longius est projectus. (Vita et passio Waldevi comitis; Chron. anglo-norm., t. H, p. 118.)

1. Unde Nonnanni, nimium indignati, (^Hist. Ingulf. Croyland., apua Rer. anglic. Sript., t. I, p. 73, éd. Gale.)

2. Ad proximum concilium, Londoniis... summonitum... de ido latria... accusant. (Ibid.)

3. ... Glastoniœ, sub cruentissimo tum abbate Thorstano, procul a QOtis et a sua patria... (Ibid.)

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