‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 170 sur 268 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

toute différente de celles qui s'y étaient mêlées jus- lose que-là. Les Normands, réunis par un exil commun lose et une hospitalité commune aux Anglais qui naguère avaient fui devant eux, devinrent, sous une bannière nouvelle, leurs compagnons et leurs frères d'armes. L'égalité régna au delà du cours de la Tweed entre deux races d'hommes qui, en deçà du même fleuve, étaient de condition si différente; il se fit rapidement des uns aux autres un échange mutuel de mœurs et même de Tangage, et le souvenir de la diversité d'origine ne divisa point leurs fils, parce qu'il ne s'y mêlait aucun souvenir d'injure ni d'oppression étrangère.

Pendant que les conquérants s'occupaient ainsi loss à régler leurs affaires intérieures, ils furent subitement troublés par une alarme venant du dehors. Le bruit se répandit que mille vaisseaux danois, soixante vaisseaux norvégiens et cent vaisseaux de Flandre, fournis par Robert le Frison, nouveau duc de ce pays, et ennemi des Normands, se rassemblaient dans le golfe de Lymfiord, pour descendre en Angleterre et délivrer le peuple anglo-saxon*. Les rois de Danemark, qui, tant de fois depuis vingt années, avaient successivement flatté et trahi les espérances de ce peuple, ne pouvaient, à ce qu'il paraît, se résoudre à l'abandonner entièrement. L'insurrection qui, en 1080, causa la mort de l'évè-

1. Rumore expeditionis eorum Britanniam usque velitîcante... ut gentem nobilissimam pristinœ libertati restituèrent. (Ilist. S. Canuti régis, apud Script, ver. danic., t. III, p. 348 et 349.) — Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib VII, apud Scripl. rer. normann., p. 649. — Florent. Wigorn. Chron., p. 641.

que de Durham semble avoir été encouragée par l'attente d'un débarquement des hommes du Nord; car on trouve les mots suivants dans les dépêches officielles adressées alors à cet évêque : « Les Danois « viennent : faites garnir avec soin vos châteaux de «munitions et d'armes ^» Les Danois ne vinrent pas, et peut-être les précautions extraordinairement recommandées à cause d'eux à l'évêque Vaulcher furent-elles la cause du peu de succès du soulèvement où il périt.

Mais cette fausse alarme n'était rien auprès de celle qui se répandit en Angleterre dans l'année 1083. La plus grande partie des forces normandes fut promptement dirigée vers l'est ; on plaça des postes sur les côtes; on mit des croisières en mer; on entoura de nouveaux ouvrages les forteresses récemment bâties, et l'on releva les murs des anciennes villes démantelées par les conquérants'^. Le roi Guillaume fit publier en grande hâte par toute la Gaule le ban qu'il avait proclamé, vingt années auparavant, sur le point de passer le détroit. Il promit solde et récompense à tout cavalier ou piéton qui voudrait s'enrôler à son service. Il en arriva de toutes parts un nombre immense. Tous les pays qui avaient fourni des troupes d'invasion pour exécuter la conquête fournirent des garnisons pour la défendre'. Les

1. « Dani... rêvera veniunt : castruni itaque vestrum hominibus et armis et alimentis vigilant! cura munira facile. » (Laufranci Opéra, p. 314.)

2. Hist. S. Canuti régis, apud Scripl. rer. demie, t. lU, p. 348 et seq.

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