LIVRE VI 21b
contre le pouvoir de celui qu'ils qualifiaient haute- joso ment d'intrus K L'abbé, par esprit national, ou par im fantaisie de despotisme, voulait que ces moines saxons apprissent à chanter les offices d'après la méthode d'un musicien fameux dans la ville de Fécamp, et les Saxons, autant par haine de la musique normande que par habitude, tenaient au chant grégorien'^. Ils reçurent plusieurs fois l'injonction d'y renoncer, ainsi qu'à d'autres anciens usages; mais ils résistèrent jusqu'au point de déclarer un jour, en plein chapitre, leur ferme résolution de ne pas changer *. Le Normand se leva furieux, sortit, et revint aussitôt à la tête d'une compagnie de gens armés de toutes pièces *.
A cette vue, les moines s'enfuirent vers l'église, et i-'^i se réfugièrent dans le chœur, dont ils eurent le temps de fermer la porte ^. Les soldats qui les poursuivaient, se trouvant arrêtés, essayèrent de la forcer. Pendant ce temps, quelques-uns d'entre eux escaladèrent les piliers, et, se plaçant sur les solives qui couronnaient la clôture du chœur, commencèrent l'attaque de loin et à coups de flèches '^. Les moines, réfugiés près du maître-autel, se glissaient
1. Monachos in victnalibus miserabiliter tractare, liinc lites verboruni, aiiimorum discordia! quia, ut ait Lucanus, nescit plèbes jejuna tiinere. (Willelm. Malmesb., de Gest. pontifie, angh, lib. II, apud Rer. anglic. Script., p. 254, éd. Savile.)
2. Ut cnjusdam Willelmi Fiscanensis eaiitum discevent et cantarent. (Willelm. Malmesb,, de Antiquit. gîaston. eccles., apud Rer. anglic. Script., t. III, p. 331, éd. Gale.)