‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 231 sur 268 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

de, où les communications journalières avec les 1107 gens d'église tenaient une si grande place dans la vie, un pareil événement, quoique k nos yeux peu mémorable, n'était point indifférent à la destinée de la population anglaise, hors des cloitres comme dans les cloîtres. « Parmi tous ces nouveaux pasteurs, « dit le contemporain Edmer, la plupart furent plutôt « loups que pasteurs '. Que telle n'ait pas été l'inten- K tion du roi, il faut le croire ; et pourtant cela se- « rait plus croyable , s'il en eût pris au moins « quelques-uns parmi les indigènes du pays^ Mais « si vous étiez Anglais , aucun degré de vertu ou « de mérite ne pouvait vous mener au moindre em- « ploi; tandis que l'étranger de naissance était jugé « digne de tout. Nous vivons dans de mauvais « jours ^. »

Parmi les nouveaux abbés qu'institua le roi Henri, en l'année 1107, on remarqua particulièrement un certain Henri de Poitou, qui passa en Angleterre parce que c'était un pays où les clercs faisaient fortune plus promptement qu'ailleurs, et vivaient avec moins de gêne. Ce Poitevin obtint du roi l'abbaye de Peterborough, et « il s'y comporta, dit la chroni- « que contemporaine, comme le frelon dans la ruche, « enlevant tout ce qu'il trouvait à prendre dans le « couvent et hors du couvent, et faisant tout passer

1. ... Lupi magis qiiam pastores effecti sunt. (Eadmeri Hist.nov., p. 110, eJ. Selden.)

2. Quod tamen credibilius videretur, si... aliquos saltem ex iiidigenis terra?, non usquequaque Anglos perosus... (Ibid.)

3. Umim eos, natio scilicet, dirimebat. Si Anglus erat, niilla virtns... eum poterat adjavare; si alienigena... honore prsecipuo illico dignus judicab&tur... Dies euim mali sunt. (Ibid.)

iio: « dans son pays '. » Il était moine de Cluny, et avait promis au supérieur de cet ordre, par serment sur la vraie croix, de lui procurer la propriété entière de l'abbaye de Peterborough, avec tous ses biens en terres et en meubles 2. Au moment où le chroniqueur saxon écrivait ce récit, l'abbé avait fait au roi sa demande, et l'on n'attendait plus que la décision « royale. « Que Dieu ait pitié, s'écrie le Saxon, des « moines de Peterborough et de cette malheureuse « maison! C'est bien aujourd'hui qu'ils ont besoin de « l'assistance du Christ et de tout le peuple chré- « tien^... »

1107 Ces souffrances, auxquelles il faut compatir, puisni2 qu'elles furent éprouvées par des hommes, et que le gouvernement de l'étranger les rendait communes aux clercs et aux laïques, en fatiguant chaque jour l'esprit des Anglais, paraissent avoir augmenté en eux les dispositions superstitieuses de leur nation et de leur siècle. Il semble qu'ils aient trouvé quelque consolation à s'imaginer que Dieu révélait par des signes effrayants sa colère contre leurs oppresseurs. La chronique saxonne affirme que, dans le temps où l'abbé Henri le Poitevin fit son entrée à Peterborough, il apparut, la nuit, dans les forêts situées entre le couvent et la ville de Stamford, des chasseurs noirs, grands et difformes, menant des chiens noirs aux yeux hagards, montés sur des coursiers noirs, et poursuivant des biches noires : 0 Des

1. ... Tanquam fucus in alveario. (Chron. saxon, , «d Gibson, p 232.)

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