LIVRE VII
venant de la forêt Neuve, accourut, hors d'halsine, noo pour s'opposer à cette demande : « Toi et moi, dit-il « à Henri, nous devons nous souvenir loyalement de « la foi que nous avons promise au duc Robert , ton « frère : il a reçu notre serment d'hommage; absent « comme présent, il y a droit '.» Une querelle violente s'engagea; Henri mit Tépée à la main; et bientôt, avec l'aide de la foule qui s'assemblait, il s'empara du trésor et des ornements royaux.
H était vrai, en effet, qu'aux termes du traité de paix conclu entre Guillaume et le duc Robei I , et juré par tous les barons anglo-normands, la rO;auté était dévolue au duc ; mais il se trouvait aloi ►< loin de l'Angleterre et de la Normandie. Les exhortations du pape Urbain II à tous les chrétiens, pour les engager à reconquérir la terre sainte, avaient agi vivement sur son esprit aventureux. Il était parti, des premiers, dans cette grande levée en masse, faite, aux cris de Dieu le veut! en l'année 1096; et, trois ans après, il avait atteint le but de son pèlerinage par la prise de Jérusalem. Lorsque arriva la mort de son frère Guillaume, Robert était en route pour la Normandie; mais ne se doutant point de ce que le retard devait lui faire perdre, il s'arrêta longtemps, par amour pour une femme, à la cour d'un des seigneurs normands établis en Italie. Pris ainsi au dépourvu et manquant de chef, ses partisans ne purent tenir contre ceux de Henri. Ce dernier, maître du trésor, vint à Londres, où les principaux
1. « Legaliter, inquit, reminisci fidei debemus quain Rodberto duci perniauo tuo promisimus. » (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. X, apud Script, rer. normann., p. 782.'>
d'entre les Normands se réunirent; et, trois jours après la mort de son frère, il fut élu roi par eux et couronné solennellement'. Les prélats le favorisèrent, parce qu'il les aimait beaucoup, eux et la littérature du temps, ce qui lui faisait donner, en langue normande, le surnom de Clerc ow. de Beau-Clerc'-. On dit même que les Saxons le préféraient à son comp étiteur, parce qu'il était né et avait été élevé en Angleterre *. Il promit à son couronnement d'observer les bonnes lois du roi Edward; mais il déclara qu'il voulait conserver, comme son -père, la jouissance exclusive des forêts *.
1100 Le roi Henri, premier du nom, n'avait dans le noi caractère ni les mêmes défauts, ni les mêmes qualités que son frère aîné Robert. Autant celui-ci était léger, fantasque, et en même temps généreux et loyal, autant l'autre avait d'aptitude aux affaires et de penchant à la dissimulation. Malgré la facilité de son avènement au trône, il jugea prudent de ne point s'endormir sur la foi de ceux qui l'avaient élu. La fidélité des Anglo-Normands lui était suspecte; il résolut de se créer en Angleterre une force indépendante de la leur, et d'exciter à son profit le patriotisme des Saxons. Il tendit la main à ces pauvres vaincus, qu'on flattait au jour du péril, et que le len-
1. Optimates qui prope fuerunt, ejus fratrem Heanrigum in regem elegerunt. {Chron. saxon., éd. Gibson, p. 208.)
2. Dictus clericus. (Chron. Jolian. Bromtou, apiid Hist. aiigiic. Script., t. I, col. 997, éd. Selden.)
"*. Guillelm. Neubrig., de heb. anglic, p. 297, éd. Heariie. 4. Chron. Johan. Bromton, apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 997, îd. Selder