‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 147 sur 268 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

rachetèrent leur vie qu'en abandonnant tout ce ios9 qu'ils possédaient *. L'évèque Eudes pilla l'église de Durham, et enleva ce qui restait des ornements sacrés qu'Eghelwin avait sauvés en les transportant dans l'île de Lindisfarn *. Il renouvela dans tout le Nortliumberland les ravages que son frère y avait faits en l'année 1070; et c'est cette seconde dévastation qui, ajoutée à la première , imprima aux contrées du nord de l'Angleterre l'aspect de désolation et de tristesse qu'elles présentaient encore plus d'un siècle après '. « Ainsi, dit un historien posté- « rieur de soixante- dix années, furent tranchés les « nerfs de cette province, jadis si florissante. Ces « villes autrefois renommées, ces hautes tours qui « menaçaient le ciel, ces campagnes riantes de pâtu- « rages et arrosées d'eaux vives, l'étranger qui les « voit gémit de pitié, l'ancien habitant ne les recon- « naît plus *. »

Dans ce pays tout ruiné qu'il était, la population, demi-saxonne, demi-danoise, garda longtemps son ancien esprit d'indépendance et de fierté un peu sauvage. Les rois normands successeurs du bâtard habitaient en pleine sûreté les provinces méridio-

praeceperunt debilitari. (Simeon. Dunelm. Hist. dunehn. eccles., lib. III, apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 48, éd. Selden.)

1. Nonnullis ut salutem et vitam pretio redimerent, crimen falso imponebatur. (Ibid.)

2 Qufedam ex ornamentis ecclesiœ... abstulit, (Ibid.) — Voyez livre IV, p. 88 et 89.

3. Ut provincias illius reliquias, quse aliquantum respiraverant, funditus extermiiiaret. (Willelm. Malmesb., de Gest. pontifie, anyl., lib. m, apirl fier, anglic. Script., p. 277, éd. Savile.)

4. Si qiiis modo videt peregrinus, iiigemit; si quis,.. vêtus incola. Bon agnoscit. (Ibid., p. 103.)

1080 nales ; mais ce n'était guère sans appréhension qu'ils voyageaient au delà de l'Humber, et un historien de la fin du douzième siècle assure qu'ils ne visitaient jamais cette partie de leur royaume sans conduire avec eux une armée de soldats aguerris'. C'est dans le nord que se conserva le plus longtemps le penchant à la rébellion contre l'ordre social établi par la conquête ; c'est là que se recrutèrent encore pendant plus de deux siècles ces bandes à'outlatvs , successeurs politiques des réfugiés du camp d'Elj et des compagnons de Hereward. L'histoire ne les a point compris ; elle les passe sous silence, ou bien, suivant le langage des actes légaux du temps, elle les flétrit d'un nom qui écarte d'eux tout intérêt, du nom de séditieux, de voleurs et de bandits. Mais que ces titres, odieux en apparence, ne nous en imposent point ; dans tout pays subjugué par l'étranger, ils furent ceux des braves qui, en petit nombre, se réfugièrent sur les montagnes et dans les forêts, laissant l'habitation des villes à qui supportait l'esclavage*. Si le peuple anglo-saxon n'eut pas le courage de suivre cet exemple, il aima du moins ceux qui le lui donnaient et il les accompagna de ses vœux. Pendant que des ordonnances, rédigées en

1. Rex... si quando partes illas regni adit, nonnisi magno ausiliatorum comitatu vadit. (Willelm. Malmesb., de Gest. pontifie, angl., lib. m, prolog., apud Rer. anglic. Script., p. 4S8, éd. Savile.)

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