‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 162 sur 268 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

le détenteur, quoique Normand, ne put ou ne voulut »o8o pas rendre compte *. «ose

Une autre prétention de sa part, c'était que chaque domaine qui avait payé au roi Edward quelque rente ou quelque service, lui payât, bien qu'il fût tenu par un Normand , la même rente ou le même service. Cette prétention, fondée sur une succession aux droits d'un roi anglais, que ne pouvaient admettre ceux qui avaient déshérité la race anglaise, fut d'abord mal accueillie par les conquérants. La franchise d'impôts ou de service d'argent, hors quelques contributions volontaires, leur paraissait la prérogative inviolable de leur victoire, et ils regardaient la condition de contribuables par coutume comme l'état spécial de la nation subjuguée*. Plusieurs résistèrent aux réclamations du roi, dédaignant de se voir imposer des servitudes personnelles pour la terre qu'ils avaient conquise. Mais il y en eut qui se soumirent; et leur complaisance, soit volontaire, soit achetée par le roi Guillaume, énerva l'opposition des autres. Raoul de Courbespines refusa longtemps de payer aucune redevance pour les maisons qu'il avait prises dans la ville de Canterbury, et Hugues de Montfort pour les terres qu'il occupait dans la province d'Essex*. Ces deux chefs pouvaient

1. Rationare, derationare , reddere rationem. (Domesday-book , passim.)

2. Consuetudo, custuma, custumarii, cousiumes. Ce mot subsiste dans la langue anglaise moderne.

3. Radulfus de Curbespine habet iv mansuras de quibus est saca et soca régis, sed usque nunc non habuit. (Domesday-buok, vol. I, fol. 2, recto.) — Huic manerio adjacebant iv liberi homines de ivhidis, T. R. E. reddentes coiisuetudinem. Modo tenet Robertns filins

1080 être fiers impunément ; mais la fierté des hommes M)86 moins puissants et moins considérables fut quelquefois durement punie. Un certain Osbern, dit le Pêcheur, n'ayant point voulu acquitter la rente que sa portion de terre payait anciennement au roi Edward, comme dépendant de son domaine, fut exproprié par les agents royaux, et sa terre ofi"erte à qui voudrait payer pour lui : Raoul Taille-Bois paya, dit le grand rôle, et prit possession du domaine comme forfait par Osbern le Pêcheur '.

Le roi tâchait aussi de lever sur ses propres compatriotes, dans les villes et les terres de son domaine, l'impôt anciennement établi par la loi saxonne. Quant aux Anglais de ces villes et de ces domaines, outre cet impôt rigoureusement exigé au nom de la coutume du lieu, et souvent doublé ou triplé, ils étaient encore soumis à une redevance éventuelle, arbitraire, inégale, levée capricieusement et durement, que les Normands appelaient taille ou taillage"^. Le grand rôle donne l'état des bourgeois taillables du roi par cités, par villes et par bourgs : «Voici les bourgeois du roi à Colchester* : « c'est Keolman, qui tient une maison et cinq « acres de terre ; Leofwin, qui tient deux maisons «et vingt-cinq acres; Ulfrik, Edwin, Wulfstan, « Manwn, etc. » Les chefs et les soldats normands

Corbutionis... et Hugo de Monteforti... et non reddiderunt consuetudinem ex quo eas liabuerunt. (Domesday-book, vol. Il, p. 2 et seq.)

1. Osbernus piscator... sed... ille gabliun de bac terra dare noluit, et Radulfus Taillgebosc gablum dédit et pro forisfacto ipsam terram sumpsit. (Ibid.^ voL I, fol. 316, verso.)

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