LIVRE Vil
harnais, suivant la coutume du siècle, et feignant de s'intéresser à ses malheurs, se servit de lui pour causer de l'inquiétude au duc-roi son voisin, dont la puissance lui faisait ombrage. Au nom du fils de Robert, le roi de France forma une ligue dans laquelle entrèrent les Flamands et les Angevins, Le roi Henri fut attaqué sur tous les points de sa frontière de Normandie ; il perdit des villes et des châteaux, et, en même temps, les amis du duc Robert conspirèrent contre sa vie K Durant plusieurs années, il ne dormit jamais sans avoir au chevet de son lit une épée et un bouclier-. Mais, quelque formidable que fût la confédération de ses ennemis extérieurs et intérieurs, elle ne prévalut point contre la puissance qu'il tirait de la Normandie unie à l'Angleterre.
Le jeune fils de Robert continua de vivre aux gages du roi de France, comme son vassal, et à suivre ce roi dans ses guerres. Ils allèrent ensemble en Flandre, après une sédition où avait péri le duc des Flamands, Karle ou Charles, fils de Knut, roi des Danois, tué aussi dans une sédition^ Le roi de France .entra en Flandre avec l'aveu des gens les plus considérables du pays, pour punir les meurtriers du dernier duc ; mais, sans cet aveu, en vertu de son droit de suzeraineté féodale (droit fort sujet à
1. Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. XI, apud Script, rer. normann. , p. 838 et seq. — Voyez aussi Sugerii Vita Ludovici Grossi, apud Script, rer. gallic. et francic, t. XII, p. 44.
2. Ante se dormientem scutum et gladium omni nocte constitui iniperaret. (Sugerii Vila Ludovici Grossi, apud Script, rer. (jallic. et francic, t. XII, p. 44.)
3. Johan. Ip-rii Chron , apud ibiJ., t. XIII, p. 466. — Voyez livre VI, p. 241-243.
litige), il mit à la place du duc mort le jeune Guillaume, qu'il avait à cœur de rendre puissant pour l'opposer au roi Henri *. 11 y eut peu de résistance contre ce duc impopulaire, tant que le roi de France et ses soldats demeurèrent en Flandre ; mais, après leur départ, une révolte universelle éclata contre le nouveau seigneur imposé par les étrangers ^ La guerre commença avec des chances diverses entre les barons de Flandre et le fils de Robert. Les insurgés mirent à leur tête le comte d'Alsace Thiedrik, de la même race qu'eux, et parent de leurs anciens ducs'. Ce candidat populaire attaqua l'élu du roi de France, qui, blessé au siège d'une ville, mourut peu de temps après. Thiedrik d'Alsace lui succéda, et le roi Louis se vit obligé, malgré ses prétentions hautaines, de reconnaître comme légitime duc des Flamands celui qu'ils avaient eux-mêmes choisi *.
Au moment d'aller sur le continent soutenir la longue guerre que son neveu et le roi de France lui suscitèrent, Henri avait fait en Angleterre, du conseil de ses évèques et de ses barons, une grande promotion d'abbés et de prélats. Selon la chronique saxonne, il n'y eut jamais autant d'abbayes données en une seule fois que dans la quarante-unième année du règne des Français en Angleterre ^ Dans ce siè-
1. Joban. Iperii Chron., apud Script, rer. gallic. et francic, t. XIII, p. 466.
2. Fuit terrœ et populo gravis, quare plures de Flaudria, tjedio.. (Ibid.)