‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 181 sur 268 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

naire, des témoins assermentés répondaient sur les ,087 faits, et les juges décidaient du droit*. Le changement de ces usages nationaux ne date que de la conquête normande. C'est le Conquérant qui, brisant les anciennes pratiques d'égalité civile, donna pouvoir aux membres du haut clergé d'Angleterre de tenir un tribunal dans leur propre maison, et de disposer de la force publique pour y traîner les justiciables^; il soumit ainsi la puissance royale à l'obligation de faire exécuter les arrêts rendus par la puissance ecclésiastique en vertu d'une législation qui n'était pas celle du pays. Guillaume imposa cette gêne à ses successeurs, sciemment et volontairement, par politique et non par dévotion ou par crainte de ses évêques, qui lui étaient tous dévoués '. La crainte du pape Grégoire VII n'influa pas davantage sur cette détermination. Car, malgré les services que lui avait rendus autrefois la cour de Rome, le roi normand savait repousser durement ses requêtes quand elles ne lui convenaient pas. Le ton d'une de ses lettres à Grégoire montre avec quelle liberté d'esprit il envisageait les prétentions pontificales et ses propres engagements envers l'É-

1. Hasbbe man thriwa on gear burligemote and twa scyregemote; and thosr scyregemote bisceop and se ealdorman, and thœr œgter tEecon ge godes rihte ge woruldes rilite. {Leges Edgari régis, cap. v; Seldeni notae ad Eadmeri Hist. nov., p. 166.)

2. Quicumque secundum episcopales leges, de quacumque causa Vel culpa interpellatus fuerit , ad locum quem ad hoc episcopus elegerit et nominaverit, veniat. (Cbarta Wilielmi rpgis ; Seldeni notaî ad Eadmeri Hist. nov., p. 167.)

3. Curialis nimis et aulicus... pro famulatu suo... stipendiarii... (Matth. Paris. Vitœ abbatum S. Albani, t. I, p. 47.) — Orderic. Vital, Eist. ecclesiasl., passim, apud Scrivt. i-er. normann.

glise romaine. Le pape avait à se plaindre de quelque retard dans le payement du denier de saint Pierre, stipulé par le traité d'alliance conclu à Rome en l'année 1066 ; il écrivit pour rappeler à Guillaume cette stipulation, et l'argent fut aussitôt envoyé. Mais ce n'était pas tout; en levant contre les Anglais la bannière du saint-siége, le Conquérant semblait s'être reconnu vassal de l'Église, et Grégoire, s'autorisant de ce fait, n'hésita pas à le sommer de faire hommage de sa conquête, et de prêter le serment de foi et de vasselage entre les mains d'un cardinal. Guillaume répondit en ces termes : « Ton légat m'a « requis, de ta part, d'envoyer de l'argent à l'Église « romaine et de jurer fidélité à toi et à tes succes- « seurs : j'ai admis la première de ces demandes; « pour la seconde, je ne l'admets ni ne veux l'ad- « mettre. Je ne veux point te jurer fidélité, parce que « je ne l'ai point promis, et qu'aucun de mes préce décesseurs n'a juré fidélité aux tiens *. »

En terminant le récit des événements que le lecteur vient de parcourir, les chroniqueurs de race anglaise se livrent à des regrets vifs et touchants sur les misères de leur nation. « Il n'y a point à en « douter, s'écrient les uns. Dieu ne veut plus que « nous soyons un peuple, que nous ayons l'honneur « et la sécurité ^. » D'autres se plaignent de ce que

1. Unum admisi, alterum non adniisi. Fidelitatem facere noiui nec volo, quia nec ego promisi... (Seldeni notœ ad Eadmeri Hisl. nov., p. 164.)

2. Salutem et lionorem genti Anglorum... abstulerit, etjam populum non esse jusserit. {Citron. Johan. Bromton, apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 984, éd. SeldeuJ — Mattli. Westmouast. Flor. histor., p. 229.)

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